Le trouvère - Acte II -

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Bonjour !

Deux semaines pour lire mes pavés, ça devrait suffire non ? Dire qu'au début de ce blog, je comptais raconter les opéras d'une traite, et encore sans l'idée d'ajouts d'extraits, vous imaginez les surchauffes et implosions cérébrales que ça aurait suscité ?! Bon, ça y est, vous devez être remis de vos émotions lyriques, on peut passer à autre chose et là, si vous me dites que vous ne connaissez pas le début de l'acte, j'peux rien pour vous, c'est un "tube de pub" ça.. A vous signaler que rien n'a changé, il suffit de cliquer sur les trucs soulignés (à l'arrache, évidemment) et vous avez l'extrait ou le lien)

LE TROUVERE - G. Verdi - ACTE II* -

Le lieu 

Scène un et  deux : La Biscaye**     Montagnes pointues comme les "Dents d'sa mère", paysage de lune pelée, lumière générale rougeoyante et pas seulement parce que c'est le lever du jour, "un grand feu brûle au milieu du théâtre" (sic) - autant vous dire que j'ai bien déliré en imaginant les chanteurs et les pompiers de service en train de pousser leur gouallante tout en se passant les seaux d'eau pour circonscrire l'incendie (qu'elle idée de se faire griller des marshmallows sur un butagaz au milieu  d'une scène en bois ! Ah... ces d'jeun's !)

Scène trois :: Un cloître sur fond d'arbres-silhouettes étant donné que c'est la nuit, on n'y voit pas à trois lunules d'ongles de doigts de pieds, encore ça de gagné si le décorateur a du mal avec le "rendu"  réaliste d'un feuillage ibère (ou autre). Etant donné  que Léonore, sa copine et le grand méchant lunatique sont de la fête, je suppose qu'on a du se téléporter en Aragon du côté de la forteresse de Castellor (la magie du spectacle et ce fameux phénomène "espace-temps", ce bon vieux Spock n'a rien inventé)

Les personnages :

- des bohémiens ("ladelidou, la delidou la bonne aventure", comme dirait le Robin des Bois "renardisé" de Disney)
- leur cheftaine, Azucena. Ne pas  lésiner sur les sequins cliquetants de son châle-mantille et la taille des anneaux d'oreilles version perchoir à perruches, du fond de la salle faut pas qu'on la confonde avec une des sorcières de Macbeth, même si j'y vois une certaine ressemblance, et pas seulement parce que l'opéra est du même auteur, le feu façon sabbat sans doute, mais pas que ça.(but du jeu pour ceux qui veulent, voir les ressemblances avec ces magiciennes à barbiche)
- Manrico, le héros-troubadour (moui, mais là encore, vous en connaissez beaucoup de pousseurs de chansonnette qui se la pètent guerillero ?)
- Un messager "anonyme", (mais si on y réfléchit... vous connaissez le nom de votre facteur vous ?)
- Le comte de la Luna, le "rival" (tant en politique qu'en amour, à noter)
- son capitaine des gardes préféré, Ferrando
- des pingouines (pour le chœur inspiré et dévot, éviter trois pékinoises, ça va faire chiche)
- Léonore, celle qui aurait pu éviter tout ça si elle avait voulu porter ses binocles la fois précédente (il est vrai qu'à l'époque, les montures sympas ne devaient pas se trouver facilement mais étant donné que son rendez-vous était nocturne... qu'est-ce qu'elle en avait à ficher de passer pour la chouette hulotte du patelin... j'aime même l'imaginer portant les lunettes à vision nocturne chères à tout bon joueur de Splinter Cell, ça ça aurait été classe !)
- Inès sa suivante et copine de régiment.
- Ruiz, un "soldat" au service de Manrico*** et des copains à lui, pour faire le poids contre le chœur des "méchants"

Au lever de rideau, on tombe sur une soirée à la Hugues Aufray sauf que les participants se lâchent un peu question décibels, (ça tient plus de "Santiano"  que de la complainte de Stewball ça c'est sur !)  et là, comme énoncé plus haut, si vous ne reconnaissez pas ça, j'vois que le suicide au yaourt périmé.
On a droit à une ode au jour naissant et aux avantages du travail manuel (et oui, les bohémien adorent chanter en redressant la lame de  leur canif à l'enclume, comme dans la scène de l'Or du Rhin, les marteaux, les vrais, sont plus que de bon aloi, essentiels dirai-je au tempo de la ritournelle)

