Recherche

Vendredi 23 mars 2007
Bonjour !

Allez, avant mon sacro-saint week-end, un p'tit coup de lyrique avec le second tableau du premier acte de Peter Grimes ça vous branche ?
Pas la peine de dire non, de toute façon, vous y aurez droit quand même à votre "lavement mental" signé dragonne alors.... vaut mieux faire contre mauvaise fortune bon coeur, ce n'est qu'un mauvais moment à passer, ça va aller.. ne zézayez pas de peur !



PETER GRIMES - ACTE I - suite -

Le lieu :Intérieur de l'auberge du Sanglier, pas spécialement ce qu'on pourrait appeler un salon de thé pour nonnes en goguette ! Plutôt du genre pub de troisième mi-temps, sans comptoir, les habitués vont se servir sans doute tout seuls au robinet du tonneau de bibine et pour la flotte... suffit de se ficher sous la gouttière, ce n'est pas ce qui manque vu le temps radieux du patelin. Des banquettes, pour recevoir in extremis les types qui ne sont plus étanches avant qu'ils ne se vautrent lamentablement au milieu de leur troupeau de pachydermes rose-Barbie. Des tables, parce que se frayer un passage, la chopine à la main parmi les bocks posés par terre, ça va cinq minute mais on risque la gamelle même si on ne fait pas partie des types cuits. Et un joli feu de cheminée, pour réchauffer l'ambiance (est-ce vraiment nécessaire d'ailleurs, mais ça décore au moins).

Les personnages :
- Tantine, normal quand on est propriétaire des lieux,
- Mrs "Nabab", paumée pire qu'en terre anthropophage, étant donné  qu'elle tourne plutôt au sirop qui  fait dormir qu'à  la cuvée de l'année.
- Balstrode, le  vieux marin
- Boles, le pêcheur viré méthodiste
- Les deux nièces de Tantine, en chemise de nuit (avec un bout de châle crocheté maison pour paraître plus décentes... mais plus tartes aussi), elles pourraient être siamoises, l'une ne faisant rien sans que l'autre la suive (aux chiottes, l'une fait;;; ce qu'elle a à faire... l'autre s'essuie, certainement !)
- Keene, le pharmacien
- Peter Grimes, "l'Anglais volant" de cet opéra.
- Hobson, le voiturier
- Ellen, la copine de Peter
- Des marins pour faire le choeur

Au lever de rideau, Tantine est en train de faire entrer la vieille bique de Mrs Sedley (Nabab), en lui signalant qu'elle ne va pas tarder à recapsuler les canettes, donc si elle pouvait la jouer (ou chanter) court... ça l'arrangerait bien. La vioque explique que le pharmacien lui a donné rendez-vous pour dix heures et des pruneaux, elle n'osait pas rentrer, mais a failli être emportée par une bourrasque et demande si elle ne peut attendre que le déluge se calme. Tantine soupire que ça va lui faire du tort quant à son estaminet, mais en bonne fille accepte, non sans lui avoir conseillé de se planquer le plus possible, ça pique les yeux.

Entrent à leur tour le vieux Balstrode et un pêcheur, qui ont du mal à refermer la lourde, pas qu'ils soient déjà imbibés, mais ça zèfe plutôt sévèrement dehors, et la flotte insiste pour se mettre au chaud également.
"Purée de patafiole de temps de mes d... !
- Ahem ! - lance Tantine avec un coup de tête vers la vieille bique planquée au milieu des caisses  (entre cageots, on se comprend)
- A bin mon colon ! Si je m'attendais à la voir...ça risque d'être festif ce soir !
- Elle attend Ned (le pharmacien) il est préposé à l'entretien de la "bécane" (y'a du boulot !)"

Balstrode réclame son pichet, Tantine rechigne un peu, mais, vu qu'une autre troupe fait son entrée, elle ne va pas faire sa "mijotée"! De l'oseille qui rentre, c'est toujours bon à prendre, n'est-ce pas ? Ces sagouins ne font d'ailleurs pas gaffe et tardent un peu trop à fermer la porte, résultat : coup de vent et un carreau de pété ! (Rappelez-moi où ça se passe, que je fasse un grand détour, si j'avais à croiser dans le secteur !). Boles fait partie des nouveaux arrivants, (tellement un temps de chien, qu'il préfère perdre son âme au sec que finir explosé sur les rochers).
Tantine fait mentalement le compte de ce que ça va coûter, pendant que ses "nièces" descendent, tirées du lit par tout ce tintouin.
"Au s'cours !On va boire la tasse !
- Comptez là-dessus pour que je joue David Hasselhoff* pour vous tirer du bouillon ! Tu ferais bien de revoir tes "liens familiaux" Tantine, valent pas un pet de lapin celles-là !
- Tu t'es levé du pied gauche que t'as fiché dans le guano en plus en te levant ce matin ? T'es bien content de les trouver mes nièces pour taper le carton !" (Que ça ?! Moui... si elle veut...)

