Le dialogue des Carmélites - Acte I -

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Bonjour tout le monde

Comme promis, je me dois de retourner sinon au Carmel* du moins à ses occupantes (ou futures occupantes, vu la démarche thérapeutico-religieuse de l'héroïne). L'intrigue étant fort peu "dense" au début de l'oeuvre (inutile de chercher un galant dans un placard à balai ou sautant par le balcon" pélargoniumniquement" garni, les sœurs tourières veillent !) je vais faire concis et me servir du synopsis plutôt que du livret, nous y gagnerons en longueur tous autant que nous sommes et cela permettra de finir (peut-être) l'acte au bout de cet article**.
Allez, plus vite on y retourne, plus vite on s'en remet (là, ça fait vraiment la nana motivée, pas à dire !)

LE DIALOGUE DES CARMELITES - Acte I suite -

Le  lieu :
Le parloir du Carmel de Compiègnes au second tableau. Oubliez tout de suite une déco à la "dernier salon où l'on cause", on fait dans le minimalisme là aussi. Deux pliants de part et d'autre d'une grille (version antique de l'Hygiaphone certainement).

Troisième tableau : l'intérieur de la tour qui doit servir de garde-manger, étant donné que les nanas y sont  en train de ranger les sacs de "musiciens" (haricots blancs) et les boîtes de "singe( corned beef)
Au quatrième tableau;: une cellule*** de l'infirmerie avec son lit à barreaux, les potences à glucoses, la feuille de soin et tout le bastringue, mais sans le bel interne façon Urgences, désolée les copines (à la  rigueur un vieil aumonier pourrait croiser aux alentours, toutes voiles dehors, mais vaut mieux pas, c'est pas bon signe pour faire remonter de la courbe de température des occupantes du lieu), parce qu'il faut être réaliste, à part un certain Javelinot, médecin attitré de la place, vieux croûton bien rassis, ce n'est pas le tendron qui fourmille dans la place !

Les personnages :
- La prieure, Madame de Croissy, qui a dû connaître des jours meilleurs, elle ne paraît pas au mieux de sa forme la pauv'dame.
- Blanche, l'agoraphobe de service
- Constance de saint Denis, une "gamine" dans ce lieu, on se demande ce qu'elle a bien dû faire comme bêtise pour se retrouver là, couvrir de graffitis à la bombe la façade de l'hôtel particulier de pôpa et môman sans doute, ou émettre des bruits interstinaux incongrus en plein repas officiel... allez savoir...
- Une sœur tourière (lyriquement muette, le casting est ouvert à toutes, du moment qu'elles sachent faire une figure longue d'ici à demain et portent bien le costard, si ça vous intéresse...)
- Mère Marie, bras droit de la prieure, zélatrice confirmée (surtout qu'elle vise le strapontin de sa patronne qui n'en a plus pour bézef de temps, il faut le reconnaitre)
- Monsieur Javelinot (une flèche !) médecin attaché au Carmel
- Sœur Anne de la Croix, dont le seul rôle est de manquer de virer dans  les choux quand sa prieure commence à voir des éléphants roses lors de son agonie

Comme dit précédemment, il semble que l'auteur ait pensé que l'opéra commençait vraiment à ce moment et c'est donc là qu'on a droit au premier prélude. Alors que le rideau se lève, la Prieure est en train de s'escrimer pour avancer son siège de la grille qui la sépare de l'héroïne (avec son bol, si ça se trouve, il est vissé au sol pour éviter qu'on ne l'utilise pour péter la séparation et se faire la belle)
"Tu m'excuses minette, mais j'suis obligée de me trimbaler le pliant à chaque fois que je crapahute, c'est pas pour faire "style" mais j'ai du mal à bouger ma carcasse ces derniers temps
- Ma foi Mémé, tu prends plutôt ça bien, chapeau ! J'aurai du mal à ne pas chouiner dans le même cas !
- Moui  si tu le dis... mais autant c'est fastoche d'oublier tout le tremblement autour, autant s'ignorer soi-même n'est pas du beurre mou, j'te le garantie ! Mais qu'est-ce qui t'amène dans les parages la belle ?
- J'ai vu de la lumière... nan j'rigole ! J'suis assez branchée sur l'idée "d'héroïsme" de votre manière de vivre, il en faut pour tenir ici non ?
- Te fais pas avoir par le papier cadeau, t'as une image d'Epinal des locaux, mais tu vas t'apercevoir qu'y baguenauder c'est une autre histoire ! T'imagines surtout pas qu'on y teste sa force d'âme, ça serait plutôt le contraire si on y pense et ne comptes pas qu'on s'attendrisse sur son sort ici, c'est pas la politique de la baraque !
- M'en tamponne ! - répond Blanche en chouinant - du moment que j'sois à l'abri !"

