Bonjour à tous !
Si je vous dis Mérimée, Prosper de son petit nom… – première digression : Le comique troupier qui vient de chuchoter : « youp la boum ! » est prié de prendre, au pas cadencé, la direction du bureau du surveillant général ! – reprenons donc, si je vous dis le nom de ce romancier, vous pensez à quoi, à part « Colomba », « la Vénus d’Isle » et « L’Enlèvement de la Redoute » (j’en vois chercher leur catalogue pour faire les malins, mais sachez, bandes de petits rigolos, que c’est un « vrai » titre de cet auteur, malgré les apparences !).
Si je rajoute Bizet ?... L’opéra le plus joué dans le monde ?...
Toujours pas d’ampoule s’allumant au-dessus de vos petites têtes ? (j’adore les BD)... CARMEN et ses cigares, quand même ça s’oublie pas !!! Bin on dirait que si…
Alors là, si j’avais parlé pub de lessive, ou de produits diverses, si j’avais chantonné un truc parlant d’amour et de rébellion ornithologique tout le monde aurait levé le doigt ! Vous êtes décourageants ! J’dois être maso moi, y a pas à dire… M’enfin c’est ma croix ! (La pétition pour ma canonisation est en train de circuler, vous devriez pas tarder à la recevoir)
CARMEN donc, de Georges Bizet d’après un roman de Mérimée et un livret de Messieurs Meilhac et Halevy (les décors ne sont pas de Roger Hardt, ni les costumes de Donald Cardwell – ça c’est pour les nostalgiques d’ « Au Théâtre ce Soir »)

ACTE I
Le lieu : Séville en 1820
Les personnages : des gamins, des Dragons (bin non ! pas les miens hélas ! De simple soldats un peu endimanchés c’est tout), Don José, simple caporal de cette troupe ainsi que son chef (pardon, capitaine) Zuniga, des villageois, des Cigarières (un vrai cigare, ça se roule à la main, woui Madame !) Carmen, la meneuse du groupe, Micaela, copine d’enfance de Don José. En bref tout un petit monde bien énervé sous le soleil d’Espagne.
Le rideau se lève sur une place sévillane, au son d’un prélude dont – et j’insiste – les premières mesures sont à même d’être reconnues par tous - même par un sherpa himalayen en train de traire son yak au fin fond du Tibet (pour vous dire !)
Les soldats font leurs beaux devant la guitoune du poste de garde (j’ai jamais compris cet engouement des minettes, pubères ou non, pour l’uniforme… le côté preux chevalier, armure relookée, défenseur de la veuve et de l’opprimé, pourfendeur de gnnnnn… dragons – dur à sortir ce mot dans le contexte ! – ou le côté paillettes et strass du costard peut-être… mystère…). Des autochtones déambulent en chantonnant (alors la, Coco, on dirait que tu déambules, mais compte les pas, pass’ke la scène, c’est pas les Champs Elysées ! Ouai, c’est ça Coco, bouge ton corps, le nez au vent comme si les cintres c’était le ciel andalou ! T’tention ! au trou du souffleur tout de même !). Tout ce petit monde chantonne « Sur la Place » - au cas, peut-être, où on aurait pas remarqué les panneaux du décors peinturlurés style haciendas et la fontaine gargouillonnante en pneus passés à la chaux.
Micaela, la copine du village de José donc, pointe son museau à l’angle d’un décor à la recherche de celui-ci et se fait draguer, d’une manière tellement subtile par la gent militaire, qu’elle préfère prendre la poudre d’escampette.
La garde montante comprenant Zuniga et Don José arrive précédée de gamins les singeant dans leur pas cadencé (là, je verrai bien l’envolée chorégraphique de Balasko dans « Nuit d’Ivresse »…ça s’rait pas mal non ?). Après la relève par cette petite troupe des plantons qui commencent à prendre racine depuis le prélude, les choses se calment un peut côté manifestations gestuelles et vocales ; on informe José qu’une « pais » le cherche, portant robe bleue et tresses blondes (Nan ! c’est pas Heidi !). José sait de qui on parle puisqu’il en pince un peu pour elle, enfin, d’après ce qu’il répond à ses petits camarades.
La pause clope et kawa étant finie, la sirène de la fabrique retentit, et les cigarières, perdues jusqu’à présent au milieu de la foule, se dégagent pour reprendre le collier, lorsqu’on annonce : « Voilà la Carmencita » T’tention les yeux, roulement de tambours, clairons et porte-voix : la Diva fait son entrée, alors que les gens s’écartent (à mon avis c’est plus l’odeur que le charisme qui les fait dégager, parce qu’après plusieurs heures à l’atelier nicotinique, glandes sudoripares à plein régime, c’est plutôt le pâté que la rose qu’elle doit sentir l’Andalouse !)