Pendant que les nièces ont leur crise de nerf (le vent des fous, c'est pourtant dans ma région...mais avec la météo déglinguée, on n'est plus sur de rien !), la vieille Nabab est en train de se demander ce qu'elle fiche bien dans ce bouge, alors que Boles le méthodiste tangue dangereusement (voilà ce que c'est quand on fait abstinence, ça donne vite un coup derrière les oreilles, si on touche à la gnole !) et avance, mains en avant, avec la ferme intention de peloter une des nièces. Tantine flippe qu'il lui esquinte sa marchandise mais Balstrode la rassure : dans son état, il n'est pas bon à grand chose , il est même capable de la rater et de finir dans son élan, sur les genoux osseux de la vieille bique planquée... enfin ça... c'est "ma" version évidemment.
Avant que ça n'arrive il chope le type et le fait asseoir, histoire qu'il "décante" un peu.


Le choeur approuve pendant que la porte s'ouvre à nouveau et que le pharmacien Keene entre plié en deux pour éviter de finir en décoration de façade. La vieille Nabab lui saute sur le râble avant qu'il ait eu le temps de dire "ouf" et lui demande si le voiturier est enfin arrivé avec ses médocs. Comme Keene répond qu'il y ait intérêt à ce que le type ait appris la brasse coulée à ses canassons, vu que la route est inondée, elle fait sa crise et veut partir tout de suite de ce lieu de débauche. Petit problème... si elle veut ses pilules qui rigolent, il va falloir s'asseoir sur sa pudibonderie et attendre "calmement", sans pousser sa gouallante..

La porte s'ouvre à nouveau (ils auraient mieux fait de ne pas en mettre, vu qu'à chaque fois, elle est sur le point de se retrouver dégondée avec la tempête, ça économiserait du bois...et des tours de reins pour  tenter de la refermer) et cette fois-ci, Peter Grimes apparaît. Il est le seul à snober le ciré jaune canari et essore consciencieusement son pull tricoté mimine en secouant sa tignasse comme un Terre-Neuve après un bouillon.

On peut dire que ça plombe l'ambiance d'un coup son arrivée échevelée ! La vieille buse s'évanouit, les nièces sont à deux doigts de sortir le pieu et le collier d'ail, et tous les autres s'écartent comme si le type sentait le poney pas étrillé depuis trois ans. Il faut dire que son discours fait soupçonner qu'il a paumé quelques neurones dans la tempête, il parle de Grande Ourse, de Pléiades, d'horoscope, de remettre le compteur à zéro... A se demander s'il n'a pas fait un détour par la réserve de tord-boyau de Tantine avant d'entrer par la grande porte.. En plus il hurle, comme s'il avait encore à couvrir les bruits du déluge à l'extérieur ça fiche les jetons !

Boles cherche la bagarre en essayant de s'approcher de lui pour lui ficher son missel sous le pif mais Peter l'envoie valser d'un revers, l'autre tente un lancer de litron en réponse mais le vieux Balstrode lui balance un coup sur la pogne qui fait exploser la bouteille par terre.
Tantine demande de l'aide, ça va finir en baston et qu'est-ce qui va trinquer ? Ses meubles évidemment ! Histoire de changer de sujet, tout le monde entame une bonne vieille chanson de marins, que Peter se charge d'ailleurs de bien ruiner en changeant les paroles.

Une fois cette foire d'empoigne évitée de justesse, tout le monde semble un peu calmé et c'est ce moment que choisit Ellen pour faire son apparition, accompagnée du voiturier et du gamin de l'asile de pauvres (rôle muet) Hobson, le voiturier, annonce qu'ils ont presque dû nager (j'avais pas tort pour les chevaux donc !) parce que le pont s'est fait la belle et que sa charrette n'étant pas homologuée  "barcasse", ça  a été plutôt  rude.
Tout le monde entoure les "naufragés" pour les réconforter. Tout le monde... non, Peter n'attend qu'une chose, sa barrer illico le môme récupéré, histoire de ne plus voir ces faces de pets. Il chope le marmot par la main, et sort pour lui faire découvrir sa nouvelle maison, ce qui fait d'ailleurs bien rigoler les fiéleux... (un "home sweet home" avec ce bredin, faut s'attendre à tout, même au pire !)

