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Mardi 29 novembre 2005

Bonjour!

Aujourd'hui on continue avec des histoires de dragons et ça, c'est un truc que vous connaissez de nom:  
LE NOUVEL AN CHINOIS






Le Nouvel An chinois avec ses processions et son gros dragon ondulant. C'est joli, coloré, pétaradant, bourré de tambours bien rythmés, de fleurs, de lampions, mais ça fête quoi au juste ? Le nouvel an, d’accord, étant donné que c’est écrit ! Mais pourquoi un dragon ?

En Asie, pas mal de groupes différents fêtent toutes sortes d’évènements mais un seul truc est célébré par toute cette population : le Nouvel An Lunaire ou Nouvel An chinois. Elle tombe toujours entre la mi-janvier et la mi-février.

A ce moment là, on voit toutes les portes d’entrée décorées de papier rouge sang (je dirais impérial, c’est moins gore) avec des petits trucs écrits dessus. C’est pas la liste des courses (je sais, je « fixetise » sur ça, pas ma faute !), simplement des bons vœux collectifs adressés pour le Nouvel An.
Là, un truc que j’aurai peut-être du mal à encaisser :  à l’aube, les habitants font exploser des pétards. Vous imaginez le bond que je pourrais faire sans mes glandes « qui-c’est »  moi ? Et l’humeur de dogue que je me paierai après un réveil en fanfare comme ça ! A mon avis ceux qui me croiseraient ce jour-là, auraient intérêt à se faire petit, mais petit !)






Je vais donc vous expliquer pourquoi ces gens, par ailleurs reconnus comme maîtrisant parfaitement leur zénitude, pètent un câble ce jour là.

A une époque tellement vieille qu’on ne sait même plus quand au juste (pour vous dire Mathusalem devait même pas avoir quitté ses babigros) les dragons régnaient sur terre et dans les mers et à Taiwan, on ne célébrait pas le jour du nouvel an lunaire.

Dans un village c’était même la pire journée de l’année, étant donné qu’un des habitants avait eu soudain le désir de changer son ordinaire en se découpant des gigots dans un dragon amphibie. Tout le monde sait évidemment que c’est une très, mais alors très mauvaise idée, étant donné que le fantôme du dragon revient chaque année à la même date pour chauffer les ripatons des autochtones, en réclamant à bouffer et pas n’importe quoi m’sieurs-dames ! Un gamin, n’importe lequel du moment que ça soit le premier né d’une famille.

Si les villageois faisaient la gaffe de répondre qu’ils étaient en rupture de premiers nés mâles, le fumeux commençait à s’énerver et à souffler par les narines une haleine pire qu’un troupeau de poneys et assez chaude pour cuire un œuf coque rien qu’en l’effleurant. Il te les enfumait littéralement comme des saumons et certains commençaient même à virer de l’oeil. La première fois que ça arriva, le plus sage du village, voyant qu’ils risquaient de tous y passer, céda et fila un marmot à l’écailleux pour sauver le reste du village. Pas si sage que ça, le coco, étant donné que le dragon avait pigé de suite qu’en revenant chaque année, il se ferait nourrir gratos. Et chaque année, on devait tirer à la courte paille pour savoir qui devait laisser son gamin servir de quatre heures au fantôme (bon estomac, pour un ectoplasme tout de même !)




Une année c’est une jeune veuve qui fit « quine » à ce loto (quine : carton plein, par ici), Madame Teng. Seul problème, c’était le seul marmot qu’elle avait, un p’tit gars qui venait d’avoir cinq ans.
La tradition voulait que, quatre jours avant le nouvel an lunaire, le prêtre taoïste du coin quitte le temple pour prévenir la famille qu’elle avait été choisie pour le « sacrifice dragonien » si je puis dire. Cette année là, il était tranquillement en train de marcher vers la crique où se trouvait la maison de la veuve Teng, alors que les villageois commençaient à le pister, l’air de rien, pour rien rater du spectacle de la crise d’hystérie qui n’allait pas tarder à se déchaîner.

