Le Dialogue des Carmélites - F. Poulenc -

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Bonjour !

Allez BMC, sors de ton apnée (euh, vu le temps que j'ai mis à m'y mettre à ce Dialogue des Carmélites, le type du Grand Bleu à côté de toi va passer pour déficient respiratoire ) tu vas enfin l'avoir ton rendez-vous de Compiègne *.

Vous  dire que c'est mon opéra préféré serait mentir comme un arracheur de chicots, mais j'ai une raison, sinon bonne du moins appréciable pour ça, j'ai la honte d'avouer que je n'avais jamais pensé écouter autre chose que la fin dramatique de cette oeuvre (une trouvaille qui m'espante à chaque fois) et je suis obligée de reconnaître aussi mes graves lacunes en ce qui concerne les compositeurs lyriques du siècle dernier (création de l'oeuvre en janvier 1957, on parle bien du siècle dernier).
Et je n'ai pas peur d'avouer également que le sujet m'a toujours rebutée, la religion "en vrai" ou en lyrique, même avec une Jeanne d'Arc de Tchaïkovski, (ou de Verdi, ou celle de  la cantate de Rossini)  j'ai du mal ; désolée pour mes pingouines d'institutrices, ça n'a pas tenu à l'usage, contrairement à l'éducation en elle-même (où là, j'ai de "beaux restes" comme on dit)

Forte de cette constatation sur mon inculture dans ce domaine, j'ai donc dû me procurer l'enregistrement, sinon de la création, du moins "officiel" de cinquante huit, avec une de mes chanteuses préférée "française", Régine Crespin **. C'est donc avec ça dans les oreilles que je tape en ce moment, ce qui fait que j'apprends en même temps que vous alors le premier qui me traite d'encyclopédie lyrique sur patte aura la preuve par l'exemple que je suis tout sauf ça (je bats ma coulpe, c'est fort "audible" ! Je m'attendais à du plus raide, mais Poulenc  étant un bon "mélodiste" on devait supputer tout de même autre chose que de la daube en conserve)

Bon c'est pas tout ça, mais on y va, commencer une semaine avec les malheurs de soeur Marie-Tartisus-de-l'Agonie-du-Christ***, va falloir s'accrocher pour vous faire sourire !

LE DIALOGUE DES CARMELITES - Francis Poulenc - Acte I - Premier tableau -

Le lieu : Paris****,  le "petit" pied-à-terre du Marquis de la Force, sa bibliothèque, pour être exacte. Il faut dire que faire parcourir le  domaine aux protagonistes au pas de course pendant qu'ils déclament, ce serait du sadisme pur, autant les cantonner à une seule pièce, ça économisera leur souffle et nous évitera des courbatures cervicales à force de tenter de les suivre d'un bout à l'autre de la bicoque.
Autant vous dire aussi que faire figurer sur les rayonnages l'intégrale de Franquin ou de Binet, parsemer de quelques écrits impérissables de Pierre Dac, de F'Mur, d'Edika ou du géniteur du Chat aux doctes maximes***** les guéridons en bois d'entourloupe (de loupe) et les secrétaires en "parquèterie" (marquèterie), je doute que ça soit de bon ton (ça se confirme, je ne suis pas de la haute vu mes goûts "bédéesques") et m'étonnerais fortement que ça soit ce genre de lecture qui ait donné le  goût à la  gamine de la maison d'entrer chez les nonnes. A la rigueur, la collection Rose (mais sans Fantomette et son collant trop moule-miches) ou les aventures bretonnantes d'une certaine Bécassine, on peut concevoir...

Les personnages  :
Le Chevalier de la Force******, frangin de l'héroïne en odeur de sainteté
Le Marquis de la Force, le  géniteur des deux cocos, propriétaire de la fameuse bibliothèque rose (à cause du bois du même nom, évidemment)
Blanche de la Force, dite Soeur Blanche de l'Agonie-du-Christ une fois dans les murs carmélites (tiens, mine de rien, on avait "senti" le personnage pour garder notre expression familiale ; étrange quand on sait qu'on ne connaissait ni des lèvres ni des dents que ce soit la pièce de Bernanos ou son adaptation lyrique...)
- Thierry, pas bien défini dans la distribution, mais étant donné qu'il appelle l'héroïne, "mademoiselle blanche", on subodore qu'il s'agit d'un représentant de la faune ancillaire locale

