Bonjour,
On m'a demandé de raconter ma soirée au cirque chinois, je m'exécute mais, comme je ne vais pas vous raconter en détail tous les numéros auxquels on a assisté, je vais simplement faire un historique de cette discipline et j'entrecouperais le tout avec des photos que j'ai réussi à trouver sur le net (elles sont identiques aux numéros d'avant hier,à part les costumes sur certaines)
En Asie, l'acrobatie se nomme "zaji" (talents assortis). Elle comporte plusieurs disciplines: gymnastes, contorsionnistes, jongleurs, trapézistes, magiciens, clowns et mimes
On a pu définir, et ça lors de fouilles archéologiques, et la découverte de certaines peintures murales et objets funéraires, qu'elle daterait d'à peu près 1000 ans et des pruneaux avant J.C (200 ans avant la venue au monde de ce sacré Confucius - celui que le héros kung-fu cite toujours dans les films).
Pour amuser l'empereur...
Pendant le règne de l’Empereur Wu (dynastie Han, 206 avant JC- 220 après JC) on voit l'acrobatie chinoise prendre de l'ampleur (et pas de l'emp'reur), étant donné que ce gars là aimait bien s'amuser et organiser des fiestas monstrueuses, des bouffes à s'en faire péter la sous-ventrière et des spectacles à laisser les invités la goule ouverte pendant un bon bout de temps. Son show préféré: le "Bai Xi", cent numéros à la suite (ils devaient y passer la journée et plus même!)

Un peu plus tard, la Dynastie Sui (581-618) construit (enfin, fait construire par pas mal d'ouvriers pas très rémunérés) une énorme arène, destinée à recevoir les acrobates : 10 000 athlètes, dans de chouettes costars ornés de perles et de jade, s'y succèdent nuit et jour pendant les quinze premières lunes du nouvel an (on en reparle de celui-là, mine de rien).Les invités matent le spectacle étalés sur les estrades, façon banquet romain dans les péplums. Etant donné l'acoustique du lieu, ça s'entendait à pas mal de lieues à la ronde et il paraîtrait que certains spectateurs ne rechignaient pas à faire plusieurs semaines de trajet pour assister au spectacle.

Sous la Dynastie Tang (618-907), les poètes et écrivains de la cour, pour faire de l'audimat impérial n' hésitent pas à s'inspirer des scènes d'acrobatie auxquelles ils assistent. Reporters avant l'heure quoi! Par contre le style c'est plutôt "deux femmes s'enroulent autour d'une corde avec la grâce des esprits célestes" (quand même plus de classe que: "Machine et Bibiche s'la pètent au bout d'un filin"), "cinq hommes se lancent dans les airs" (ils ne causent pas de leur "retombée" par contre) etc. Des numéros, aujourd'hui des classiques du genre, prennent naissance durant les Dynasties Song (960-1279), Yuan (1279-1368) et Ming (les fameux vases qui coûtent la peau du valseur à ce qu'on dit, 1368-1644) : La « Double danse de l’épée » (polka du couteau suisse), les « Sauts périlleux aux échasses » (on balance des hérons en l'air), « Le brûleur flottant » (une ménagère récure sa gazinière de fond en comble), « Bonds aux dessus de poignards » (c'est la fille qu'on balance à la place des poignards)... Euh... j'plaisante là (entre parenthèse)

L'acrobatie perd son pedigree
A la chute de la Dynastie Ming, les acrobates sont virés par le nouveau patron Manchu (ça le barbe foncièrement) et sont bien obligés, s'ils veulent survivre, de se produire dans les marchés et sur les places publiques. Ce qui leur permet de rajouter des trucs du folklore à leur liste de numéros comme "le Dragon Lanterne" (qu'avait une très mauvaise vessie) et "la Danse du Lion" (à rugir de plaisir!)
Le coup de grâce question top 50, c'est quand l'Opéra arrive! Là-bas aussi, vous voyez ça existe!) Comme les acrobates ne peuvent pas renouveler aussi facilement leur répertoire que dans le lyrique, les gens commencent à râler de toujours voire des assiettes tournicoter au bout d'un bambou et des cocos faire des bonds dans tous les sens avec leurs cerceaux. L'acrobatie se retrouve dans une malle au grenier pour près de 300 ans.

Le retour de la vengeance!
L'acrobatie revient sur le devant de la scène au début du 20ème siècle et aujourd'hui, 160 troupes professionnelles chinoises (à peu près 2000 acrobates) perpétuent cette grande tradition (nous c'était la Troupe acrobatique de Dalian), tout en rajoutant de nouveaux numéros (des bikes chromés, c'est plus tendance qu'un pousse-pousse!), modernisant un peu la danse (on a presque eu du Béjart avant hier), les costumes (on confirme avec Mikeline, étant donné qu'à un moment on s'est écriées presque en même temps "force rouge!"), les éclairages et l'accompagnement musical (un concerto pour piano - chinois le concerto - dont il faut à tout prix que je trouve les références, un truc à la Deep Forest, et en entracte, une musique hyper traditionnelle aux instruments typiques).

L'Association Chinoise d’Acrobatie est devenue, en 1980, membre de la Fédération de la Littérature et des Arts aux côtés de la musique, la danse, la littérature, le théâtre, la calligraphie et tous les beaux-arts.
Evidement, inutile de vous dire que les photos, c'est une misère par rapport au spectacle qu'on a vu.Bonne journée et... bon dernier jour de la semaine, pour certains hein?La dragonne
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