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Mercredi 25 octobre 2006


Bonjour!

Comme ça fait belle lurette que je ne vous ai causé arbre généalogiue, il serait temps qu'on retourne du côté de ma famille dragonienne hein?
On va dans l'Est, du côté de Metz pour être précis. En fait, le cousin tient plutôt du reptile que du dragon mais si vous deviez compter les « mésalliances » dans les familles, on aurait pas grand monde en fin de compte accroché aux branches du chêne porte-nom (et ça ne vaut pas que pour les dragons là!)

Il faut dire que dans le temps, les romains, faisant un tour par là, y ont posé djelaba et  narguilé... (bin... barda, c'est pas d'orginine arabe? On m'aurait menti?). Il.avaient bien pigé que le point de vue valait le détour, et se sont empressé de construire leur structure Lego favorite: l'amphitéâtre.Surtout que, question emplacement stratégique, c'était pas à cracher dessus (au confluent de la Moselle et de la Seille, si c'est pas un point stratégique ça?!) Et comme c'était pas du placo à l'époque, leur construction a résisté longtemps après qu'ils aient décidé de retrouver leurs pénates (pas plus à propos, tu meurs, étant donné que les pénates, c'est tout de même des dieux domestiques romains et Etrusques) et suffisamment pour servir de logement à un serpent, le Graouilly, pas piqué des hannetons question taille, ainsi qu'à sa progéniture, et ça .aux alentours du IIIème siècle (après Jean-Claude évidemment).

A l'époque, le plus gradé question religion du secteur c'était un certain Clément, évêque de son état qui s'est dit que ça serait pas mal pour sa promo s'il faisait un petit exploit miraculeux (de nos jours, vous voyez les dératiseurs et exterminateurs de bestioles nuisibles figurer au calendrier? On s'y paumerait, comme dans l'annuaire pages jaunes!)

Bon, soyons logique, ce genre d'intrigue ne tiendrait pas une séance au ciné du coin, aussi, au fur et à mesure du temps... le.. « monstre » a pris de l'ampleur pour mieux impressionner les esprits évidemment. Au VIIIème siècle, Paul Diacre (qui devait être de la partie, vu le nom) note que « nul serpent de séjourne en cet endroit » (ouah!!! C'est fantastique!) Comme tout le monde à l'air de s'en tamponner le coquillard, au Xième sicèle on rajoute que la bestiole est d'une « étonnante grandeur et lui et sa progéniture, empestent la ville de leur haleine empoisonnée » (déjà on a du ver de terre refoulant du goulot à faire crever les mouches, c'est déjà... plus-mieux!). Et au XIIIème siècle, on a étoffé conséquemment le scénario qu'on connait encore de nos jours et c'est celui que je vous narre tout de suite après le saut de ligne.

Donc, l'évêque décidant d'aller trucider du reptile, se pointe aux alentours de l'amphitéâtre par une belle journée de.... (pas très précise le texte que j'ai trouvé!) Pouf-pouf! On reprend : il se pointe un jour (la belle journée, j'avais pas la météo d'indiquée dans le texte, alors ne supputons pas hein!) et à sa vue, les serpents commencent à montrer des signes de nervosité. Démonstration de nervosité chez les vers hypertrophiés: ça se tord comme si c'était assis sur des braises bien chaudes et ça sautille comme des dingues en poussant des cris hystériques et stridents (tiens... ça crie un serpent?!)
C'est pas une bande d'orvets boostés aux hormones de croissance qui va l'intimider l'apôtre et se plantant sur ses cannes, la main près du holster (bin oui, version « Il était une fois dans l'Ouest » j'aime bien) il commande au chef de la bande de ramener sa couenne illico, ça urge une petite « explication »
Là, visez du côté de la légende de Marthe, déjà citée ici, le serpent-dragon, « honteux comme une pie » (alors là, texto! J'aimerai bien piger l'expression, je cherche...parce que bavarde je savais, mais honteuse...), donc la bestiole arrive tête basse et rentre sa langue trifide (pour faire bonne mesure elle se doit d'être plus que bifide s'pas?) et vient se coucher comme un bon clébs aux ripatons du saint, en enroulant son corps énormissime doté d'une queue costaude à assommer un pachiderme (là aussi, description « améliorée » mais véridique)

Et qu'est-ce qu'il fait l'auréolé pour en rajouter à la ressemblance avec l'histoire de la Tarasque? Il attache son étole au cou du bestiau et le conduit à la Seille pour qu'il prenne un bain (définitif, puisque qu'un reptile ça a du mal à nager la nage papillon, pas équipé pour, bien que certains se débrouillent pas mal en reptation sus-aquatique, mais tout le monde s'en fiche ici, c'est pas le propos hein?) On peut dire qu'ils ont les mêmes galeries marchandes les auréolés, Marthe avait dû acheter sa ceinture au même "Jennyfer" que Clément.

