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Mercredi 11 octobre 2006
Bonjour à tous

Allez, après cet intermède sur la signification du fero de la gondole, si on retournait à nos moutons noirs? Parce qu'on cause, on cause, mais ça ne fait pas avancer d'un pouce l'intrigue de l'opéra en cours. On avait quitté le héros en train de faire des papouilles au clair de lune à sa copine, faudrait aller voir s'ils ont réussi à se décoller depuis...



OTELLO - Acte II -

Le lieu: une petite barraque, style pavillon vitré (bonjour le ménage!) avec vue sur le jardinet du palais. Sur le côté, une grande fenêtre (au cas où le fait qu'il soit vitré, le cabanon, ne suffise pas à la bonne visibilité... on ne sait jamais)

Les personnages: Iago, le méchant de l'histoire, Cassio, l'ex-capitaine qui ne supporte pas l'alcool, Otello, le sanguin, un choeur cypriote ainsi que Desdemone et Emilia, femme de Iago et gouvernante de la minette (ça vous en bouche un coin que le fiéleux soit maqué hein?)

Au début de l'acte, Iago est en pleine conversation "détritusienne" avec Cassio :

"Te bile donc pas mon gros! Dans deux jours, montre en main, j'te parie que tu récupères la panoplie de gradé que t'a confisqué Otello!
- Te fous pas de moi!
- Qui moi?! La franchise incarnée!! - (des yeux révulsés d'horreur devant ses doutes et une main sur le coeur, ça le fait l'indignation chez le coco?) - Pourtant c'est simple comme un coup de fil! Tu sais que ton chef est à la botte de sa copine, elle claque des doigts et il va chercher la baballe. Suffit juste que tu ailles parler à la donzelle de ton nouveau statut de "chômiste", elle en recause à son copain et zou, tu récupères tes galons! Tiens en causant perruche... j'crois bien que c'est à cette heure-ci qu'elle fait sa ballade "oxygénatoire", profites-en"

Cassio s'en va, à la recherche de la blondasse au fond du jardin, pendant que Iago marmone en se frottant les mains, tout en surveillant le type de loin - là, d'ailleurs, son monologue me fait légèrement penser à celui de Scarpia dans la Tosca  "va, Scarpia..."- :

"Allez droit dans le mur le Cassio! Si c'est pas diabolique mon plan! Tous ces cocos à s'agenouiller devant leur prie-dieu quelles buses! Z'ont rien pigé, je m'intronise "bras armé de Belzebuth", ça fait bien hein sur les bristols? Ils causent piété, espoir, honneur...mais les pauvres ils n'ont pas pigé que c'était pipé d'avance les dès à leur naissance, tout est déjà scénarisé Et pour quoi au juste tout ce tintouin, en fin de compte? Leur paradis?! Me faites pas rigoler, le Grand Rien oui!...
Mais j'vois Desdémone pointer son nez... Allez l'outsider, (il parle mentalement à Cassio, pour le motiver... comme aux courses de Longchamps) on se bouge... on cause à la dadame... on lui fait risette... Mais qu'est-ce qu'il fiche le Maure! C'est maintenant qu'il devrait se pointer! Tiens... quand on parle du loup..."

Otello ramène sa fraise mais Iago fait semblant de ne pas l'avoir vu et continue sur sa lancée (il devrait jouer la comédie, il a des dons pour ça hein?) :

"Oh que j'aime pas ça!
- Quoi?
- Euh... rien!
- ça serait pas Cassio qui était avec ma copine?
- Z'êtes sur?.. Il a filé comme un lapin en vous repérant... pas eu le temps de voir qui c'était.
- Tu paries que c'était lui?
- J'ai un truc qui me tracasse... Le type... il connaît votre nana depuis le début de votre histoire non?
- C'est lui qui nous servait de postier quand on s'écrivait des poulets - (billets doux, et ce n'est pas de moi l'expression pour une fois) - T'as une idée derrière la tête toi, déballe!
- Vous pensez qu'il est franc du collier?...
- Alors là, c'est marre! Tu marmonne des "j'aime pas ça", tu me causes de Cassio, tu plisse tellement le front qu'on peut y faire tenir un stylo, accouche!
- Vous savez que j'vous ai à la bonne...
- Bin justement, arrête de tourner autour du pot d'chambre et lache-le ton colombin!
- Faites gaffe à la jalousie... (ici, l'auteur du livret parle de "monstre aux yeux verts qui se nourrit de son propre venin" belle image hein?)
- Minute papillon, avant de criser, faut se rencarder! Me faut des preuves et tu connais ma manière "expéditive" de procéder à la sentence... plus d'amour... plus de jalousie, vaut mieux trancher dans le vif plutôt que ça gangrène!
- Bon vous voulez des preuves? Pas évident, mais suffit d'écouter la gamine, qu'elle balance une parole et on sera fixé!"