Par contre, les mecs ont le nez sacrément bouché, par ce que ça s’agglutine sérieux autour d’elle (des mouches autour d’une tartine de marmelade) pour être dans les premiers sur son carnet de bal. Après un « p’tet bin qu’oui, p’tet bin qu’non… » elle entonne son tub habaneresque (habanera : danse ibérique), celui cité dans l’intro…
Comme l'air est plus que connu, je vous file un air moins académique on dira... pardon aux puristes mais je n'ai pas pu m'en empêcher
Siiiiii ! L’Amour… la bohème (le pays et pas l’autre opéra de Puccini)… le petit noiseau contrariant… un coup c’est oui, l’autre coup c’est non…’L’Amour est un enfant de Bohème… » - Pfiuuuu ! C’est pas du beurre mou la classe ce matin avec vous !
Elle entame une Belly-dance langoureuse autours de Don José, qu’à même pas une piécette à lui glisser dans la ceinture et a l’air de s’en ficher d’ailleurs royalement. De guerre lasse, elle lui balance le pissenlit qu’elle porte en pin’s, tourne les talons et ondule que c’en est une honte vers l’entrée de la fabrique.
- Autre digression : la scène est bien goupillée parce que la Habanera susnommée, c’est Carmen tout craché avec toutes ses options : passion, impulsivité, séduction, assiduité réduite dans ses coups de coeurs et fatalisme puisque jouant avec la mort. Fin de la digression –
Une fois partie, Don José joue à pile ou face pour savoir s’il va ramasser la fleurette et opte pour la cueillette. Micaela entre sur scène et lui saute au cou.
« Salut José ! T’as l’air en forme ! J’suis là pour t’informer des dernières news au bled et pour te refiler un peu de blé que ta môm a tiré de son bas de laine pour toi – c’est qu’ça gagne pas lourd, lourd, un caporal ibère !
- Sympa ! Justement j’avais plus un radis pour la soirée bière-foot de ce soir, ça me dépanne fichtrement ! Au fait, comment qu’elle va ma maternelle ? Et ses cors aux pieds… toujours obligée de porter ses tongs ?
- Elle fait avec… mais en ce moment, c’est pas la grande forme ! Monter l’eau pour la vaisselle et la lessive trois fois par jour, quand on est perché sur de la caillasse, on peut pas dire que ça arrange les palmes ! »
Le dialogue est interrompu par un piaillement de basse-cour à l’heure de casser la graine : tout le monde rapplique sur scène, badauds, soldats, cigarières, pour constater que la Carmen a encore fait des siennes en épinglant une autre fille avec sa lime à ongle. Zuniga ordonne à son caporal préféré d’arrêter la fautive, assisté de deux autres dragons (quel héroïsme ! Trois mecs armés jusqu’aux dents contre une gitane - un peu énervée d’accord - mais quand même !) Le chef galonné la questionne et sa réaction est des plus mature (pensez ! Chantonner en se bouchant les oreilles « Tra, la, la, tra, la, la » c’est être drôlement adulte ça !) Evidemment ça énerve un tant soi peu Zuniga qui lui quitte les doigts des pavillons auriculaires (en plus c’est propre !) et comme elle recommence, lui attache les mains dans le dos, signe le bon d’entrée pour un tour gratuit en cellule et charge José de garder cette excitée du bulbe. Une fois seuls au mitard,
Carmen se lance dans son numéro de séduction :
« Qu’est-ce que t’as fait de mon pissenlit ? Ce soir y un mega teuf près des remparts on pourrait y aller et danser la lambarena, pardon la Séguedille, j’connais l’patron, en plus c’est soirée gratos pour les filles, ça tombe bien…
- Parle à mes pieds ma tête est malade ! J’cause pas aux prisonniers (mince soirée fille ça peut être sympa…)
- T’as tort, y a même la première conso à l’œil ! On peut passer refuser ça tout de même surtout qu’en plus, c’est pas pour me lancer des fleurs (j’les lances aux autres, dans la tronche de préférence) mais côté tricotage de gambettes, j’me défend pas mal…alleeeeeez, fais pas ta mule… on va s’éclater….t’as qu’à juste me filer les clés des bracelets, pass’ke pour danser, j’le sens pas trop… et pour les cabinets, ça risque d’être laborieux »
Son plan ne marche pas, il courre, vu la vitesse à laquelle José se laisse convaincre. Il détache la cigarière et c’est sur la porte de la cellule s’ouvrant que le rideau se referme sur le premier acte.

Les héros auront-ils le temps de passer chez eux pour s’habiller « Saturday Night Fever » ? Les videurs, les laisseront-ils entrer ? Est-ce que ça va pas faire un peu désordre aux yeux du capitaine de trouver gardien et prisonnière envolés ?... Vous saurez ça la prochaine fois, dans la suite des aventures de la cigarière la plus connue du monde lyrique.
Bonne journée à tous
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