Bonjour à tous !
Vous avez vu ? L’Espagne ça bouge hein ?
On va donc pouvoir passer à la suite, maintenant que je suis RSDT (reposée, sustentée, désaltérée, toilettée). Vous aussi j’espère, parce que je vous donne l’opéra en main « propre » et je ne veux surtout pas qu’on me le rende avec des traces de pâte à tartinée ou des miettes de croissants à la pliure ! Donc…
CARMEN – ACTE III
Le lieu : En montagne, paysage de rochers tourmentés (le décorateur s’est énervé un peu avec son cutter sur le polystyrène, ça se voit), nuit noire (quelques projecteurs savamment dosés pour faire des ombres chinoises bien inquiétantes)
Les personnages (toujours aussi nombreux et énervés) : Les contrebandiers, hommes et femmes, Don José, Carmen et ses copines Frasquita et Mercedes, Micaela, Escamillo le torero.
Levée du rideau sur l’arrivée des contrebandiers, chargés comme des mulets (côté discrétion, on peut pas dire qu’ils font dans la dentelle pour des malfrats, parce qu’ils braillent à tous les échos : « Cool le boulot ! Faut des mecs comme nous pour ça ! »
Le Dancaïre et Le Remendado, dont on a fait la connaissance précédemment, donnent l’exemple pour dresser le campement en s’écroulant plus ou moins esthétiquement au milieu de leur butin (les guibolles se sont mises en grève – à part ma fameuse Mémé, vous pourriez vous trimballer un ballot de marchandises d’un bon poids, sur un sentier de montagne, pendant plusieurs bornes et sans être essoufflés ?). Après avoir repris l’usage de leurs jambes, tout ce monde sort pour essayer de fourguer la contrebande. Ne restent que José, Carmen, Frasquita et Mercedes.
A voir la mine des deux tourtereaux, on se doute qu’il y a de l’eau dans le gaz (c’est plus le grand-grand amour on dirait, surtout du côté de la cigarière) :
« Qu’est-ce que tu zieute comme ça ? T’as vu passer un canard à trois pattes ? – lance Carmen à José le regard perdu vers la ligne bleue des Vosges.
- J’pense à ma môman, si elle savait la pauvre que son Joselito vire à la Borsalino…
- T’as qu’à y retourner, chez ta mère ! (étonnant l’actualité de ce genre de dialogue, s’pas ?)
- J’te ferais pas ce plaisir, j’vais te coller comme le papier à son bonbon, le torchon à son jambon, la mouche à sa m….armelade – (z’avez eu peur hein ? Mais je suis correcte moi !) - et t’as pas intérêt à m’éjecter sinon….
- Ouahhhh ! J’ai peur ! J’en ai les plombages qui se déchaussent à force de claquer des dents ! Et puis comme on dit : « che sera, sera » ! D’abord tu me saoule, j’vais faire une petite belotte de comptoir avec les copines et même que je vais me faire tirer les cartes ça m’occupera ! »
José va bouder dans son coin pendant que Carmen s’approche de ses deux copines en train de jouer les Madame Soleil. Mercedes a déjà lu qu’elle allait se mettre en ménage avec le futur Pancho Villa local (je sais le vrai était Mexicain, mais le costume est plus rigolo) et Frasquita qu’elle épousait un vieux plein aux as qui tirerait sa révérence assez vite pour qu’elle joue les veuves joyeuses pas mal de temps avec ses picaillons (sous, si vous préférez). C’est au tour de la cigarière et là, on peut pas dire que la donne l’enchante des masses (un pique pour rester sur le carreau et voyage pour deux dans la gondole de Charon) :
« Dans le genre « j’invente des règles » vous auriez pas touché au paquet par hasard ? - lance-t-elle - parce que côté carreau et pique j’suis servie, mais j’ai pas rêvé, en principe y a aussi trèfle et cœur ? Bon ! Tant pis ! J’ai plus qu’à mettre mes affaires en ordre pour le grand voyage (ça sera vite fait, tout est au pressing) ».
C’est à ce moment que reviennent Laurel et Hardy (Le Dancaïre et Le Remendado). José est chargé de surveiller la marchandise, pendant que les filles vont s’occuper de distraire les trois douaniers que les éclaireurs ont aperçu près de la passe. Stratégie militaire des nanas : se laisser un peu coller-serrer, rejouer « A la recherche de la bretelle perdue », et faire risette le plus possible (meilleur moyen de montrer les dents à l’ennemi : sourire). Tout le monde sort.