A la fin de la scène, sacré mélange: marmonages venimeux de Iago, sur fond de sérénade cypriote, de choeurs de donzelles et de mômes alors que l'évaporée de service plane sur son petit nuage et gazouille que le ciel est bleu, que Cupidon fait des loopings tellement il est en forme... enfin le rêve quoi. Otello bêtifie devant l'air angélique et la voix cristalline de sa gazelle alors que Iago se promet de te lui pourrir son idylle en beauté.

Toute la bande s'éparpille, après distribution de la part de la fille de bisous aux gamins, petite monnaie au peuple, on a même droit au bizouillage de l'ourlet de sa robe par son fan club (on déballe l'imagerie avec tous les clichés de la gente dame pure et mimi). Desdémone entre dans la salle, suivie d'Emilia, et fonce directement vers son copain:

" Lolo, j'ai un truc à te demander, rapport à un ex de tes copains... Cassio!
- C'était lui dans le jardin qui te causait?
- Voui, et ça me taraude ça, j'aime pas quand tout n'est pas peint en rose... Tu veux pas passer l'éponge?
- Ah c'est pas le moment!
- T'as pas l'air dans ton assiette, un truc que tu digères pas?
- Entre autre! J'te tiens un de ces mal à la tronche!
- Tiens un p'tit coup de mouchoir bien frais... ça devrait passer! (c'est comme l'éponge magique dans les matchs de foot ça)
- Bas les pattes avec ton tire-jus! - et il balance le torchiffe, qu'Amélia, qui n'aime pas que les choses traînent n'importe où,  ramasse.
- J'ai dit un truc qu'il fallait pas? Autant pour moi, je remballe, mais faut que je sache quoi!"

Et là, les conversations se mélangent encore. Otello, genre mains sur les oreilles en train de chanter "nananèreuuu" pour pas se faire embobiner par sa copine alors que l'autre lui demande quel pet il a encore de travers, Iago, au plus fort de sa forme maritale, menace sa meuf de lui en retourner une si elle ne lui file pas le mouchoir qu'elle vient de récupérer (charmant ménage ça, vu que la nana soupçonne un "autre" tour de cochon, je me demande ce qu'elle fait avec ce zozo).Ils jouent un peu à cache-tampon, mais le type a des réflexe et lui arrache le morceau de tissu des mains.

Otello a ses vapeurs et demande à tout le monde de décaniller de la piaule, il a besoin d'air. Les filles obéissent mais Iago, préfère rester, vu qu'il a trouvé une sacrée idée pour son scénario catastrophe. Il planque le mouchoir dans sa poche avec l'intention de le fourguer chez Cassio (vous avez pigé, pièce à conviction n° 1 trouvée chez l'accusé... etc)
Otello marronne et fulmine à un tel point qu'on craint qu'il pète une durite avant la fin de l'acte. Iago s'approche:

"Allez, on respire et ça va passer!
- T'en as de bonnes! Tout me pète à la tronche en même temps! J'ai plus confiance, j'arrête pas de voir ma blonde avec "l'autre", j'ai plus de goût à rien, ni à la bagatelle, ni à jouer aux petits soldats, j'ai la honte de ma vie, j'suis foutu! Le pire c'est que j'ai rien de concret, t'imagines si j'avais une preuve! J'suis le cul entre deux chaises, Momone coupable, pas coupable, toi franc comme l'or ou comme un âne qui recule... j'sais plus! Tu me la file cette satanée preuve où j'te fracasse! - il balance Iago par terre, l'ayant au préalable secoué comme un prunier -
- Si c'est comme ça... je préfère rendre mon tablier, ciao l'allumé! - il fait mine de sortir, mais en bon comédien, reviens à la charge - Et d'abord quoi comme preuve? Vous voulez une filature avec flag à l'hotel de passe du coin? Faut pas demander la lune non plus! Par contre, j'ai bien une piste... la nuit dernière, je me suis aperçu que Cassio causait en dormant, faut dire qu'avec tout ce qu'il a éclusé, ça délirait sévèrement! Et que je te cause "ma bibiche" "ton sale mec bazané" "encore un p'tit bisou" etc... il était grâve le type! Et puis d'un coup, il a comaté, assommé par la bibine! Mais c'était qu'un rêve d'alcolo... enfin.. j'espère!
- Bin oui, mais c'est révélateur non?
- Surtout si on a autre chose en poche (c'est le cas de le dire) qu'un délire éthylique!
- Quoi?
- Vous vous rappellez le premier cadeau que vous avez fait à votre copine?
- Un mouchoir brodé avec des bisounours?
- J'ai vu Cassio se moucher dedans hier!
- Alors là... c'est le pompon! C'est dit... ça va être une boucherie! Je vais te faire un de ces nettoyages par le vide... J'nous vengerons!
- J'nous vengerons aussi! (Iago, du moment qu'il y ait bor... bazar au programme, il est le premier pour retirer son billet au guichet!)