Parmi cette joyeuse bande, il y en a une qui tire la trogne c'est la cheftaine Azucena, elle a l'air à quinze miles nautiques de la fiesta, le regard aussi brumeux qu'un merlu court-bouillonné, le neurone en baguenaude et les bouclettes de sa perruques choucroutée risquant d'être carbonisées tant est penché son chef sur les flammes du butagaz. Si on tend l'oreille, possible puisque le chœur a fort à propos terminé de vanter les mérites ancillaires (ou autres) d'une bohémienne, on l'entend melouner (marmoner) dans son duvet labiale à en faire saliver d'envie tout psychothérapeute digne de ce nom.
Même pas besoin d'une séance à la Mesmer...    elle "voit" un bucher, la foule des badauds en mal de sensations malsaines, une pauvre nana trainée enchainée vers les flammes, les cris façon jeux du cirque romains, enfin l'éternel arsenal de toute exécution capitale . Et ça n'a pas l'air de dater de la veille sa fixette parce que les auditeurs, dont elle vient joyeusement de plomber le moral, préfèrent retourner à leur boulot, et  la ville c'est pas la porte à côté, faut se magner le troufignon.

Ne restent en scène que Manrico et Azucena. On se demande où il était pendant tout ce temps passé avec ses potes bohémiens, parce qu'il a totalement loupé cette histoire et la bonne femme est obligée de lui rafraichir la mémoire. A jouer aux Sharks et Jets  il sèche souvent  les cours de généalogie familiale. 
On apprend, au détour d'une petite remontrance sur ses fréquentations et ses loisirs, sa filiation avec l'accro aux transes non napolitaines - tadaaaam ! Premier coup de théâtre ! - en même temps que le sort malheureux de son aïeule préférée, la môman de sa môman, inspiratrice malgré elle de la complainte précédente (et pourtant elle n'entendait pas des voix... elle).- re-tadaaaam ! -

Là, où ça frise le n'importe naouac c'est quand Azucena termine son récit en lâchant malencontreusement qu'elle  a merdouillé sérieusement quant à sa vengeance  filiale. J'vous explique en gros... elle kidnappe le môme du comte, allume son bûcher personnel et va pour mettre en broche le marmot. Il lui fait une séance à la Chat Botté de Shrek et ses mirettes noyées de larmes sont à deux doigts de la faire renoncer. C'est compter sans l'arrivée du spectre roussi de sa génitrice**** et comme celle-ci n'arrête pas de lui seriner "vengeance" Azucena balance le mioche dans la braise. Le fantome satisfait disparaît avec un "plop" de bulle de savon géante et elle baisse les yeux sur... le fils du comte ! Dans le feu de l'action (c'est le cas de le dire) elle s'est emmellée les ripatons et a fichu son propre rejeton au feu.

- Alors là, imaginez votre servante à la première audition de cet opéra (ça ne date pas d'hier !) et éclatant de rire à l'écoute des paroles du livret. J'en arrive à croire que cette œuvre est une publicité déguisée pour les opticiens moi. Entre Lolo qui se plante de galant et celle-ci qui fait de même avec son môme, si c'est pas une mise en garde contre les..." inconvénients" d'une mauvaise vue ! Par contre, ne vous méprenez pas, le livret est moyen-moyen question crédibilité, mais la musique c'est autre chose !

"Euh... j'ai raté un épisode ou j'suis pas ton fils ?...
- Meuh noooon ! Autant pour moi ! J'suis tellement déboussolée quand je pense à ça que ça s'embrouille un peu, t'es bien mon gamin !
- Si tu le dis...
- Et qui c'est qui t'a mis du mercurochrome quand tu t'es frité avec les mômes du quartier hein ? (bon d'accord, c'était un combat à la lance contre son meilleur ennemi le comte de la Luna et il a failli y rester, une guerre des boutons basque ça le ferait moins question héroïsme romantique il faut le reconnaître)
- Sur que j'ai failli y rester !
- Et toi, triple buse, qui lui fait grâce pendant ta dernière discussion avec lui alors qu' il lâche son cure-dent et que tu peux l'épingler... J'pige pô...
- Moi non plus... mais au moment de le planter, j'ai entendu une voix venant d'en haut (tiens donc !!!) et qui gouallait "pitié"
- J'espère que tu ne referas pas la même erreur et que si tu le tiens au bout de ton opinel, tu le dégommeras aussi sec !"