Et bien ils en étaient pour leurs frais ! Aucun cri de douleurs, aucun hurlement déchirant, même pas un bruit de kleenex, rien ! Une fois le prêtre reparti vers son templounet, tous les pékins (c’est le cas de le dire cette fois) se précipitèrent aux nouvelles:
« Alors, t’es au courant ?
- Ouai !
- Bin… tu chouines même pas ?
- Pas l’temps ! J’suis en train de cogiter pour savoir comment rouler dans la blédine ce satané fumeux ! Peau d’balle pour qui j’lui file mon lardon ! »

Trois jours et trois nuits elle cogite la veuve Teng ? Elle fait des pauses pour mater son mioche en train de jouer, aller un peu dire l’équivalent du Pater et de l’Ave Maria devant l’autel de ses ancêtres, consulter la Madame Soleil du coin, les prêtres locaux et même les habitants du village. Aucun n’était capable de la dépanner.

Un peu crevée de toutes ses déambulations et cogitations infructueuses, elle s’endort au pied de l’autel familial. C’était bien la peine de se ronger les sangs pendant trois jours et trois nuits, parce que la solution, vient dans ses rêves !
Elle se réveille un peu avant l’aube, la tête un peu en vrac, avec toutes ces images. Au début, Siegmund aurait été peut-être à la fête pour décoder le méli-mélo plein de dragons, de mômes, de sang, de trouilles bleues, de bruits énormes. Mais ça a fait « pling ! » tout d’un coup !



Dans son rêve, les dragons avaient la trouille de deux choses : de la vue du sang et des bruits violents.
« En principe quand quelqu’un a peur, il se barre en ne demandant pas son reste. C’est simple : je mets du sang de poulet sur ma porte, te fais un bruit à réveiller tous les zombies du coin, et le fantôme du dragon va avoir la trouille de son après vie et va se carapater vite fait bien fait ! »

Problème, elle n’a pas un radis et encore moins un poulet à tuer. Là, (âmes sensibles ne lisez pas), elle prend son laguiole et se coupe le doigt (je vous l’avais dit c’est horrible !) . Elle laisse tomber les gouttes de sang sur un tissu, jusqu’à ce que celui-ci soit devenu entièrement écarlate. Elle l’accroche à l’extérieur, sur la porte.
Passons à la fanfare ! Côté nuisance sonore, les pétards c’est pas mal, mais étant donné qu’elle a pas un fifrelin pour un poulet, à mon avis c’est pas vraiment pour en dépenser en feux d’artifices ! En plus tous les magasins de farces et attrapes du bled sont fermés. Elle réfléchit encore un peu et se rappelle que lorsqu’on fait brûler des morceaux de bambou, ils se fendent en vous filant des sacrés bourdonnements d’oreilles avec l’explosion produite. Elle reprend son laguiole (comme quoi j’ai raison d’en avoir un dans mes poches moi, au cas où il y aurait un dragon fantôme dans le coin) et part à la fraîche couper une douzaine de grands morceaux de bambou. Elle les place en pyramide devant sa porte juste au-dessous du tissu rougi.
Maintenant, fignoler le plan : quand allumer le feu ? Calculer son timing au plus juste, pour que ça lui pète à la tronche..





Elle allume une petite torche et se planque dans l’embrasure de la porte. Elle attend un bon moment, jusqu’à ce que l’aube arrive et entend au loin le hurlement du fantôme qui se rapproche.
Le hurlement se rapproche, à vue d’oreille il doit pas être loin du centre du village. C’est le moment ! Elle fiche le feu à sa pyramide et se rencogne encore plus dans l’ombre.
Le sol tremble sous le poids plume du fantôme (là aussi, il est bien lourd, je trouve, pour un esprit éthéré). Le bruit se rapproche : il descend sa rue. Arrivé devant chez elle, le spectre s’arrête et se met à couiner comme un goret qu’on égorge en voyant le torchon tâché de sang.
Au même moment, le feu de bambou explose à la face du bestiau, qui file comme le diable se planquer, renversant quelques poulaillers et palissades dans sa fuite en ligne droite (les rues, il les oublie dans sa trouille)

Depuis la veuve Teng, chaque année, dans chaque village, on met le sang des papiers rouges autour des portes et on allume des pétards bien bruyants à l'aube et c’est efficace, étant donné que le fantôme du dragon n’est jamais revenu.




Voilà l'origine des bouts de papier rouges aux portes, des pétards à l'aube et, le plus important, du dragon ondulant.

Bonne journée et portez-vous bien

La dragonne

PS: Demain, petite pause, style bêtises ou photos, on sort ce soir voire.... le cirque de Chine à Blagnac (de circonstance hein) et la soirée risquant de s'éterniser ensuite, le réveil s'en trouvera d'autant retardé (je vous avais dit que j'étais feignante, vous me croyez maintenant?)

par Sieglind publié dans : Dragons et créatures
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Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

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