La scène finale de l'acte deux se termine sur deux cocos invocant le ciel (ou l'enfer) pour se donner du coeur avant l'hécatombe.

Voilà, fin de l'acte et on verra la suite... plus tard (évident, je ne vais pas couper net et sadiquement pour vous laisser chercher la fin de vous mêmes.)

Sur ce, portez vous bien et à plus tard.
La dragonne



par Sieglind publié dans : Verdi
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Vendredi 6 octobre 2006
Bonjour!

Alors... vous avez eu le temps de digérer le début d'Otello? Tout d'abord, et comme je n'aurai pas dit mieux, surtout moins "doctement", je laisse l'explication de la devinette sur les tableaux représentants Venise en temps de guerre ou de paix à Lili, merci ma grande de me pré-mâcher le boulot comme ça (je crois que je vais peut-être instaurer ça, pour ma rédaction d'article... "on dirait" que vous seriez mes nègres en écriture hein?)

"Voila une explication

Le livre (la bible) est tenu à gauche et il est fermé dans les représentations plus anciennes. C'est seulement dans la seconde moitié du 14ème siècle que le livre tend à s'ouvrir. On doit tenir pour infondée la théorie très répandue, selon laquelle le livre ouvert signifie la paix et le livre fermé la guerre. On dit aussi que la théorie du livre fermé est celle en usage dans les lieux frontaliers et en danger.
En réalité, le livre toujours fermé et parfois avec les fermoirs bien visibles était la norme jusqu'à la 2ème moitié du 14ème siècle, c'est-à-dire durant toute la période gothique.
A partir de la Renaissance, à l'inverse, le livre est plus souvent ouvert, portant la phrase consacrée "Pax Tibi Marce, Evangelista Meus" (ou d'autres inscriptions : Forteria leoni...).

Tu es satisfaite de l'explication que je viens de trouver sur le net? c'est la même que la tienne?"

Evidemment, la guide qu'on a eu, lors de notre ballade là-bas avec la société de dragon, n'a retenu évidemment que l'anecdote "ouvert-fermé" ça plaît mieux aux gens du coin il paraîtrait.

Bon, trève de plaisanterie... passons à la rigolade, on finit l'acte un d'Otello et on verra la suite, si j'ai de la "marge" d'accord? Sinon... on attendra la semaine prochaine. Allez zou!

OTELLO de G. Verdi - Acte I (suite)

Desdemone et Otello (beau couple hein?)

Donc, même lieu, le port avec son troquet, les remparts, la tempête dans le lointain... on assiste au bourre-pif magistral de Cassio et Montano (tout ce bastringue organisé par un Iago sournois et venimeux comme on les aime dans les rôles de méchants)

Un personnage supplémentaire, à la scène trois: Desdémone, la zibeline d'Otello.

Avec tout ce tintouin, Otello se pointe, un peu vénère qu'on le dérange pendant qu'il changeait ses fringues à essorer contre une grenouillère télétubbies en éponge (je ne sais pas vous, mais ça me plaît bien le look qu'il aurait dedans)

"C'est pas fini ce bo...xon! Vous me jouez la reconstitution de la tripotée mise aux Sarrasins ou quoi? Et Iago, mon pote - (c'est c'laaa ouiii...) - fais moi un topo pour expliquer c'te kovantchina*
- J'en suis autant retourné qu'toi son altesse! Et que ça causait, que ça blaguait en sirotant sa verveine-menthe et d'un coup, on a droit à une avoinée de troisième mi-temps! M'est avis que c'est la verveine qu'était pas coupée.
- Cassio.. t'as pas honte de t'oublier comme ça, y a les chiottes pour ça! (alors là, texto: "De toi même à ce point oublieux?...", si ça ne veut pas dire qu'il s'est fait dessus... enfin pour ma version, ça me convient très bien, hé, hé!)
- S'cusez patron mais je préfère jouer les grandes muettes..
- Et Montana qui pisse le raisiné! Là, ça y est, j'ai les abeilles! (c't'un sanguin le type)"

Desdémone, se frottant les yeux et le doudou à la main fait son entrée en grenouillère Petit Poney (je lance la mode "soirée-pyjama" à l'opéra!)