La tirade de la zibeline énerve la Prieure plutôt qu'elle ne l'attendrit, elle doit sentir que c'est la lâcheté de la gamine qui l'a poussée à entrer dans les ordres et non pas une poussée de fièvre religieuse. Blanche lui propose son nouveau blaze de clan : Sœur Blanche de l'Agonie du Christ". Et ça, ça la secoue un peu mais elle la bénit tout de même, ce qui équivaut à une signature en bas de contrat d'embauche, ne reste plus qu'à passer prendre son paquetage à l'intendance.

Troisième tableau au son d'un prélude plus léger, le comptage des fayots pour la cantoche ! (je sais c'est réducteur). Là, on mesure la vie trépidante des ces nanas,  rien qu'à l'évocation d'un fer à repasser

Cette nana, on se demande ce qu'elle fiche dans la place, elle détonne "légèrement" dans le décor ambiant, elle blagasse, rigole, sautille partout en racontant la fiesta pour les noces de son frangin alors que Blanche, plus catho que le pape et tirant une trombine de deux lieues lui plombe le moral en lui disant qu'elle manque un peu de retenue?.Ce qui la mine, c'est que la môme, sous son pif qui goutte encore du lait a une attitude plus saine qu'elle face à la mort. Elle a eu une vie courte mais joyeuse, pourquoi la mort serait elle différente ? (ça, faut le  faire tout de même!) et en plus, Constance "sent" qu'elle est faite pour passer l'arme à gauche jeune et "sait" qu'elles mourront ensembles. Pour une belette qui a peur de son ombre, l'évocation de la mort prochaine n'est pas des plus folichonnes et elle rétorque que c'est bien là  paroles de nana "stupide et orgueilleuse".

La gamine baisse le nez sous la semonce et le tableau se termine ainsi. Ah... elle peut être fière d'elle la Blanche de L'Agonie christique ! Réussir à pourrir le moral d'une môme, grand ça, édifiant !

Quatrième et dernier tableau de l'acte, on se retrouve à l'infirmerie où Mère Marie est en train de tenir la main de la Prieure qui n'en a plus pour longtemps. Bon, je vous dirais que j'aime bien cette scène, la musique m'a bien parlée (troisième écoute depuis ce matin, ça veut tout dire !)
" J'dois dire Marie qu'avec tout le temps que j'ai passé à penser à la mort, j'en ai un peu perdu de vue le "Patron". J'ai du mal à le distinguer en ce moment, Il est un peu flou.... Tiens, au fait... tu sais que le pseudo de la nouvelle, c'est celui que j'avais choisi quand je suis entrée ici ? (on capte mieux qu'elle ait été secouée quand Blanche lui a annoncé son choix).tu piges du coup que ça soit ma chouchoute, des "de l'Agonie du Christ" y en a pas des tombereaux dans la place, ça rapproche !"
Justement, quand on parle de la louloute...Blanche arrive, le tire-jus à la pogne, toute tourneboulée par ce départ imminent. La Prieure lui fait ses dernières recommandations : rester simple mais ne pas se sous-estimer, tout en lui donnant sa bénédiction. La minette ressort pour quelques instants, elle craque, ça va faire désordre sur la scène.

Le médecin montrant son blair, la Prieure en profite pour lui demander du rabiot de médoc, elle a besoin d'être zen pour causer à "ses filles" avant de se mettre en apnée définitive. Il lui répond que c'est "d'la bonne" et qu'elle risquerait un mauvais trip, ça la  secouerait trop. La Mère Marie-tape-dur (une coriace, ça s'entend à son discours) lui conseille plutôt de se "tourner vers Dieu" et pas vers les copines, c'est pas de ce côté qu'elle aura un coup de main pour l'aider à faire ses pacsons (bagages).

Là où l'on voit que l'agonisante est bien secouée c'est qu'elle rétorque qu'elle le fera s'il pense d'abord à elle, donnant-donnant ! Elle commence à tourner le bouton de l'ampli un peu fort en gouallant et "La Marie" qui a la trouille qu'elle fiche les miquettes et le doute aux pensionnaires, préfère fermer les fenêtres pour étouffer ses élans vocaux.
La Prieure, dans un dernier sursaut "déliratoire" visualise la chapelle totalement chamboulée et désertée.
Blanche revient pour capter la dernière émission locale, un "mort, j'ai le j'tons de la mort !" des plus réconfortants pour une nana déjà pas très stable.

Tout s'achève avec le dernier souffle "prieuresque", enfin "tout", l'acte premier de l'œuvre, faut pas  rêver ! Les malheurs  de Sophie au Carmel ne font que commencer évidemment. Entre parenthèse, j'aime bien aussi la prière "ora pro nobis" du deuxième acte, mais  c'est une autre histoire, réservée à la prochaine narration de ce Dialogue à la Poulenc.

Sur ce, je vous laisse, tâche de lire quelques billets chez les potes et file me faire tirer le portrait à fin d'obtention de la carte obligatoire à l'inscription au club sportif. Je mettrais donc un peu de temps à tous vous lire, mais ne vous inquiétez pas, j'y arriverai un jour... j'y arriverai...

Bon début de semaine.