Le rideau tombe sur le type en train de braver la tempête avec le gamin en remorque, alors que les médisants lui balancent des joyausetés, mais une fois qu'il est loin... au cas où il voudrait répondre d'une manière "musclée" à ces attaques (facile de critiquer quand on a de la marge pour se planquer en cas de pépin !)

Bon, j'ai fait mon boulot pour la fin de semaine, je vais pouvoir vous laisser lire tranquilou...moi, je ferai évidemment du tourisme chez vous, comme d'habitude. Bonne fin de journée et surtout bon week-end... à plus...

La dragonne

*Le David Hasselhoff de la voiture qui cause et fait "zioooon, ziooon..." avec ses phares...K2000, celui également d'Alerte à Malibu (déjà plus dans le ton pour notre allusion à un sauvetage en mer)
par Sieglind publié dans : Britten
ajouter un commentaire commentaires (17)    créer un trackback recommander
Mardi 20 mars 2007

Bonjour !

Alors, sans le coup de la malédiction divine, vous ne trouvez pas que l'opéra "brittenien" a des airs de Hollandais Volant ? Je vois presque Ellen, l'instit,. en train de filer le rouet avec ses copines, comme Senta.. M'enfin, c'est subjectif.... c'est peut être "l'air marin" qui m'inspire hé, hé.
Quoi qu'il en soit, faudrait se bouger pour la suite, parce qu'avec seulement un prologue, on ne peut pas dire que ça soit bezèfe pour connaître l'oeuvre hein ?



PETER GRIMES - ACTE I -

Le lieu : une rue du Bourg, plus exactement celle de la Salle des Assemblées, là où a eu le procès bâclé du héros. En face, la taverne du Sanglier, respectable établissement tenu par une certaine...Tantine, qui a bien dépanné Peter quand il était à deux doigts de se faire écharper par des autochtones énervés, lors de son retour avec le mousse refroidi. Au coin de la rue, la pharmacie et de l'autre côté, la flotte (enfin des brises-lames qui nous font supposer qu'il y a de  la flotte derrière, mais ça pourrait être n'importe quoi, (les machinistes en train de taper le carton par exemple). Des types sont en train de faire un créneau avec leur rafiot, histoire de bien montrer, au cas où on n'aurait pas encore pigé, que c'est un drame marin qui se déroule sous nos mirettes. Des nanas chopent au vol les sardines que les marins leurs balancent (comme des otaries ?), parce que ça les distrait de leur travail de point de croix sur filet de pêche et que ça lasse et ça abime les mimines à la longue.

Les personnages :
- Des pêcheurs (nooooon, c'pos vraiiiii, au bord de la mer ?! J'aurai cru qu'on croiserait des chasseurs alpins moi !),
- des musaraignes de pêcheurs (des tyroliennes en train de yodler, on y croirait déjà moins... mais ça serait plus rigolo)
- la fameuse Tantine
- ses "nièces"... je suppose qu'elle préfère qu'on les appelle comme ça qu'entraîneuses, m'enfin...on n'est pas dupe s'pas ?
- Swallow, le maire
- le doc du coin, Crabbe, qui paraîtrait avoir une tendance certaine à lever le coude dès mâtines.
- un vieux loup de mer, Balstrode, en train de faire semblant de regarder la mer  à la longue vue, histoire de faire plus folklorique. Type sympa qui a toujours un bon mot à la goule, ainsi qu'un bout de chique (espérons qu'il crache son truc avant de causer, ça doit être d'un ragoûtant sinon !)
- le recteur, homme du culte du coin
- la vieille bique de Mrs Nabab (Mrs Sedley, mais je préfère son pseudo moi) accroçchée au cul-te du recteur comme une puce à son clebs (morpion, ça faisait moins classe, mais c'était plus dans l'image initiale non?)
- le pharmacien Ned Keene
- Boles un pêcheur "méthodiste" (pas la peine de me regarder bizarrement, c'est ce qu'il y a d'inscrit dans la distribution officielle des rôles)
- Ellen, l'institutrice entichée du héros malheureux
- Hobson, un voiturier (livreur de l'époque)
- le héros sus-cité Peter Grimes

En bref, tout le village presque au complet (les enfants en bas âge sont consignés dans leur berceau, leur tessiture n'est pas encore assez affirmée pour qu'ils poussent la chansonnette, mais ils s'entraînent assidument !).