Déjà, il y a une nuance et de taille, quant à l'imagerie courante du "monstre sanguinaire friand d'autochtones", le Graouilly n'est pas anthropophage, comme la majorité des miens cousins dragons, et à part sa mauvaise haleine... qu'est-ce qu'on lui reprochait au juste à c'te brave bête? Avec deux ou trois caisses de tic-tac, ça aurait pu s'arranger à l'amiable cette histoire.

Moi, j'ai ma petite idée.... Regardez du côté de son lieu d'habitation: l'amphitéâtre romain, rajoutez le contexte d'une foi chrétienne à affirmer, saupoudrez du désir d'anéantir les mythes antiques qui trainent encore dans le secteur et vous avez la parfaite représentation d'une imagerie chrétienne à but d'édification des masses: les faux dieux n'ont plus lieu d'être, place au nouveau patron!
De plus, si on prend exemple sur... les exempla, d'exemplum au singulier (pas ma faute, c'est le nom!), aux Predigtmärlein (courts textes pour illustrer un dogme ou une morale ou proposer un mode d'emploi...pardon de conduite), le but prévalant sur la méthode, la légende peut se targuer de « vérité morale » (en gros qu'importent les grosses ficelles bien apparentes, c'est la réaction du public qui est importante. Ah... l'audimat!!)
Donc, savoir lire entre les lignes, puisque métaphore il y a :
La mort du dragon c'est la victoire du bien contre le mal (le Christ contre Satan, si vous êtes catholique), l'haleine de poneys des serpents, c'est les doctrines païennes qui refoulent, qui puent du goulot, (qui sentent leur souffre quoi). Pour prendre encore un autre raccourci, puisque la vraie parole est « morale pure contre moeurs dépravées » c'est la pucelle contre la professionnelle, Marguerite de Faust contre Loulou de Berg (je n'ai pas pu m'empêcher une allusion lyrique, pas de ma faute!) Tout ce qu'on doit retenir de ce blabla (le mien, basé sur celui des autres, évidemment) c'est que la morale dite chrétienne n'est pas copine avec le mensonge, mais qu'elle aime bien jouer avec l'ambiguité.

Bon, de toute façon, on se doutait que c'était une légende construite de toutes pièces pour renforcer la foi chez les gens, mais là où je  m'interpelle (j'aime bien me causer à moi-même, que voulez-vous) c'est qu'un certain M. Bellard, érudit à ses heures, sans confirmer la vérité historique de l'histoire (y'a tout de même des limites!), soutient l'existance du Graouilly.

Selon lui, on serait en présence d'un reptile géant de l'ère secondaire, et il balance pour preuve les deux trois nonosses de l'ichtyosaure qu'on aurait retrouvé sur les bords de la Seille en 1913, rajoutant même que les Messins auraient toujours été secoués par ce souvenir lointain, l'incluant dans une légende locale.
Alors là, fort de chez kawa! Je sais qu'un certain Conan Doyle avait causé monde perdu à un moment, mais passer de l'ère secondaire à l'ère dite moderne sans même une patte d'oie au coin des mirettes, il est résistant le monstre!
De plus, je sais qu'il flatte énormément la capacité mémorielle des gars du coin, mais comment auraient-ils souvenir d'un bestiau disparu plusieurs dizaines de millions d'années avant l'arrivée de l'homo erectus et qu'au troisième siècle on n'était pas encore foudingue d'archéologie? Là, qu'on m'explique!


En conclusion et pour revenir à ce cher disparu, le Graouilly, avant on faisait défiler un monstre bien dodu du bidounet, que les gamins esquintaient joyeusement à coup de.. "tout-c'qui-peut-me-tomber-sous-la mimine"le 25 mars, jours de la St Marc (?!), ce que décrit Le Duchat en 1735: "un grand lézard ailé au ventre très enflé et dont le bec horrible laisse sortir une langue pointue"? Ce qui le laissait baba, c'était la longueur de la bestiole bidouillée avec de la toile et bourrée de foin et décorée d'une énorme langue en métal très pointue (j'imagine les décapitations sauvages lors d'une ruée populaire moi)

A savoir si ça existe toujours cette tradition. J'ai bien vu un parterre à l'image du Graouilly sur une photo de Metz, mais les festivités, rien trouvé encore. Les Messins traînassant dans le coin, seraient aimablement invités à me tenir au courant de cette tradition, la flemme de chercher, vous me connaissez...)

Sur ce, je retourne à mon inactivité coutumière... nan... soyons franche... journée mange-mouton et serpillière, tout ce qui me fait léviter d'extase... et vous souhaite une bonne journée. A bientôt

La dragonne
par Sieglind publié dans : Dragons et créatures
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Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

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