Entre Micaela guidée par un louveteau qui fait d’une pierre deux coups (sa BA et ses TP de survie en milieu hostile). Celui-ci n’en mène pas large, parce qu’à peine Heidi arrivée à bon port (paradoxale en montagne, cette expression), le scout s’empresse de déguerpir pour retrouver ses petits camarades et faire griller ses guimauves en chantant « Feu de bois, feu qui chante »
Micaela se donne un peu de cœur au ventre en sifflotant (vous avez jamais fait ça vous ? Moi si, j’assume !) lorsqu’elle aperçoit José sur son rocher . Elle commence à faire des « youhouuuu » suivi de « Ehoooo » le tout accompagné d’une gestuelle rappelant étrangement les « chiens jaunes » sur les portes avions. Il a pas vraiment l’air de la voir puisqu’il épaule son tromblon et presse la détente vers un truc qui bouge dans les fourrés plus loin.. Mince ! Doué comme il est, si ça continue, elle va se prendre un pruneau ! Elle file se planquer derrière les rochers, alors que le « truc » sort de son bosquet.

C’est Escamillo qui s’est servi de quelques figures tauromachiques pour esquiver la chevrotine. José, étant descendu de son perchoir la conversation commence :
« Salut mec, j’suis Escamillo, le zigouilleur de taureaux
- J’te connais, j’ai vu les affiches. Un peu plus et tes fans les auraient décollées pour garder un souvenir de la star !
- Y a pas de lézard ! Surtout que ça me fait encore plus mousser auprès de la belle pour qui j’en pince !
- Elle crèche dans les parages ?
- Forcé ! C’est une locale !
- Son pseudo ?
- Carmen ! Elle s’était entichée d’un bidasse qu’a fait le mur pour ses mirettes, mais, tu connais la Carmen, elle se fatigue très vite question cœur. Pas grave pour moi, ça durera ce que ça durera, j’suis pas exigeant ! En plus les suivantes attendent déjà leur tour leur tiquet à la main, alors…
- Y a qu’un petit os dans ton plat de nouilles Coco, c’est que le bidasse en question c’est Bibi et qu’il va pas rester les bras croisés en attendant de vous voir disparaître dans le soleil couchant ! »
Il est colère le José et on le comprend, même quand il sort la navaja (ze spanish lagliole) et commence à jouer les D’Artagnan « « bziiii, bziiii, bziiii » (ça c’est le bruit de la lame fendant l’air) alors qu’en face le torero dégaine tranquillement en attendant qu’il se fatigue tout seul. En plus, il a lu Féval et, la « botte de Nevers », il connaît par cœur. « Tchac » (ça c’est le bruit de la botte, très efficace vous le remarquerez parce que Tchac unique contre multitude de bziiii) et Joselito se retrouve désarmé. Le suspens est intense, sauf pour ceux qui connaissent les films de cape et d’épée parce que, évidement, lorsque Escamillo magnanime lui rend le coutelas, l’autre lui fait un croche-patte et Escamillo à terre essaie de l’épingler au sol.

Arrivée de Carmen qui fiche un aller-retour au gamin pour lui remettre les idées en place et lui faire lâcher la navaja (franchement, on se demande ce qu’il faisait à l’armée le José !) On promet de jouer la belle plus tard parce que Le Dancaïre commence à avoir des fourmis dans les ripatons. Escamillo sort après avoir balancé ses places gratuites à la ronde (cabotin jusqu’au bout celui-là), Carmen fait des pieds de nez à José qui menace de lui en retourner une, et c’est sur ce pittoresque tableau qu’entre Micaela, un peu aidée par les contrebandiers qui l’ont alpaguée derrière son rocher. José reste la main en suspens :
« Qu’est-ce que tu fiches ici, Mickie ?
- C’est pas de moi, c’est ta môm qui m’envoie te dire que ça serait p’t’être une bonne idée si tu rappliquais lui faire un poutou.
- Nan, j’irai pas ! Là ! Je lâche plus l’autre dévergondée, j’ai plus confiance !
- Mais fiche le camp – s’écrie Carmen – tu nous bouffes notre oxygène pour rien !
- Nan ! J’y suis, j’y reste !
- Bon j’vais te dire la vérité vraie : t’as intérêt à venir avant qu’elle passe l’arme à gauche !
- Pour un cor aux pieds ! Vingt dieux ! Sont agressifs c’t’année !
- Cor ou pas, elle nous lâche et tu devrais faire fissa !
- D’ac ! J’te suis, mais toi la rouleuse de cigare, fais gaffe ! »
Il sort en courant derrière Micaela alors qu’Escamillo reprend son tub célèbre dans les coulisses et que le rideau tombe sur la fin de ce troisième acte.
Du suspens, de l’action, de l’amour… qu’est-ce qu’il y aura au troisième acte ? A découvrir demain, si je ne suis pas trop feignante (je vais devoir mettre mon réveil moi, pour plus de sûreté !)
Je vous salue et vous souhaite une bonne journée à tous
Sieglind La Dragonne
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