L'acte étant bourré de changement de personnages quant au livret, je vais m'abstenir de rapporter ça façon dialogue pour l'ensemble du tableau, ça risque de saouler !

Au premier tableau, on a droit à une scène à la Bruegel l'ancien, un retour de pêche des types, avec les nanas pour récupérer le poiscaille d'une main pendant qu'elles se ruinent les yeux à réparer les filets de l'autre alors qu'ils vont s'en jeter un derrière la cravate, parce qu'il commence à  faire soif avec tout le sel qu'ils ont avalé à chaque paquet d'eau, vu le temps pourave qu'ils ont depuis le début de la saison ; comme en Bretagne, il ne pleut que deux fois l'an, mais six mois à chaque fois... désolée pour les bretons et d'abord, j'ai droit de plaisanter étant un peu bretonne par génitrice interposée).

Tous filent vers l'auberge du Sanglier, sauf un, le fameux Boles, devenu méthodiste après une illumination (ou une cuite un  peu trop sévère peut-être, il a eu une crise de foi hé, hé !)
Pendant que le vieux loup de mer, Balstrode, vire à coup de pompes dans les miches des gamins prenant d'assaut une barcasse pour jouer au capitaine Crochet, le méthodique méthodiste Boles ironise sur le docteur en  train de descendre la rue, pour rejoindre la taverne en signalant qu'il "porte santé à chaque malade" personnellement (vous imaginez la biture en fin de journée s'il lève le verre à la santé de tous ses patients ?!)
Les rares pêcheurs encore restés à prendre le frais, avant d'enfiler leur ration journalière de tord-boyau, demandent à Balstrode, qui sert de baromètre (à cause de la longue-vue et pas de ses rhumatismes, quoi que...) s'il prévoit une tempête, pour changer du brouillard et du crachin...(charmant patelin!).Pas pour l'instant, mais si le vent tourne, y'a des chances et alors là... tous aux abris, selon lui.

Le Recteur descend la rue à son tour, suivi de son poisson pilote favori, la veuve "Nabab" ! Keene, le pharmacien, sort à son tour de sa boutique. Tout ce petit monde y va de ses salutations distinguées, Keene signale même que si Tantine n'avait pas de "nièces", on oublierait de lui dire bonjour plus souvent. D'ailleurs il compte les border le soir même,  pour être sur qu'elles s'endorment plus vite (mais oui, bien sur !) Pendant que chacun "fait commerce" comme on dit, le pêcheur méthodiste (hé,hé) y va de sa sentence sur l'enfer qui guette les luxurieux.

Au loin, c'est à dire en coulisse, Peter Grimes demande un coup de main pour tracter son "f'êle esquif", mais personne ne se bouge le valseur, on sent bien qu'ils lui font la gueule pour l'histoire du moussaillon.Les seuls types à le dépanner sont le vieux loup de mer et Keene. Boles-le-méthodiste en rajoute une couche en disant que les gens "biens" doivent tourner le dos aux âmes perdues alors que Tantine lui rétorque qu'elle en a rien à secouer et que du moment que son commerce tient, et qu'elle paie ses mensualités d'assurance incendie, elle n'a rien à craindre côté flammes infernales.

Peter apparaît et Keene lui signale qu'il n'a plus de bile à se faire question apprenti moussaillon, il lui en a "acheté" un (texto) à l'asile des pauvres de la région. Et oui ! Pas si loin que ça du Dickens évoqué par Alain s'pas ? Il faudrait aller récupérer "le colis" au plus vite, (sinon il va se périmer ?) et il charge le voiturier Hobson de ça.
Sauf que le type a sa charrette blindée jusqu'aux essieux et qu'à part en garniture de bouchon de radiateur, façon Rolls du bouseux, le môme aurait du mal à loger dedans.Et puis comme il fait tous les pubs, ça va faire tard pour le coucher du p'tit mousse dans son nouveau "chez lui" !