La conversation est interrompue par un messager arrivant ventre à terre (éviter le style marathonien du type crachant ses poumons pour balancer l'info, ça ferait désordre en lyrique, à part pour la Traviata... et encore...)
En bref, c'est une victoire pour leur camp, la cité de Castellor est prise, mais sa copine Lolo a entendu dire que son amoureux y était resté et a décidé d'entrer dans les ordres ( adieu monde cruel ! Encore une qui se prend pour sœur Marie de l'Agonie du Christ de Poulenc)
Azucena tape du poing sur l'autel imaginaire de l'autorité maternelle pour le sommer de rester avec elle mais ça ne fonctionne pas, Manrico a décidé de tout faire pour faire taire cette rumeur (ah... l'air de la calomnie !) ça serait ballot qu'elle "mette les voiles" (mouarf!) pour la longévité de leur histoire d'amour .-  Aucun lien de parenté avec Eloise et Abélard, de toute façon, et si c'était le cas, là, ça serait trop gros à avaler, les filiations cachées ou reconnues, c'est marre ! -
La môman tente un placage et une clé de bras pour l'empêcher de filer, mais rien n'y fait et Manrico file secourir de la donzelle en péril (lance... honneur et vie à sauver... chevalier... duel... j'sais pas, j'ai vu le chevalier au cygne, désolée de l'amalgame)

Changement de décors avec le départ précipité du héros et on se retrouve à la dernière scène face à une bande de conspirateurs (Rigoletto ?!) drapés sinon dans leur dignité (un kidnapping, il y a plus glorieux !) du moins dans leur cache-poussière (plis masquant le bas du visage, tête couverte,il n'y a que les yeux de visibles si je puis dire,  comme tout bon lon en quête de méfait)

Le c. de la Lune (re-désolée !) est en train de se donner du cœur au ventre, parce qu'il faut le dire, son entreprise va en énerver plus d'un... le grand barbu là-haut compris, lui piquer une de ses ouailles alors qu'elle entre à son service, ça ne va pas le laisser indifférent - (quand il est "bien" chanté, cet air est plus qu'audible, pour rester sobre) 
Ayant évoqué son sourire, ses yeux de bichette, enfin tout l'attirail du piège à loup où il a fichu le pied et le palpitant, il redescend sur terre pour inviter ses hommes à se planquer dans les buissons, ça va être le moment  

Les religieuses prient lyriquement dans le lointain alors que le comte et ses sous-fifres revoient  un brin leur cours de stratégie avant "l'oral" (re-mouarf ), puis entrent sur scène ainsi que Léonore et sa copine Inès.
La copine marche plutôt à reculons, ça ne lui plaît qu'à moitié d'accompagner Lolo jusqu'aux portes du couvent, ça va être dur de se refaire une amie (Facebook et autres joyeusetés pour cœurs esseulés, ça n'existait pas encore).
Lolo la console, si on peut dire, en expliquant que c'est marre des embrouilles de la vie et des coups de bugnes du sort, elle va enfin "goûter la paix profonde que le ciel garde à ses élus" (ça ne vous rappelle décidemment pas un certain Dialogue ?)

Elles en sont à leurs effusions et léchages de pommes d'adieu quand le comte fait irruption sur la scène (dérapage non contrôlé côté cour, glissades sur des bottes de scène n'ayant aucune adhérence et mangeage de chemin de croix grandeur nature côté jardin, ça me paraît plaisant à l'œil)
La basse-cour s'égaye dans tous les coins, des hommes au milieu de toutes ces oies blanches, c'est comme balancer un canis lupus à la diète depuis quinze jours dans un poulailler de palmipèdes rondouillards. Et que ça commence à crier "au loup" et que ça s'évanouit dans les pare-terres, pendant que le comte se jette sur Lolo comme le croco de Fantasia sur l'hippotame en tutu (quelle ménagerie hein ?)

Tout le monde  se fige quand Manrico arrive tel Zorro (sans Bernardo ni Tornado). Lolo en est baba  Voir son amoureux bien vivant alors qu'on lui avait certifié que sa seule façon de le revoir c'était de faire tourner les guéridons, ça a de quoi perturber la motricité et le travail cérébrale il est vrai. Un autre surpris, c'est le comte (à sa décharge, ce n'est donc pas lui qui a fait courir l'info histoire de tenter une récupération de désespérée en mal d'amour). Tout son plan tombe à la flotte du coup. Plus de rival six pieds sous terre et plus de nonette à enlever, c'est qui qu'a l'air fin à c't'heure ?
Léonore rend grace au ciel et à ses occupants pour le retour du héros et Manrico lui confirme qu'il n'a rien d'un pur esprit. Chacun monologue qui une action de grâce, qui un soupir de soulagement face à la menace écartée, qui un énervement plus que justifié quant à des plans si bien goupillés qui floppent aussi lamentablement. Les choeurs respectifs (chacun des acteurs principaux a le sien, jouant les ponctuations... Lolo et ses religieuses, le comte et ses affidés, Manrico et ses potes avec Ruiz en chef de manécanterie)

Après un flou certain dû à la surprise, les bonnes habitudes ne se perdant pas, chacun des rivaux ne pense qu'à une chose, tabasser (et plus si affinités) l'autre... Bagarre générale et le comte est désarmé (encore ?). Le comte lance quelques imprécations tendance malédiction et plaies d'Egypte réunies alors que Manrico chope par la mimine sa Lolo et se barre au triple galop et que les pingouines filent se planquer derrière les murs de leur cloître préféré.