La dragonne


* ceux qui commencent à me connaître savent qu'il y a plus de chance d'y trouver un chachlik mercerisé à poil long  en quête de spiritualité qu'une dragonne gesticulante au vocabulaire fleuri, je risquerai fort de heurter la sensibilité des copines de cellule (vous remarquerez d'ailleurs qu'on parle de "cellule" en ce qui concerne leur carrée, ça veut tout dire !)

** Bon, je dois avouer que j'ai vraiment du mal avec le contexte de cette aventure carmélitesque, je crois que je n'ai pas encore "réglé" certains trucs de mon éducation, ça doit parasiter et le côté "dépouillé" qu'évoque BMC dans son commentaire me pèse un peu dans celui-ci, pourtant j'aime ce genre de traitement,  la preuve, j'écoute sans déplaisir Le Château de Barbe-Bleue de Bartok et il y a moins de monde sur scène pourtant. Ou alors, mon argouane est prévue pour les motifs wagnériens ou les airs de bravoure verdiens, allez savoir, faut que je la déconditionne, ça ne se fait pas en crachant dessus, (balèze d'ailleurs si on y arrive !), il y a du  boulot d'écoute en perspective (je vais cumuler les exercices musculaires avec le groupe de six dans l'oreillette, m'est avis que ça va faire jaser dans la salle de gym, mais un peu plus ou un peu moins... j'ai l'habitude) 

*** Bon, inutile de dire que je dois me prendre de plein fouet l'allusion à la réclusion "pénale" à chaque fois que je lis et écoute cette œuvre. "Cellules"... "parloir"... "grille"... une sorte de Prison Break lyrique me saute au pif plutôt qu'une allusion à une retraite spirituelle, et  je parie que les "détenues" n'ont même pas de salle de remise en forme comme dans les prisons qu'on voit sur la pellicule.(je sais... là aussi, je tourne un peu en boucle depuis que je me suis mise en tête de me reconstituer un capital musculaire digne de ce nom, ça va remplacer ma fixette sur Oblivion, s'pas Adü ?) Quant à dire que c'est la marade à tous les étages, ça m'étonnerait un tantinet, elles sont plutôt du genre à rigoler quand il leur tombe un œil, les pingouines, décidément pas pour ma pomme ce genre de club Med.

Publié dans Poulenc

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Quichottine 21/12/2009 09:40


A Cergy non plus nous n'y sommes pas habitués.Et, cette fois la neige tient et il gèle !

Chez ma fille, en Haute Saône... c'est encore pire !

Prends soin de toi, Sieglind.
Bisous et bonnes vacances.


27/12/2009 11:31


On n'est pas loin des Pyrénées, mais c'est plutôt rare aussi dans la région... ça se voit énormément à la conduite autochtone;  Bonnes festivités
Quichottine


Quichottine 30/11/2009 10:16


Merci. Bonne journée à toi aussi... sous la flotte ici aussi. ;)


21/12/2009 09:25


Sous la neige depuis quelques jours... étonnant dans la région, les voitures au pas (ou dans le fossé) les toulousains ne sont pas habitués à ce genre
d'intempéries.


Quichottine 27/11/2009 22:43


J'ai enfin trouvé ton image "pas conventionnelle" de Bartok.

http://opera-farfelu.over-blog.com/photo-1508460-Bartok_jpg.html

Merci. Tu avais raison, ce n'est vraiment pas la même chose !

Bonne nuit, Sieglind. Bisous.


30/11/2009 07:23


Moins conventionnelle mais une caricature c'est tout de même un hommage non ? (enfin, ça dépend dans quelle feuille de chou ça a été pêché évidemment). Bonne journée
Quichottine (sous la flotte ici)


Marianne 19/05/2008 14:25

question qui va te paraître absolument débile, mais je te la pose quand même...comment parlerais tu d'un opéra a un sourd(y a pas que Beethoven sur terre)...la réponse se trouve dans ton blog! tu écris comme sur une partoche, c'est vivifiant,stimulant,profond et terriblement rythmé...même un sourd en te lisant peu entendre les sons de l'âme.Bon je retourne à mes plumeaux!!!l'abus de poussière peut nuire à la santé mentale lolceci dit ce n'est pas une question idiote!!!un jour un artiste m'a demandé comme je pouvais parler de ma peinture a un aveugle...j'te kiss ma douce!!!

20/05/2008 14:18


Flatteur, mais je ne pense pas que je parlerai de cette manière de  musique, opéra ou autre... là, c'est "visuellement" comique... rendre la profondeur de
l'oeuvre... c'est une autre paire de manche, faudrait jouer sur le registre de sensibilité de l'interlocuteur (même sourd, ça reste un interlocuteur selon moi) et ça c'est très subjectif, la
sensibilité étant propre à chacun... encore faut-il cerner celle-ci !
Pour les plumeaux, je viens de donner (côté salle de bain, une sacrée suée d'ailleurs !) Bises et ma santé mentale je vais la préserver donc (hé, hé)


Marianne 16/05/2008 07:14

LOL!!!!j't'adore

16/05/2008 11:03


Tant que ça ?! Bises pour la peine ma Marianne