L'institutrice se dévoue encore une fois (c'était instit de bled paumé ou martyre au temps de romains, le rôle était déjà pris par une certaine Blandine alors...) et puis, le gamin risque de flipper sa race sévère s'il fait le trajet tout seul (sans compter que s'il a autant le sens de l'orientation que votre servante, il se sera déjà paumé dans le couloir de l'orphelinat quarante douze fois avant d'avoir atteint la sortie)

Les villageois lui signalent tout de même qu'elle mise sur le mauvais cheval, étant donné que tout le monde à décidé de bouder Grimes et qu'elle risque qu'on lui tire la tronche aussi du même coup, mais elle les envoie paître en leur disant que veuve et sans mômes à torcher, ça lui fera une occupation plutôt que de corriger les fautes à tous les mots de leurs moutards mono-neuralement équipés (enfin ça, c'est de moi, pas dans le livret, elle n'est pas dingue au point de mordre la main qui la nourrit comme on dit !)

La vieille "Nabab" harponne le pharmacien pour lui demander s'il a ses médocs. Il lui répond qu'il est en rupture de pilules qui rigolent et sirop pour dormir, mais qu'elle n'a qu'à se pointer ce soir au Sanglier, il aura reçu son kit de ménopausée hystérique (si je passe par cette phase, une balle dans le caisson,s'il vous plaît !)
La vieille a ses bouffées, étant donné qu'elle n'a jamais mis les ripatons dans ce lieu de perdition, mais comme elle est en manque, elle se fait une raison. Pour se préparer moralement à cette épreuve certainement, elle décide de retourner chez elle pour le reste de la journée. Keene prédit que si elle continue à tututer du laudanum comme du lait-orgeat, elle risque de finir chez les bredins en train de repeindre le plafond après qu'on ait enlevé l'échelle.

Balstrode, le vieux loup de mer, toujours l'oeil vissé à sa longue-vue, signale que le vent est en train de virer et qu'avec la marée de printemps, ça va rincer dru ! Il ferait mieux de se faire greffer l'oculaire de la  lunette directement dans l'orbite, ça lui éviterait des crampes dans le bras au type d'ailleurs.
Les gens commencent à suer dans leurs molletons mais Keene, toujours en verve côté répartie cinglante signale que tout ce qu'ils ont à craindre, c'est d'avoir trois pouces de flotte dans leur piaule et pas d'avoir leur conscience noyée sous le déluge. Et évidemment, comme dans les films catastrophes, Boles-le-méthodiste demande aux pauvres pêcheurs de se repentir, les flots "divins" vont faire le nettoyage par le vide.


Quasiment tout le monde court se mettre à l'abri au Sanglier (noyé dans la bibine ça doit être plus classe que sous un paquet de mer certainement)
Ne restent en scène que Peter et Balstrode (là, je peux reprendre ma forme dialogue, sans tout ce monde, ça sera moins désordre) :

" Tu préfères te les geler plutôt que d'être au sec chez Tantine ?
- Trop de monde, ça me saoule !
- Pourquoi que tu postulerais pas à un poste dans la marine marchande, vu que t'es quasiment né avec un hauban dans la goule (figure de style, vous avez vu la taille d'un hauban ?! Ou alors il a une sacrée goule !)
- J'suis du coin et je reste dans le coin !
- T'as rien de bon à y trouver pourtant ! Les autochtones rigolent quand il leur tombe un oeil  et tu connais la blague du jour ? "Si tu bouffes pas ta blédine, on t'envoie faire un stage chez Peter !"  Charmant non?
- T'imagines la tronche de l'apprenti vendu à l'ennemi public numéro un ?!
- Ce satané coroner a bien laissé planer le doute en balançant des allusions et en clôturant le procès façon "faute de preuve",  rien de tel pour que la populace ait l'imagination qui galope ! Le pauvre môme était déjà bien amoché à sa sortie de l'asile (décidément, c'est leur fournisseur officiel c't'asile pour les marins en quête d'apprentis) fallait pas grand chose pour qu'il décanille.
- J'aurai tout de même voulu t'y voir ce jour-là ! Ze tempête du siècle et un mousse la goule ouverte ! Chouette journée pas à dire ! Et les autres "ragoteurs" qui me crachent à la goule parce qu'ils ne savent causer que pognon alors que j'ai toujours visé autre chose moi !
- Euh... c'est à dire...
- Dès que j'ai récupéré le nouveau mousse,j'te fiche l'océan à sec ! Pas un anchois qui ne se tapera pas un séjour dans mes cales ! Ils la ramèneront moins quand je serai pété de tunes, que j'aurai quasiment le monopole de la vente de merluche et que j'aurai Ellen comme poissonnière derrière la caisse de ma supérette ! - (ouah... quel grande destinée !!! Surtout pour Ellen, évidemment !) - mais d'abord les tunes, la bagouse ensuite !
- T'es dingue ! vas-y tout de suite faire ta demande !
- Peau-de-balle ! J'veux pas qu'elle dise oui par pitié !
- Et on est reparti pour un tour dans le grand manège ! Nouvelle pêche, nouvel apprenti...tu veux un dessin pour la conclusion ? - le vieux type est obligé de s'époumoner pour couvrir le bruit de la tempête.
- T'es pas mon père, j'fais ce que je veux d'abord !
- Pourquoi j'me casse la voix et surtout le c. pour un type aussi secoué, là, je m'interroge...
- Tu sais où tu peux te carrer tes conseils ? (texto: "Mettez vos conseils où vous fourrez votre argent!")"
- Fais pas ta tête de lard et viens t'en jeter un à l'abri !
- J'y suis j'y reste !"