Très rare en lyrique, mais l'acte débute sans ouverture ni prélude (comme si tout ce qui se passe "avant" la vie de recluse de la gamine  n'était qu'un aparté sans grande importance, son existence d'avant qu'un passage obligé mais anecdotique au regard de ses aspirations "spirituelles", et mortelles au demeurant, vu ce qui lui arrive plus tard...)
- A noter dans l'extrait,  la distribution étrange avec un père aussi jeune que son gamin ainsi qu' un livret... en anglais, faut s'y faire mais pas trouvé grand chose pour ce premier acte

Le Chevalier entre en trombe dans la bibliothèque, renversant quelques volumes séculaires qui tombent "en bottes" (poussière) et le font tousser plutôt que de chanter (ma vision évidemment) qu'il aimerait bien savoir où est passé sa frangine. Son père lui répond qu'il en a fichtrement aucune idée et qu'il aurait mieux fait de demander au petit personnel plutôt qu'à lui, surtout avec son entrée en fanfare (encore un type qui n'en a rien à secouer de ce que deviennent ses rejetons une fois "pondus")

"S'cuses, j'ai pô fait exprès !
- Pas de problème, c'est de ton âge de foncer et de réfléchir après, moi, j'me suis calmé de ce côté-là, mais la visite de ton oncle m'a fait louper ma sieste et j'suis un peu "ensuqué"
- Le type qui sort d'ici a eu du mal avec le populo qu'il y a dans les rues, il m'a même dit qu'il avait vu la "deux pattes" de ma frangine bloquée par la manif
- Euh... mauvais souvenir le coup du carrosse bloqué par la populace ! On était au feu "d'artifesse" avec ta mère et un pékin a eu la riche idée de ficher le feu à la caisse des fusées, j't'explique pas la panique ! Ta mère a verrouillé les portes de la caisse, le moteur s'est emballé, le pare-brise en verre-Sécurit n'a pas fait un pli et a explosé, l'horreur, j'te dis ! Quand elle est enfin rentrée, elle avait eu tellement les sangs retournés, qu'elle a préféré accoucher tout de suite de ta frangine et passer l'arme à gauche (dans certaines histoires, dont celle de Joseph Merrick, les génitrices meurent rarement mais accouchent de gamins monstrueux, moins définitif, mais tout aussi dramatique, mais ceux de la haute sont sans doute trop "fragiles", à l'image de leur collection de porcelaine de Saxe ou en  biscuit )
- Autant pour moi, j'aurai pu éviter de causer de ça...
- Y a pas de lézard ! La trottinette est solide, et ça fait un bail que j'ai le même chauffeur, ta frangine ne risque rien.
- Moui, mais c'est pas tant pour ses abattis que pour son ciboulot que j'ai les jetons ! Tu sais  qu'elle cavale méchamment dans sa tête la frangine.
- C'est vrai qu'elle est un rien pétocharde, mais suffit de la marier, ça s'arrangera  (le matin voir "l'autre" au réveil, haleine de poney et poil en bataille,  doit blinder le caractère le plus timoré sans doute...) Et j'te parie que tes neveux n'auront pas froid aux mirettes, eux ! (ça saute les générations la pétoche atavique alors ?)
- Mouai... j'en jurerai pas sur une pile de Saintes Ecritures moi... elle a beau cacher son jeu, j'sens qu'il y a quelque chose qui cloche, j'hésite entre zchizo et parano... par contre.
- Je te parie que tu te fais du mouron pour rien, dès qu'elle sera ici, son agoraphobie ne sera plus qu'un pâle souvenir*******"

A cet instant, Blanche montre son museau par l'entrebâillement de la porte (m'est avis qu'elle a dû entendre la fin de la discussion). Le papounet lui signale que son frangin se faisait de la bile pour elle et elle lui répond que c'est un honneur qu'on pense au "petit lièvre" (une plaisanterie entre frangin et frangine sur l'héroïsme de la nana). Elle frime en disant que ça a été, mais elle a encore les jambes en coton et doit s'appuyer sur une chaise (ah... ces p'tites natures !) mais met ça sur le compte d'une visite aux pingouines de la Visitation, ça esquinte les offices religieux ! Elle envisage de faire une siestounette, histoire de se requinquer en attendant le souper, tout en se plaignant du manque de lumière soudain (un orage, c'est pas Armaguédon tout de même !).
Le frérot lui conseille de demander une loupiote et de ne pas rester seule.