Fin de l'acte et fin de mon verbiage... je vous laisse assimiler tout ça et file vous lire dès que faire se peut. Bon début de semaine la troupe !

La dragonne

* J'ai totalement bouffé l'info comme quoi les actes de cet opéra avaient des titres, rare ça pourtant chez Giuseppe comme chez ses potes. Le premier s'intitule "le duel", le second "la bohémienne". Si vous avez des blancs quant à l'intrigue, les titres ça peut aider non ?

** Si je vous dis Bilbao et Guernica, autant vous dire que c'est une région dont les habitants ont l'habitude de se tataner à l'autorité en place et on en a la preuve ici,  ça ne date pas d'hier

*** Alors là, ça devient de plus en plus fumeux... Trouvère ?... Bidasse ?... Bohémien ?...  J'y perds mon euskara
moi !

**** Du Shakespeare j'vous dis ! Les sorcières, les spectres, la folie... un compromis entre Macbeth et Hamlet. Tout ce qu'il faut pour un bon gros drame romantique !


NB : il y a un lien qui ne fonctionne pas mais la plate-forme fait de la résistance, on verra à arranger ça quand ça sera tassé, promis !

Publié dans Verdi

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& hearts MOYRA &hearts &hearts 18/04/2009 16:24

Le perchoir à perruches...hi!hi! c'est trop bien imagé! Quand au terme "melouner" c'est de ta région originelle ou des environs Toulousains? Les maman karatéka et facebook mêles ici s'est tordant.Gros bisous

20/04/2009 09:03


Ma mère adoptive charentaise disait ça... je suppose que c'est de l'Ouest donc... pas cherché. Pourquoi les mamans ne devraient-elle avoir à la pogne qu'une cuillère
de bois ou une serpillière (c'est pas mon cas, loin de là hé, hé)


Quichottine :0010: 07/04/2009 01:21

J'aime bien ta description du décor... je rigole en pensant à ce que ça donnerait un barbecue de marshamallows sur la scène de l'Opéra.

J'adore quand tu mélange tout, le temps et l'espace, les tragédies aux feuilletons télévisés. L'esprit fait des bonds et le résultat est plus qu'intéressant.

Morte de rire devant ton suicide au yaourt périmé... pour te donner un aperçu de ce que je suis capable de faire ou dire, moi, je m'étais suicidée en me pendant à une punaise... un jour sur un blog ami. :-)))

Là, je ris trop... Facebook dans la balance, c'est magnifique !

Tu veux que je te dise, toi ? Tu as un humour décapant, et, ce qui plus est, comme tu as les mêmes références que moi, côté personnages de dessins animés, et de héros en tous genres, je me régale !

Dis rien à personne, mais j'ai la larme à l'œil tellement je ris.

Pas deux lignes sans éclat de rire ! Il faut le faire !

Bon, sur ce, je suis totalement détendue et je m'en vais dormir ! à demain pour la suite...
Bonne nuit.

07/04/2009 07:18


Du coup, tous tes compliments me fichent la honte de ne pas vous filer la suite et fin de l'oeuvre, il va falloir que je m'y colle... ça ferait désordre un Trouvère
sans Miserere et trucidouillage en règle... Merci encore Quichottine et j'espère que tu t'es reposée


Véro 05/04/2009 09:17

Commeconvenu, je suis repassée pour écouter les extraits et regarder les autruches.
Je file lire la suite.
Véro

06/04/2009 07:48


Tu fais comme moi chez les potes, je fais souvent ça en tranches pour y revenir... Bonne journée Véro !


:0091: lili Flore :0010: 13/03/2009 17:32

Alors tu es sortie de ton hibernation, tu as encore fait fort aujourd'hui, toi quand tu viens c'est pas un éclair(mdr). J'espère que tu vas bien et que le temps est super chez toi, car ici juste un petit soleil du jour pour te déposer des bises ensoleillées, bonne fin de journée

16/03/2009 13:06


Je suis sortie comme tu dis... mais au sens propre... j'ai dû faire ma visite "éclair" avant de me retrouver encore zappée (ou happée) par le temps
bises Lili et bonne journée


qing et rene 13/03/2009 01:06

Bonjour depuis canton (Guangzhou) Sud de la chine.
avec l'opera est un plaisir a lire
Bonne journée du vendredi amitiés de canton
Qing et rené
A bientôt sur: http://belgique-chine.over-blog.com
La Chine hors des sentiers battus, par le tourisme.

13/03/2009 07:36


Bonne fin de semaine vous-deux