" En plus t'as réveillé ma copine! Dire que j'avais mis trois heures à l'endormir en lui chantant des berceuses (oui... on va dire ça, petit canaillou) , tout ça fichu en l'air! Pour la peine, t'es dégradé, fais une croix sur ta solde de capitaine!"

Cassio balance son épée par terre et ce serpent de Iago en profite pour la donner à un soldat en bavant presque de jubilation

Otello conclut la scène en renvoyant tout le monde dans ses quartiers, et en chargeant la troupe de "rétablir le calme" dans la ville (un bon coup sur la tronche ça équivaut à une camomille ou un cacheton de benzodiazépine quelconque j'ai l'impression chez lui) Par la même occasion, il en profite pour signaler qu'il ne décarrera pas des lieux tant que tout ce bazar ne sera pas réglé. Il reste donc seul sur scène avec sa copine et on a droit à la scène trois, dite d'amour

"Heureusement que t'es là, ma puce, j'en ai raz le goulot des bagarres!
- Dire que tu ma racontais tes journées de boulot - (le boulot chez un guerrier, c'est baston, écharpage, sièges diverses, passages au fil de l'épée... enfin la routine quoi!) - et ça me faisais flipper. J'ai pas mal versé ma larmichette aussi, quand tu m'as décrit ton patelin, le désert, et ton esclavage, Gladiator à côté, c'était d'la rigolade!
- C'qui fait qu'on se compléte vachement: tu en pinçes parce que j'ai dérouillé et moi parce que tu me passes les pansements.Ramène tes ballots (tes lèvres en charentais) que j'te fasse une prophylaxie (j'aime bien le baiser, version fourmi moi hé, hé)"

Evidemment, aucun cliché ne nous est épargné et le ciel se dégage au fur et à mesure de cette sérénade, pour laisser place aux étoiles et clair de lune de circonstance. Et pendant ce temps, ça se bécote, ça se lèche la pomme en veux-tu-en-voilà, alors que la dulcinée commence à se peler de froid et signale qu'elle serait mieux sous la couette et qu 'Otello est en pleine crise "bécotivore" (ça va "mal" se finir dans les coulisse, je ne vous dit que ça! Vous imaginez la scène, Otello et Desdémone s'envoyant en l'air au milieu des machinistes en train de baisser le rideau? Voilà une chose qui mettrait de l'ambiance, il n'y a pas à tortiller! Surtout pour dégraffer les... grenouillères hé, hé!)

Voilà, acte fini et je préfère arrêter, même avec les scènes courtes du deuxième acte, ça ferait désordre. Alors à bientôt pour la suite et bonne fin de semaine à tous.
La dragonne

PS: un autre petit jeu sur Venise du coup... qu'est-ce que représente la proue des gondoles? (ça aussi, c'était une question posée lors de  notre rallye organisé dans la cité sur pilotis) Tous à vos photos des barcasses et au plan de Venise... ça, ça peut vous aider...

-=-=-=-=-

* Bin oui, j'ai appris que Kovantchina, c'est pas le nom d'une musaraigne russe, dans l'opéra, mais le mot "chienlit" bazar, désordre, carnaval... etc..comme quoi! D'ailleurs, ça me rappelle un pub sur l'enseignement de l'anglais où on voit une famille de quatre personnes, parents à la Lequenois compris, en train de jouer les chien de plage arrière au son de l'auto-radio, parce que le morceau balance. Sauf qu'on a droit à la tronche des deux mômes à l'arrière, style regard de connivence, parce qu'eux savent ce que veulent dire les paroles cadencées..; (des fuck des ass... etc... voyez le topo). Et ça, même si je n'ai jamais appris l'anglais... bizarrement je pige (on pige toujours en premier les "gros-mots" dans une langue étrangère vous avez remarqué)




par Sieglind publié dans : Verdi
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Lundi 2 octobre 2006
Bonjour, ou plutôt bonsoir