- aparté : une nana qui a peur du noir et ne peut pas s'endormir sans compagnie rassurante, c'est excusable chez les mouflets, mais pas chez un adulte,  surtout quand cet adulte a une phrase favorite : "je meurs chaque nuit pour ressusciter chaque matin" ! Là, c'est une thérapie comportementale qu'il faut envisager, mais hélas, Sigmund et Jacques-Marie Emile n'étaient pas même une lueur libidineuse dans le regard de leurs aïeuls, sauf pour les narrateurs de cette épopée carmélite et révolutionnaire contemporains ou presque des psychanalystes célèbres, qui ont dû piocher dans leurs écrits si ça se trouve...) Fin de l'aparté -

Blanche sort sans refermer la porte (histoire de ne pas se retrouver toute seule  dans les couloirs plongés dans le noir certainement)********  Le père et le frangin reste sceptiques (comme la fosse) quant à l'attitude de la gamine mais le Chevalier décide de couper court à ces pensées pas très folichonnes en partant demander des nouvelles du "front" au chauffeur de la "milousine" (une tendance tenace à mélanger ce mot, même si là, c'est volontaire).

A peine sorti, on entend un cri strident à la Coluche (dans Inspecteur la Bavure, si vous avez vu le film). Le "peu défini" Thierry entre en signalant que "Mam'zelle Blanche" vient de manquer de virer dans les pommes en voyant son ombre (à lui, quoi que m'est avis que sa propre ombre lui fiche également les miquettes).
La fille refait son apparition, et au discours rassurant
de son papounet oppose une résolution fébrile dirais-je d'entrer au Carmel, vu que cette trouille doit être aussi un signe divin que son choix et le bon (s'enfermer loin du monde, avec un groupe de copines sans surprise pour se "ménager", il n'y a rien de tel, pour se soigner, pas dit que ça soit la solution par contre)

" Chez les pingouines !!!
- Me dis pas que ça te surprend tant que ça la news !
- D'accord, ton côté Couvent des Oiseaux a toujours été évident, mais de là à entrer "vraiment" au Carmel pour éviter de côtoyer du monde...
- Pas de ma faute, je flippe ma race dès qu'il y a du peuple, et ça me vrille les  nerfs le bruit et l'agitation que ça entraîne
- Mais secoue-toi un peu rondudju ! C'est pas la mer à boire d'affronter un peu les gens !
- Désolée de te dire que j'ai pas d'autres solution ! Si je dois attendre que la psychanalyse soit inventée, me reste plus qu'à me faire "endormir pour cent ans" comme l'Aurore au rouet (la Belle au Bois Dormant, si vous préférez). J'ai trouvé que ça, et l'bon Dieu est sympa, il m'en voudra pas de squatter un des ses pieds-à-terre vu que je lui "sacrifie" tout et ça me permet de remonter dans mon estime personnelle, j'me sens comme un sous-étron de mouche constipée en ce moment, avec du bol, je vais retrouver un chouillas mon "honneur"

Le père et la fille restent l'un assis, l'autre la tête  sur ses "genouilles" (mot familiale évidemment) alors que le rideau tombe sur le premier tableau.

On va s'arrêter là, et je vous laisse méditer sur les motivations de la nana quant à son entrée chez les Carmélites. Foin de crise de foi exacerbée et de séances de lévitations avec stigmates  dans son cas, je m'attendais à autre chose qu'une "carmélisation" thérapeutique pour ma part. mais comme on dit les voies du  Seigneur sont  "imperméables" (j'ai mis du temps aussi à dire cet adage comme il se doit)

Bonne lecture, vous avez du temps, selon mes habitudes, portez vous bien et à la prochaine !

La dragonne


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* Etant donné que Poulenc se base sur la pièce éponyme de Bernanos , celle-ci inspirée de La Dernière à l'échafaud de Gertrude von le Fort  et narrant les derniers jours des Carmélites rebelles aux décrets de sécularisation des révolutionnaires et ce au Carmel de Compiègne, un rendez-vous ailleurs ferait un peu tache dans la logique spatio-temporelle.

** Rare que je parle de ça, mais pour une fois on a une "héroïne" exagonale en lyrique, on se doit d'en parler, surtout quand un certain Hans Knapperbush arrête une répétition bayreuthienne pour montrer la "gamine" 'et signaler à ses autochtones de chanteurs (c'est un "pays" à part, Bayreuth) que c'est "comme ça" qu'on doit chanter du Wagner ! Enorme succès de la petite française (trente ans à l'époque) même si c'était dans Parsifal, et que la tradition veuille qu'à Parsifal "on" n'applaudisse pas, ça fait désordre !

