Bonjour, ça va ?
Hier, j’avais coupé le sifflet aux chanteurs en plein acte, mais étant donné que j’essaie de rester « lisible », il n’y avait pas d’autre solution. On va reprendre donc où l’on s’était arrêté, à la scène 6 de l’opéra. L’arrivée du « Detritus » de l’histoire : Beckmesser !
LES MAÎTRES CHANTEURS – ACTE II – Scène 6
Même lieu donc, et mêmes personnages
Visualisez bien la scène : un Maître Chanteur sympa, en train de prendre le frais en ressemelant des galoches, deux tourtereaux, planqués dans l’ombre et attendant que ça soit moins agité le quartier pour filer à l’anglaise se marier à Las Vegas.
Ce tableau pourrait être des plus romantique, si on n’avait droit à l’arrivée de l’empêcheur de tourner en rond de l’histoire, ce pète-sec de Beckmesser. Le voilà qui se pointe le luth à la main et en train de martyriser l’instrument pour essayer de trouver la note juste (c’est pas gagné ! C’est comme les critiques, il sait causer musique, mais question d’en faire…)

Il se plante sous les fenêtres d’Eva et commence à s’égosiller à en décrocher le papier peint. Sachs, commence alors à chanter plus fort que lui et en tapant sur ses godillots (sont durs à planter ces clous ce soir !) En plus, c’est ceux que Beckmesser lui a demandé de finir pour le lendemain, et il en profite pour les « vieillir » un peu, à sa manière. Il faut dire qu’il passe ses nerfs sur les godasses parce que la gamine l’a un peu « échauffé » et qu’il ne trouve que ce moyen pour passer sa rogne d’être pas dans son créneau d’âge. La môme pige le message et je sens un peu péteuse, c’est le moins qu’on puisse dire.

Beckmesser, trépigne comme un gamin colérique, parce qu’avec ce boucan, comment voulez-vous que sa dulcinée entende son œuvre d’art !
« Tu peux pas la fermer un seconde ! L’artiste travaille !
- Excuses, mais faudrait savoir… tu veux pousser la chansonnette demain devant les Maîtres en chaussettes ? J’ai ton boulot à finir ! Mais j’te propose un marché : tu t’égosille tant que tu veux, et moi, en bossant, je jouerai les « marqueurs » pour toi . Comme ça, tu verras d’office où il faut que tu rectifies le tir pour qu’elle soit impec. ta partition.
- Pas co….mplètement idiot ! D’accord ! »
Et voilà notre Pavarotti en train de pousser la chansonnette. Au début, les coups de marteau pour montrer les fautes sont relativement espacés, mais, au fur et à mesure qu’il avance dans les couplets, ça s’accélère méchamment du côté de Sachs (clou réticent ?) Comme il est obligé de chanter de plus en plus fort pour couvrir les coups, ça vire vite fait au cri du cochon qu’on égorge.

A votre avis, quand on entend un allumé en train de crier au meurtre, qu’est-ce qu’on fait ? On ouvre les volets ! Et bin ça loupe pas ! Tous les voisins réveillés en sursaut commencent à jouer les nanas dans la pub « Egoïste » (coucou Petite Plume) et à ventiler la rue à grand coup de persiennes. Et comme ça a pas l’air de s’arrêter, ils commencent à descendre dans la rue (scène mémorable : des pyjamas très tendance, des chemises en pilou, des grenouillères Lagaff - riez pas, j’en ai une ! - l’éternel pyja-short Hawaï, la nuisette qui ressemble à de la fraise de veau avec ses franfreluches… que du bonheur quoi !)
Tout ce tintouin a réveillé David, l’apprenti, qui sort la tête et voit Magdalene (SA Magdalene) au balcon avec en dessous, un Beckmesser hurlant à s’en faire péter les boutons de la chemise et grattant comme un malade sur un pauvre luth qui ne lui a rien fait. Vous croyez qu’il pense quoi, là, tout de suite ? On est en train d’ensérénader sa copine, tout simplement !
Il ne cherche pas midi à quatorze heure et d’un bond se retrouve dans la rue… et sur le râble de Beckmesser, une batte de base-ball à la pogne pour lui faire rentrer sa chansonnette plus vite dans le gosier.
Certains voisins s’élancent pour les séparer, mais évidemment, deux camps se forment les pro-Pavarotti, et ceux qu’aiment pas qu’on touche à la copine d’un autre (se sentent-ils viser… ?)
Résultat des courses : une bataille de rue dans les règles de l’art (manque plus que les barricades et les pavés pour que ça soit Mai 68) et c’est à coup de bourres-pifs et de torgnoles que chacun essaie d’imposer son poing de vue (les nanas se sautent au chignon et se balancent leur bigoudis à la tronche, les types jouent les Mac Tyson avec plus ou moins de succès, et ça y va côté nom d’oiseaux, ils en inventent même !))

Pogner regarde par la fenêtre et décide d’aller fermer la porte d’entrée (on ne sait jamais…) Sachs, qui n’a rien perdu de la scène, chope la gamine dans son fourré, la balance par la porte encore entrouverte (vol plané impeccable avec atterrissage sur le mur de l’entrée et glissade tout le long, réception en vrac sur le carrelage !) dans la foulée, il récupère par le fond de pantalon Walther et David et les fourgue sans ménagement au fin fond de sa boutique.
Le veilleur de nuit repointe son nez avec son sifflet pour signaler que c’est pas vraiment une heure pour faire la fête et qu’il y a des honnêtes gens qui aimeraient bien dormir.
La foule se disperse, et chacun retourne chez soi à la vitesse de l’éclair. Plus un bruit, plus un mouvement. La rue est à nouveau calme avec seulement quelques trucs laissés dans le combat qui risquent de laisser perplexe le service de nettoyage municipal (un godasse par ci, une moumoute capillaire par là, un dentier de l’autre côté, deux ou trois paires de binocles légèrement tordues, une jambe de bois - pourquoi pas ? Son propriétaire n’avait peut être que ça sous la main pour tabasser son monde…)
Fin de l’acte ! Alors, je vous avais pas dit que ça déménageait le truc ? Si c’est pas du délire cette scène je veux bien bouffer mes pantoufles Taz moi !
On se quitte, parce que là, une pause est nécessaire et bienvenue n’est-ce pas ? Bonne journée et à demain donc, pour la suite de l’opéra.
La dragonne
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