Et bien oui, soyons logique,écrit ce matin, d'accord, mais nonchalamment posté ce soir l'article, on va parler de décalage, mais horaire pour une fois (l'autre, le "neuronale" pas la peine de le mentionner, étant donné que c'est un état permanent chez moi)

Bon, je vais encore jouer les doctes musicophiles (hé, hé, j'imagine la tronche des vrais s'ils me lisent) en vous narrant une nouvelle histoire vocalisante. Cette fois-ci, on part du côté de la célèbre botte, à bien plus que sept lieues de notre Exagonie, la patrie d'un certain Verdi, Giuseppe pour les intimes.
Mais attention, même si on parle république de Venise, ne comptez pas trop sur les gondoliers roucouleurs et leur canotiers enrubannés, ça se passe dans l'île de Chypre.



OTELLO de Giuseppe Verdi (1887 - j'ai fait un effort, je vous ai donné une date, mais ça sera la seule hein, ne me prenez pas pour une encyclopédie sur pattes, nan mais!) - Acte I -

Le lieu: Chypre donc. A proximité d'un château, une place avec un troquet sur fond de remparts et de mer. Un bar à matelots quoi, parce que soyons logiques, en arrivant au port, c'est tout sauf du Earl Grey qu'ils veulent tututer les popeys et les habituées féminines du lieu, en principe on ne risque pas de les confondre avec des évadées du Couvent des Oiseaux en sortie dominicale! Météo locale: temps pourri de chez pourrave: éclairs, tonnerre, tempête (tout ça à grand renfort de projecteurs stromboscopiques et plaques métalliques vibratoirement ondulantes... ou ondulatoirement vibrantes selon les goûts)

Les personnages: à la première scène, des copains de bordée: Rodrigue, gentilhomme vénitien, Montano, prédecesseur d'Otello au poste à Chypre, Cassio, capitaine et Iago, simple enseigne  (sans Aladin, il avait un empêchement). Vous bilez pas, les deux zozos à mémoriser ce sont les derniers Cassio, et Iago (le gentil et le méchant, évident, étant donné que ce dernier voulait être capitaine à la place du capitaine - calife, c'est un grade militaire qui n'existe pas à Venise, ni ailleurs si on y réfléchit bien ), puis Otello le chef de tout ce petit monde et accessoirement maure par sa naissance, des Cypriotes (vaut mieux aussi, des Nantais, on aurait  moins capté le contexte, même si c'est un port... quoique... rapport à la météo...) et des soldats vénitiens.

Les autochtones s'emballent en voyant une voile à l'horizon (un rien les amuse ces Cypriotes). Montano distingue l'étendard (malgré la tempête, il est doué le type!) "le lion de Saint-Marc!" (le gros chat choucrouté de la place San Marco à Venise, l'emblême de la ville quoi). Et là, on a droit à la narration, en direct-live d'un accostage plus que hasardeux par gros temps:
"On claironne! On canonne! Le bateau fait le yoyo! Un coup j'te vois, un coup j'te vois plus...La barcasse du mauresque fait une sacrée belly-dance et elle va pas tarder d'ailleurs à les paumer ses sept voiles si ça continue. Vite, sortez les médailles de saint Christophe, ça urge, le rafiot vient de paumer son mat! Maintenant c'est l'avant qui s'fait la malle!"

Au dehors des remparts on entend les marins qui s'égosillent pour couvrir le choeur autant que la pseudo-tempête, en demandant si c'était pas un effet de leur bonté, de leur balancer une amarre, ça pourrait dépanner. Enfin, après quelques "souquez ferme, ho-hisse-et-ho matelots, tiens bon la barre et tiens bon le vent, va petit mousse où le vent de pousse"... (autant pour moi, ça c'est dans les Cloches de Corneville!) tout l'équipage arrive sain et sauf; mais je les vois bien faire leur entrée dégoulinants en faisant splitch-splotch moi, je les trouve souvent trop... secs les rescapés dans les versions que j'ai vues?

Un qui l'a un peu mauvaise, c'est Iago, qui pensait bien être vengé de ne pas avoir été choisi par son patron Otello, en le voyant couler à la barre, en digne commandant. Celui-ci, tel Escamillo, salue la foule en délire et se retire avec sa troupe dans son château, non sans leur avoir signalé que le canon, c'était pas une bourde de l'accessoiriste, mais pour fêter la victoire contre les Turcs (décidemment, ce genre de héros est toujours entre deux bourre-pifs!)