Le vieux décide qu'il en a marre d'essayer de causer à une tête de cochon pareille et file aider Tantine à ficher les volets en place, vu que ça risque de bien souffler d'ici peu. Il entre avec elle et Peter reste en se posant les questions existentielles "suis-je éveillé ou dors-je, suis-je arrêté ou cours-je, dans quelle état j'erre ?" enfin tout le toutim, "Brainstorm" sous la "storm" tout court quoi !
Et le rideau se ferme sur le type en train de jouer les mimes Marceau en luttant contre le vent (là aussi, texto: "Bourrasques de vent, Peter reste immobile un instant, comme appuyé au vent" si c'est pas du mime ça !!!)


Fin du premier tableau de l'acte ! On arrête et on verra la suite plus tard. Allez, couvrez-vous bien, attention à la marée montante et hisse et ho... une bouteille de rhum pour tenir la journée (moi, je me contenterai de cafetière de kawa, le rhum, j'évite, ça tangue trop, même par mer d'huile)

La dragonne
par Sieglind publié dans : Britten
ajouter un commentaire commentaires (30)    créer un trackback recommander
Vendredi 16 mars 2007
Bonjour !

Allez, le jour est levé, les piafs s'égosillent (enfin chez moi, vu qu'ils ont eu la bonne idée de bidouiller leurs cabanons sous le toit à clair-voie de ma terrasse), j'ai mon kawa dans le bide, parée donc pour causer lyrique et juridique. 
Comme ça ne date tout de même pas de Noé en culotte tyrolienne, vous êtes déjà prévenus qu'on parlera d'un moussaillon mystérieusement décédé et de la galère (normal pour un marin là aussi) où se retrouve son capitaine.

Par contre, ce que vous n'avez pas trouvé, sauf Kfigaro qui me l'avait demandé, c'est le titre de cet opéra en trois actes. Mais je ne vais pas vous lancer le gravier pour ça, vu que c'est un opéra du siècle dernier (1945), un peu moins joué, je trouve que les productions dites classiques comme "l'Enlèvement du Barbier chez Carmen" ou "La Flûte fantôme du maure de Venise" (je sais, ça non plus c'est plus que rarement joué, vu que c'est un pot-pourri fabrication maison, style Festival Hoffnung pour ceux qui connaissent).

Le titre donc : Peter Grimes..L'auteur : Benjamin Britten né en 1913 et décédé en 1976 (son War Requiem est à découvrir, je vous garantie, j'avais le poil au garde à vous quand j'ai entendu ça au palais des sports à Toulouse) Evidemment, côté "style musicale", ne cherchez pas à vous raccrocher à vos écoutes classiques, rien à voir, on est dans le siècle "moderne" musicalement parlant. Et autre petit problème, hors de chez les Grands Bretons, les compositeurs lyriques anglais sont rarement joués ; où il faut qu'ils soient morts et enterrés depuis belle lurette, comme Purcell (vous en connaissez des Balle, Wallace, Delius, Vaughan-Williams, Tippett vous ? Je les découvre à peine alors...)

Donc, c'est parti pour un drame en trois actes sur fond de marine.  Aujourd'hui on n'aborde que le prologue, histoire de se mettre au courant de "l'affaire" qui va casser le moral du héros et ruiner sa vie sociale pire que s'il avait lâché une caisse en pleine réunion de cathéchèses



PETER GRIMES - Benjamin Britten - PROLOGUE -

Le lieu :
Le Bourg (the Borough, pour les anglophones) p'tit bled de pêcheurs sur la côte Est de la fière Albion.

