Bonjour à tous!
Je vais essayer de suivre vos conseils (c'est-à-dire ne pas vous envoyer un pavé trop lourd entre les deux oreilles, ça va être dur, pipelette comme je suis, mais je tente le coup)
Donc après les péripéties pyrénéennes d’hier, nous allons retourner en terrain plus plat mais pas moins accidenté pour autant, théâtre de l’acte ultime de cette œuvre mondialement connue (ne serait-ce que par les pubs, n’est-ce pas ?) qu’est :

CARMEN – ACTE IV –
Le lieu : une place à Séville avec des arènes en fond polychrome flamboyant (période pas très connue de l’art académico-lyrique, mais souvent employée, même de nos jours)
Les personnages : Sévillans et Sévillanes déambulant, le capitaine Zuniga, Mercedes et Frasquita, Escamillo, Carmen et Don José.
Au début, on a droit à une scène de marché banale avec ses bonimenteurs, ses pigeons – pardon , ses clients, et chacun y va de sa chansonnette. J’imagine assez un « vrai » marché avec la marchande de légumes, une main sur le cœur, en train de péter toutes les vitres du bâtiment voisin, en poussant son contre-ut, le poissonnier vanter la fraîcheur de ses sardines sur « la donna è mobile » de Rigoletto, le vendeur de l’épluche légume du siècle faire l’article sur l’air de Figaro du Barbier de Séville ! Au moins, ça mettrait l’art lyrique à la portée de tout le monde et au prix d’un kilo de patate ou deux, au plus !
Pendant que tout ce monde arpente la scène dans tous les sens en faisant semblant d’être vachement intéressé par la grande fraîcheur des poulets en plastique, des légumes de papier mâché et des poissons en feuilles d'alu, le capitaine Zuniga interpelle Frasquita et Mercedes :
« Z’avez perdu votre copine, la joueuse de lime à ongles, ça change ! Scotchées comme vous êtes toutes les trois !
- On est pas là pour tenir la chandelle pendant qu’elle fricote avec son galant !
- José ? Je l’cherche justement !
- T’es fou ! C’est périmé depuis belle lurette c’t'histoire ! Maintenant elle est accro à l'Escamillo. L’autre, depuis que la blondasse tressée est venue le chercher… plus de nouvelles !
- Pareil ! On s’est pointé à son village pour lui dire deux mots, rapport au fait qu’il manque à l’appel depuis pas mal de temps et le zoziau s’était déjà envolé !
- Mince ! Carmen a intérêt à se planquer parce que leurs adieux c’était pas : à tout à l’heure chérie , mais plutôt : prends-toi en photo, pass’ke quand j’te retrouve même ta mère aura du mal à te reconnaître »

La conversation est interrompue par l’arrivée ovationnée du torero Escamillo avec, accrochée à son bras, comme un poisson ventouse à son aquarium, une Carmen plus que pâmée d’admiration. Et vas-y les « tu m’aimes ? » , « J’t’adore ! », « t’es sûre ? », « craché, juré ! ». Torero, picadors, fan club, tout le monde prend la direction de l’arène assez lentement parce que faut pas oublier que c’est un décor, (j’imagine – encore – le groupe s’emplafonner le poster de plein fouet et la trace en silhouette découpée restant après l’impact ! Très cartoonien non ?) Les copines, qui sont restées à la traîne, chuchotent à l’oreille de Carmen, que l’agité du bulbe qu’elle a jeté comme un kleenex doit se balader dans le secteur, ça serait peut-être bien si elle sortait le gilet pare-balle.
« Qu’il y vienne j’l’attend ! C’est pas un gamin à qui on refile deux tartes et qui lâche son canif, qui va m’impressionner ! » répond Carmen qu’a pas froid aux yeux, il faut le reconnaître.
Les copines parties, évidemment c’est Don José qui fait son entrée un peu dépenaillé et essoufflé (la cavale c’est pas top pour le look) :
« Tiens, voilà machin ! fait dédaigneusement la cigarière
- Suuuuurpriiiise !
- Les copines m’ont dit que tu me cherchais et que c’était pas pour me faire la bise.
- Nan ! C’est pas pour te trouer la panse, c’est pour qu’on se remette ensemble !
- Tu rêves où t’as bu ?
- On a passé de bon moments ensemble tout de même !
- Faut te le dire en quelle langue, en mandarin ? N.I , NI, C’EST FINI !
- Fais gaffe ! Me pousse pas !
- C’est sur ! Tu pourrais t’étaler comme la dernière fois !
- J’suis sérieux, tu viens avec moi sinon…
- Sinon quoi ? Tu va faire ta colère ? Les mômes qui trépignent c’est dans les crèches qu’on les trouve ! Et arrête de jouer les Soupalognon y crouton - (pour ceux qui connaissent Astérix, voir :Astérix en Hispanie) - remarques, continues un peu… le mauve de ta trombine commence à t’aller bien !
- T’as intérêt à venir et au galop ! J’ai pas fait tout ça pour des prunes ! Tu viens ou j’t’étale !
- Cause toujours ! L’Escamillo, tu lui arrive pas à la cheville et je suis maquée avec lui, au cas où tu le saurais pas, vu qu’à Perpette-les-oies, il faut encore pédaler pour recevoir la radio !
- J’te préviens que j’t’aurai prévenue ! - et là, il sort le coutelas sous son nez, pour que Carmen apprécie de près l’affûtage de l’outil.
- Et bin vas-y ! T’es pas cap ! Au fait, la bagouse que tu avais tirée au distributeur de la fête foraine, tu peux la reprendre, elle est vraiment trop tarte !
Elle lui balance la bague Minnie à la tronche, et ça…. c’est le pompon, pour José ! Il l’épingle en deux temps trois mouvements et la regarde tomber (au ralenti, les divas, ne tombent qu’au ralenti, sinon ça fait trop de bruit et surtout les décors tremblent).

Escamillo n’aura plus qu’à piocher dans son carnet d’adresse après avoir biffé les coordonnées de la cigarière, parce qu’elle est partie chalouper du côté de Saint Pierre. La scène se passe ici évidemment en vidéo
Pendant que José se passe les menottes tout seul parce que la scène est vide (vous trouvez ça logique vous ?) on entend le chœur reprendre le « Fais gaffe à tes miches, on te zieute bizarrement » du début de l’opéra.
La rideau tombe (une main de la Carmen dépasse, parce qu’elle est pas tombée comme il faut sur les marques au sol– rigolez pas ! Dans ma Carmen à moi que j’ai vue, c’est « vraiment » arrivé !)
Je suis assez contente de moi, parce que c’est déjà un peu plus « lisible » côté longueur non ?
Je vous souhaite une bonne journée bien remplie (mais pas trop quand même) et vais me repasser un coup de l’opéra, parce que ça m’a donné envie rien que d’en parler.
A bientôt
Sieglind la Dragonne
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