Pendant que la foule continue la hola alors que les marins sont censés passer des peignoirs secs (plus rigolos qu'une tenue vénitienne je trouve) Rodrigue et Iago restent à l'écart (on sent déjà le duo infernal). Etant donné que Rodrigue tire une goule longue d'ici au lendemain, Iago s'enquiert du pourquoi de la chose:
"Pète un coup, ça ira mieux, t'as l'air tout crispé!
- j'voudrais t'y voir! Je dérouille mon vieux, t'as pas idée! J'me ferais presque sauter le caisson!
- Mais te biles donc pas pour ça... D'ac. t'en pinces pour Desdémone, la future du maure, mais j'te garantie qu'avec mezigue dans ta manche, t'es loin de partir perdant, loin de là! Les nénettes, ça change d'idée comme de string et son beau ténébreux je vais te lui ruiner ses projets matrimoniaux en beauté! C'est pas pour rien que je lui lèche les bottes depuis un bout de temps, en vrai, j'peux pas le blairer! Tiens.. ce coco non plus j'ai du mal à l'encaisser! - (Le coco en question, c'est Cassio, revenu taper le bout de gras avec des soldats.) - quand tu pense que sa Seigneurie Otello-Premier, lui a filé "mon" poste! C'est pourtant pas faute d'avoir participé à ses guéguerres! Viens par là, que j't'explique mon plan..."
Evidemment, on n'a pas droit à la primeure, étant donné que la foule en profite pour se croire à la Saint Jean avec feu de joie, lampions et p'tits coups derrière la cravatte (tiens... je vois bien une version style fête de la bière d'un coup... décalé pour décalé, autant y aller franco avec les culottes de peau et les Gretchen porteuses de chopes, au diable l'avarice dans l'imaginaire hein?)

Les personnages principaux se retrouvent la bibine à la main en train de trinquer à qui mieux mieux, sous la houlette d'un Iago intronisé sommelier pour la circonstance. On le voit venir de loin avec ses gros sabots: il veut biturer son rival pour qu'il se vautre en beauté!!
"Allez, fait soif, tend ton godet il est à sec!
- Stop, j'ai les dents du fond qui baignent! J'suis plus étanche!
- un p'tit dernier à la santé de la copine du Maure!
- Sacrée nana! Il a fait le bon choix!"
Iago glisse à Rodrigue qu'il a intérêt à faire gaffe de ce côté-ci également.Il y a l'air d'avoir du monde sur la liste d'attente à la porte de la blonde!  (évidemment, il joue sur les mots, Cassio veut juste être poli, la nénétte en elle-même il n'en a pas grand chose à cirer)

Mine de rien, Iago s'arrange pour que le verre du capitaine ne soit jamais vide et ça ne traîne pas... Cassio n'a plus les yeux en face des trous et délire sur tout et n'importe quoi. Ce n'est pas encore suffisant et Iago demande à Rodrigue de lui chercher des poux dans la tête à l'instant même où Montano vient signaler qu'il serait peut-être temps de relever la garde (ce fiéleux pousse le vice jusqu'à chuchoter au type que Cassio est un pochetron fini et que c'est son état habituel).
Rodrigue se fiche de la goule ouvertement du pauvre Cassio qui ne sait décidemment pas tenir l'alcool et ça ne loupe pas, l'autre prend la mouche et lui saute sur le paletot. Et ça se taloche joyeusement, ça s'égrafigne allègrement jusqu'au moment où Montano se décide à séparer les deux sales mioches. Fallait pas... du coup Cassio sort son opinel et en menace l'arbitre. Carton rouge! Ou plutôt drapeau rouge, étant donné que Iago en profite pour conseiller à Rodrigue d'aller prévenir au port qu'il y a une révolte. Ce sournois fait tout de même semblant de vouloir calmer le jeu et crie comme une pucelle au premier sang versé (celui de Montana)

Et c'est sur cette joyeuse mêlée qu'on se quitte, on verra l'arrivée du maître du lieu dans la scène deux, la prochaine fois.

Pas trop long? Est-ce que ça vous va? Pas de bobo tétête? Je m'en voudrais d'être la cause d'une overdose d'aspirine ou assimilés chez mes lecteurs hé, hé.

Tiens si vous n'avez pas trop les neurones en vrac, après ça... petite devinette... comment sait on sur un tableau représentant la place Saint Marc avec le fameux lion si c'est en temps de paix ou de guerre que la peinture a été réalisée? Allez... cherchez....

A plus tard donc, et bonsoir... ou bonjour... ça dépendra de votre passage évidement.
La dragonne
par Sieglind publié dans : Verdi
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Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

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