*** cherchez pas, c'est un "titre" purement fictif inventés par les frangins et bibi pour désigner les religieuses qui ont du pédigré dans une congrégation quelconque.

**** Bon, ça commence bien ! Je parle de Compiègne, et on se retrouve à la Capitale, comment voulez-vous que je sois crédible, j'vais me plaindre à Bernanos moi !

***** Philippe Geluck, un calendrier, cadeau de fistonne trône sur mon vaisselier peint-main depuis le début de l'année, et je compte me faire la collection des albums (j'ai de la marge, n'en ayant  qu'un !)

****** Là, pas la peine d'être diplômé ès généalogie pour piger que la Gertrude évoquée plus haut est une descendante huguenote mais convertie plus tard de cette famille. Le Fort et de la Force, ce n'est pas un hasard tout de même !

******* Mine de rien, le début laisse à penser que pour entrer "en religion" il faut avoir une défaillance mentale ou morale avérée, quand ce n'est pas une tare physique, (ou, comme le veut la tradition, un devoir filiale naturel quand la fortune doit revenir à l'élément mâle de la famille et qu'on doit éviter le morcellement du patrimoine)

********j'avais un frangin qui faisait ça, laissant toutes les pièces allumées sur son passage jusqu'au lieu d'aisance, dont il laissait la porte ouverte, nous gratifiant d'une aubade "rassuratoire" tout en faisant... ce qu'il avait à faire ; classe ! Un autre, qui se reconnaîtra, servait de porte-flambeau à son jumeau, en étreignant vaillamment une statuette de la vierge de Lourdes fluorescente, persuadé qu'elle éclairait vraiment comme une lampe torche. Marrant parce que le noir, je le trouvais pour ma part bien rassurant et complice... ma trouille c'était la vie "en société" comme quoi les fratries se partagent différemment les phobies

Publié dans Poulenc

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Tvu 03/05/2008 18:40

Suis d'accord avec toi. Pas fan du tout pour cet opéra ;o)Donc pas encore d'indice précis mais bon, un petit quand même... ;o) Un peu de rêve????

06/05/2008 11:07


Peux pas dire "pas fan du tout", mais c'est vrai que mes morceaux favoris ne sont pas légions (mais quand ils sont présents, ils s'affirment, c'est sur !)
Juste un indice ? T'es pingre hé, hé. Bonne journé Tvu


werewolf 03/05/2008 18:11

Pas le courage de goûter à l'al-chimie de (rhone?) Poulenc...mais ça viendra ptet !

06/05/2008 11:08


Je vois que le père a plus marqué les esprits que le fils hé, hé. Bises Werewolf


Roanne 02/05/2008 14:15

Bon, je ne vais pas commenter point par point sinon je ne suis pas sortie, mais c'est vrai que globalement, la donzelle à une drôle de raison de vouloir rentrer au couvent... m'enfin peut-être que ça vaut mieux qu'un mariage forcé ou l'hôpital psy ?

06/05/2008 11:09


Surtout que les hopitaux psy à l'époque, ça ne foisonnait pas spécialement... hé, hé.Bises Roanne


clopin 01/05/2008 17:31

un ptit tour vers fantomette et son loup qui ne cache pas grand chose en effet (clin d'oeil )pour te faire un bisous et ...en route chez clopin! bizz maud

06/05/2008 11:10


vrai que comme cache-misère, on fait mieux que son masque hé, hé. Bises Maudinette


Francky (Kikojo) 29/04/2008 16:01

Ola Dragonnilla !He ben, tu réponds à toutes les news !!!Je n'ose jamais m'abonner, ça m'effraie rien que d'y penser ;o))))Merci et bonne éclate avec ton meuble ^_^Gros bisous ♥ @+

30/04/2008 07:55


Je réponds parce que j'ai du temps en ce moment, voilà ce que c'est de le prendre justement pour se balader sur la toile à son rythme hé, hé. Par contre, c'est très
rare que j'en fasse, je le fais quand j'ai des doutes sur l'envoi de l'article aux abonnés ou quand j'ai un post-it conséquent à faire (pour le second, c'est récent, mais du coup, ça fait moins
désordre dans le blog.
Bises mes garçons (meuble poncé, ne reste plus que la couleur à poser, mais il pleut des vaches, ça va devoir encore attendre)