Intérieur de la salle des Assemblées réquisitionnée pour servir de tribunal dans l'affaire qui nous occupe. Au mur, des affichettes d'un artiste local pour le loto de la semaine (son poids en sardines pour le gagnant de la quine), le grand festival des chants de marins organisé par le choeur des ex-vierges Bourgeoises (ou Boroughoises si vous voulez), l'incontournable élection de Miss, avec défilé en suroît et filet de pêche (vous pensez pas qu'elles défilent en bikini vu le climat du coin !), avec mention comme quoi même les thons peuvent s'inscrire (c''est même conseillé vu l'activité économique du patelin !); On a juste arrangé les chaises, rajouté une estrade et une table faite à l'aide de tonneaux de saumure (vides, vaut mieux) et on est paré pour une séance de "Messieurs les Jurés" comme à la grande époque télévisuelle.

Les personnages :
- Swallow, coroner (ou officier de PJ si vous préférez) il cumule, vu qu'il est non seulement avocat, mais le maire du patelin, pas de quoi être l'idole des foules, mais il a une certaines tendance à jouer les types qui ont une idée derrière la tête et ça impressionne les foules,
- Hobson, dans le rôle du constable (le type déguisé en sergent de ville qui est chargé de calmer les élans de la foule à chaque tirade des avocats, dans les films)
- Peter, Grimes de son nom de famille, l'accusé
- Mrs Sedley, une vieille bique du coin, pas très populaire, d'autant plus qu'elle a des heures de.... navigation. Pour vous dire sa popularité, les gens du coin l'ont surnommée  "Mrs Nabab"  parce qu'elle est veuve d'un ancien agent de la Compagnie des Indes Orientales ça pourrait encore passer, mais vaut mieux éviter de la rencontrer dans la rue, elle a une certaine tendance à avoir des idées plus qu'arrêtées et c'est une vraie mêle-sauce (plus fouille-merde, ça n'existe pas !)
- Ellen Orford,, encore une veuve, mais plus fréquentable (et plus jeune) maîtresse d'école du Bourg
- Choeur mixte, villageois et pêcheurs, parce qu'il faut bien un public, vu que c'est un procès du même nom.

La séance est ouverte sur Hobson, le constable, en train de hululer le nom de l'accusé, des fois qu'il aurait oublié de se présenter à son procès... et celui-ci sortant de la foule, Swallow fait un résumé de la situation :
"Mec, on est là pour régler un p'tit détail, tout p'tit... Le fait que tu sois revenu d'une virée de pêche avec un moussaillon plus que refroidi au milieu de tes cageots de merlus. D'abord, tu connais la ritournelle... "jurez de dire etcaetera etcaeteri... et tout le tintouin..." - le type répète après lui. - Bon, une bonne chose de faite ! Passons au reste ! Allez, déballe ta version !
- C'est pas pour vous vexer, mais vu les trois cahutes qu'on a ici, et étant donné la pêche qu'on avait faite, j'ai préféré aller voir du côté d'un marché plus étoffé que trois tréteaux de merlasse sur la place du village !
- Et le môme a passé l'arme à gauche durant le voyage ?
- J'aimerai vous y voir avec un vent plus caractériel qu'une pré-ménopausée ! Il a viré d'un coup et on s'est "un peu" paumé avant de retrouver le cap. On avait plus de gnole, donc on a été obligé de boire de la flotte - (beurk) - mais elle aussi elle a fini par manquer au bout de trois jours sur la grande bleue. Le' gamin s'est desséché pire qu'un hareng pommes vapeurs et s'est mis en apnée définitive au beau milieu du poiscaille. Je l'ai jeté par-dessus le bord avant de rentrer au port.
- Euh... le poisson ou le mousse ? Autant pour moi, on a le mousse au frigo ! Et, arrivé à bon port (logique là aussi !), t'as demandé un coup de main ?
- A part le pharmacien,  nan ! Mais quelqu'un a prévenu le pasteur.
- Paraîtrait qu'il y avait un sacré foin à l'arrivée...
-Un type s'est mis à goualler et ça a viré à la baston générale.
- Et pour cause ! S'il n'y avait pas eu l'aubergiste, t'aurais bouffé du pavé mon gars !
- Bin voui...c't'une brave meuf,  Tantine !
- Euh... t'évite les pseudos ici, ça fait pas classe ! Après, il paraîtrait que tu t'en es pris à un pilier de notre communauté.... Tu l'aurais même habillée pour plusieurs hivers, si tu vois ce que je veux dire..."

