Bonjour !
Alors hier, je vous ai laissés alors que je déambulais de long en large dans le hall de l’opéra de Bordeaux, après un intermède duelistique assez bizarre et attendant impatiemment la suite et fin du Faust de Gounod.
Le « driiiinng » de la sonnerie de fin d’entracte retentit (ça me rappelle aussi la sonnerie au lycée pour la reprise des cours, pas vous ?) et on regagne chacun nos places, des « on » en groupe, des « on » en couple, et un « on » toute seule (valait mieux, de toute façon, vu ce qui m’arrive tout le temps – je soupçonnais les copains et copines de flipper comme des malades à l’idée d’avoir la honte de leur vie avec un des mes coups pendards) Il y avait peut-être d’autres « on » solitaires dispersés dans la salle, mais j’ai pas fait attention je vous avouerai.
L’acte suivant arrive, et tout se passe bien jusqu’au moment où la Gretchen tombe sur le coffret à bijou négligemment laissé par Méphisto. Elle commence à le choper mais pas comme il faut, résultat, il lui échappe des mimines molasses (elle doit pas avoir d’os aux mains ou alors sont tout mous, parce qu’on dirait qu’elle pèse trois tonnes sa p’tite boîte pour qu’elle puisse pas récupérer le coup) Le coffre commence à tomber (vous savez le genre de sensation qu’on éprouve – très bien rendu au cinéma – quand quelque chose tombe et qu’on sait que ça va exploser par terre ou faire un bruit pas possible…on voit le truc au ralenti… et bin là, ça faisait un peu pareil, sauf que c’était parce que la diva essayait d’amortir la chute de l’objet avec ses jupons en tendant la guibole presque à l’horizontale (style début du pas de l’oie, pour bien voir la figure) Le coffre s’est quand même crashé et s’est ouvert, libérant toutes les breloques et colifichets, sensés représenter la fortune mise aux pieds de la donzelle par Faust – là ils étaient effectivement aux pieds de la fille mais disséminés sur toute la surface de la scène (on entendait des perlouzes qui continuaient de rouler par ci par là, parce que l’orchestre et le chef ont eu une absence à ce moment – la surprise sans doute où un bijou tombé dans le pavillon d’un cor ou par les ouïes d’un violon)
Etant des pro, ils se sont vite repris, pour entamer l’intro du fameux air et voilà t’y pas not’ Margot, à quatre pattes à chanter l’air de la Castafiore en récupérant bagouzes et bracelets aux quat’ coins de la scène!
Et là, me direz-vous, et bin heureusement que je connaissais l’histoire parce que j’ai loupé toute la fin de l’acte (j’étais à nouveau aux toilettes, toujours dans ma position « verrou de porte-humain» (assise contre, pour pas qu’on entre, quoi) et pleurant de rire.
J’ai presque fini la narration de ces incidents lyriques mais… il y a un mais, je me devais de terminer par au moins un truc me concernant personnellement. Et bin ça ne s’est pas fait attendre ! Quand je me suis décidée à regagner ma place, en me relevant tant bien que mal, (d’ailleurs ça a fait un grand « scrrratch » le bruit) pour assister au quatrième acte, avec l’air le plus désinvolte dont j’étais capable (j’étais pas capable de grand-chose tellement je faisais gaffe à pas repartir à rigoler) donc, quand je suis retournée à mon strapontin, le lustre était rallumé et j’ai vu plusieurs spectateurs me regarder d’une manière bizarre et surtout certains chuchoter à mon passage. Je jette discrètement un œil sur mon allure générale : rien ne semble clocher sauf que c’est bizarre, mais ma veste me semble « flotter » un peu plus sur moi… je m’casse le cou pour regarder ma face postérieure et constate l’étendue des dégats : j’ai carrément déchiré sur une bonne longueur la face dorsale du vêtement!
Le grand « scrrratch » c’était ça : un coin de la plaque d’aération du bas de la porte des sanitaires était tordu et proéminent (c’est vrai que ça me gênait un peu quand je me suis assise contre) et c’est ce qui m’a certainement fait ce superbe accroc quand je me suis relevée sans trop de précautions, il faut dire. Donc, fin de la représentation la veste sur les genoux et à me peler après, lorsqu’il a fallu que j’attende mon père qui devait venir me rechercher !
Voilà comment, en trois représentations, on peut avoir un bon échantillon de ce qui peut arriver sur scène et dans la salle (p’tet pas à vous, mais au voisin, deux rangs plus loin) Aussi, maintenant, je regarde toujours les gens avant que le lumières s’éteignent. Premièrement parce que ça donne un large éventail de représentation humaine et sociale, donc étude « sociologique » on va dire… et deuxièmement parce que, si ça se trouve, je vais (peut-être) tomber un jour sur un autre « moi »… ça m’intéresserait de me voir en plein exploit…car ne maîtrisant pas la bilocation, je ne peux pas me rendre compte de ce que ça donne vu de l’extérieur !
Je vous laisse en vous souhaitant une bonne journée et la semaine arrivant, on va quand même faire un truc plus… j’allais dire sérieux, mais c’est pas vraiment le mot … plus… lyrique (ça vous va ?)
La dragonne
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