Bonjour à tous !
Avant de commencer un nouveau récit d’opéra, je vais vous causer un peu de quelques mésaventures lyriques (en temps que spectatrice, hélas !) m’étant arrivées au cours des nombreuses manifestations auxquelles j’ai assisté.
Je vous l’avais promis (sans cracher, ni jurer, c’est pas poli et c’est pas zouli, pour une femme… enfin entre nous, j’vois pas pourquoi ça le serait plus pour les mecs, mais ça… c’est un autre débat – celui des émissions de gaz « supérieures » et « postérieures », du grattage intempestif au niveau du slip kangourou, et de quelques autres petites « manies » soit disant réservées au sexe dit « fortissimo ».
Donc, un des trucs rigolos qui me soit arrivé c’était à la représentation de la Tosca (pas du Plantier) de Giacomo Puccini – j’peux plus vous dire quand, mais ça fait belle lurette parce que c’était quand j’avais été inscrite par ma mère adoptive à la saison lyrique de ma petite ville d’origine (Rochefort sur Mer, pour ne pas la citer) c’qui fait, qu’étant « inscrite par quelqu’un » j’devais pas avoir encore assez de « poids social » et surtout… de pépettes. Donc, je m’pointe avec mon chaperon de l’époque (une collègue à ma môman qui était férue d’art lyrique – sauf que pour elle, ça se serait borné à l’Auberge du Cheval Blanc, Nono et Nanette, Véronique etc. – qu’on ne s’y méprenne pas, je crache pas sur cet art dit mineur qu’est l’opérette, mais j’suis plus branchée vers le vrai lyrique, celui qui finit la plupart du temps très mal pour les héros avec des livrets bien compliqués, que si tu fais un film dessus, ça fera pas une entrée tellement t’y crois pas… enfin l’Opéra quoi !)
On s’installe mais déjà, j’la sentais pas la Tosca, dans le rôle de la diva enflammée et caractérielle. (faut dire que falote comme elle était, je suis bien incapable de me rappeler le nom de cette brave dame) par contre en bon gros méchant de derrière les fagots, on avait Gabriel Baquier en Scarpia (lui j’l’adore).
Donc le début se passe normalement : l’église, l’autre plâtrier qui torche les murs pour soi-disant faire une fresque, la caractérielle… et que je t’aime et que je te fais des serments et qu’il faut faire gaffe parce qu’on cache quand même un copain qu’a un casier ;.. j’vais pas dire que je m’ennuyais, mais connaissant, c’était pas la grande surprise (surtout que les voix étaient pas faites pour me marquer à vie !)
Arrive Scarpia, avec son air : « va Scarpia » (faut vous dire, que là, on avait droit à la version française, en Charente maritime, j’ai pas eu droit à la V.O question lyrique, il a fallu attendre Bordeaux… quoique ;.. ici, c’était pas gênant parce que ça se dit : « Va Scarpia » aussi donc…) Là, je me régale, car les airs comme ça, baryton-bassées, j’adore ! Le reste suit… pour arriver enfin au dernier acte, là où tout se goupille !
L’histoire on la verra sans doute un de ces jours, mais en gros, le Scarpia fait un plat mastoc à Tosca, que si elle veut bien être gentille avec lui, son copain le peintre en bâtiment, il aura la vie sauve (il l’avait chopé, à cause du fameux « recel de malfaiteur » pré cité) Elle joue les indignées, avec des grands gestes à la Sarah Bernhard des yeux de veaux kholés et des bimbeloteries pleins les bras. Première erreur : ne jamais faire de grands gestes de mépris quand on a des gros bracelets bien clinquaillants au poignet. Dans son geste accusateur vers le méchant, une des breloques se fait la belle, et grâce à la force centrifuge ou centripète ou centri-c’que vous voulez, vient atterrir entre les deux yeux de Baquier. Beau tir (il a dû en voir trente six zoziaux, celui-là)
Alors, déjà, vous m’imaginez - parce que déjà à l’époque j’étais un peu… turbulente ( ?) - sur mon siège d’orchestre, en train de me trémousser, et c’était pas pass’ke j’avais envie d’aller au petit coin, le programme devant la goule pour que les autres ne voient pas ma tronche hilare (ceux de derrière, par contre, ils devaient bien voir les sursauts des épaules de l’ébouriffée : « sanglote-t-elle ? Quelle émotivité ? ça c’est la force de la musique ! »)
J’arrive tant bien que mal à me calmer en « auto-dialoguant » : « Sois raisonnable, ça peut arriver à tout le monde « - « Oui, mais pas à la Tosca » - « Mais si, c’est une meuf comme les autres » - « Mais c’est quand même Puccini ! » - ‘Mais Puccini, il devait en faire des conneries aussi... évidemment il en a pas fait un opéra ! »… etc., etc. La Scène où Scarpia serre d’un peu près la diva arrive et là… le pompon, la cerise sur le mille-feuille (si je veux une cerise sur mon mille-feuille c’est mon droit), le feu de paille qui fait boule de neige, la goutte d’eau qui met le feu aux poudres… enfin le bouquet quoi !
Le méchant pose un pied sur la traîne de la nana (vous savez, ça se passe du côté des années 1800, les robes, c’est un peu comme celle dans les tableaux de David, avec des ceintures tellement haut placées qu’elles se retrouvent sous les poupounes, des coiffures frisottées à l’antique et des espèces de rideaux qui pendouillent dans le dos de la robe (sans la tringle de l’Aïda, parce qu’on est pas en Egypte ancienne). Comme référence z’avez qu’à regarder le « Sacre de Lamponéon, y en a plein le tableau de ces meufs).
Donc Scarpia, pose le ripaton sur la traîne et l’autre furibarde pivote sur elle-même avec un geste noble de la main pour prendre son rideau et que, dans le mouvement, ça fasse joli le mouvement des fringues. Seconde erreur ! Ne jamais, au grand jamais, essayer de récupérer ses affûtiaux quand il y a quelqu’un dessus ! Baquier a fait un vol plané impeccable pour atterrir miraculeusement - enfin presque - sur le divan style Récamier (un Baquier en pleine santé avec même quelques kilos excédentaires, c’est pas fait pour les meubles de style, et le mobilier a littéralement explosé sous lui)
Alors là ! J’ai craqué (mais là, j’étais plus la seule, et ça compte une demi-salle qui crie des : « Hoooo ! » apeurés, des « Ha, ha, ha » discrets mais audibles, des « Pffff ! » pour ceux qu’avaient eu la bonne idée de mettre la mimine devant leur bouche) Par contre moi, j’avais ma beuglante grande ouverte, le volume au maximum (j’ai fais du chant chorale, alors de ce côté, l’organe, ça va bien merci, la preuve en dessous)
Et en plus, j' étais en train de filer presque à quatre pattes pour pas trop qu’on me remarque vers la sortie la plus proche pour me réfugier dans les sanitaires et après avoir refermé la porte, pour plus de sûreté, je me suis assise contre pour m’en donner tout à loisir.
C’était la deux ou troisième expérience lyrique et là, je crois que ça commençait bien (parce qu’après, j’ai pas arrêté de chercher le « truc » la petite chose, le décalé dans chaque production que je suis allée voir.
On en verra d’ailleurs un de ces quatre d’autres exemples.
Voilà pour une de mes aventures lyrico-comiques et vous voyez, qu’on peut s’amuser, même à l’opéra (mais c’est pas conseillé, quand même)
Bonne journée et à bientôt
La dragonne
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