Peter meloune dans sa barbe et préfère se taire plutôt que ça vire à l'orage, mais la propriétaire de la nouvelle collection automne-hiver fend la foule en couinant pour se faire remarquer. C'est c'te' vieille' peau de Mrs Sedley ! Peter fait remarquer à la vieille perruche, qu'il n'a pas d'atomes crochus avec les fouilles-bouse patentées. La foule grogne plutôt qu'elle ne s'exprime d'une manière intelligible, mais on pige tout de même qu'elle est plutôt de son côté quant à la Joyeuse Commère de Burough..
"Vos gueules les mouettes ! - hurle Hobson (dans le rôle du clebs gardien de moutons, il serait bien aussi)
- Bon c'est pas que je m'ennuie, mais faudrait faire avancer le débat non ? - continue Swallow - C'est bien la maîtresse d'école qui t'a aidé à porter le gamin refroidi chez toi ? Qu'ess'k'elle venait ficher dans le coin d'abord ?
- J'ai voulu juste filer un coup de main, vu que je n'avais rien de plus intéressant à faire ce jour-là ! - répond Ellen
- Drôle d'occupation avec un drôle de coco en plus ! Faut dire que question apprentissage du vocabulaire... il y a matière ! - (là je trouve que le juge prend un peu trop parti, vous ne trouvez pas ?) -  En tout cas, il y a un truc en ta faveur Peter, c'est que tu aurais récupéré le gamin avant qu'il ne boive définitivement la tasse pendant le gros temps qu'on a eu en Mars, ça s'inscrit à ton actif, c'est déjà ça de gagné ! Bon, pour résumer... T'as intérêt à éviter d'embaucher des mousses dorénavant ! Vise plutôt du côté des malabars qui peuvent s'en tirer sans appeler leur môman mais gaffe, même si je classe l'affaire en concluant que c'est une mort accidentelle, ça risque de te suivre longtemps c'te p'tite histoire !
- Mais, comment je fais moi ?! Me faut un moussaillon en apprentissage, c'est la coutume !
- Bin faut qu'il y ait une musaraigne pour veiller au grain, j'vois que ça !
- J'y pense... mais ça se fait pas en clignant des mirettes ça !
- Pour être plus clair ?...
- Faut d'abord que je fasse taire les ragots !
- Je joue mon Ponce Pilate, apportez le rince-doigt ! Allez séance levée !
- Et gnagnagna et patin-couffin ! Ah elle est belle la justice ! Et mon procès pour que je fasse ravaler leur bile à ceux qui m'accusent qu'est-ce que j'en fais ? Je m'assoie dessus ?"

Le juge débranche son sonotone et se lève comme s'il avait les miches collées au coussin, lentement et dignement (pour éviter que le fond de culotte ne se déchire certainement). Les spectateurs l'imitent et sortent pour laisser seuls Peter et sa copine l'instit.
"Allez viens, on décanille, histoire de changer d'air - propose Ellen
- Et la vérité dans tout ça ?
- On en causera devant une bonne camomille chez moi.
- Tu vas être cataloguée "Ennemi Public n° 2, par alliance, fais gaffe !
- Laisse pisser le mérinos ! A la longue ça se tassera. Et puis tu m'as moi ! Et t'as ta pêche aussi.
- Voui, mais "à la longue", tu risques d'être intoxiquée par les relents de fosse sceptique de certains retours de conversation ! J'ai pas grande confiance en l'avenir moi sur le coup...
- Allez, secoue-toi et j'suis là au cas où tu l'aurai oublié"

Les deux tourtereaux s'en vont à leur tour, évitant de se faire ratatiner par le rideau qui pèse un âne mort et qui tombe à la fin du Prologue.

Donc, vous êtes prévenus, ça sent le truc genre fatalité et regards soupçonneux des voisins... ils partent avec un sacré lest au valseur les deux amoureux... Comment ça va évoluer... à lire plus tard. Pour l'instant je vous laisse profiter de votre week-end suivant mon habitude et vous dis à plus pour la suite.
Bonne journée

La dragonne
par Sieglind publié dans : Britten
ajouter un commentaire commentaires (22)    créer un trackback recommander

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Liens Amis

Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

undefined

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
blog jeux et consoles sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus