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Mercredi 7 septembre 2005

Bonjour !

Alors, vous voyez que ça peut brasser pas mal d’air (avec jeu de mots, cette fois) dans les opéras ? On a quitté hier un beau monde, bien agité, bien énervé, à deux doigts de se taper dessus (limite règlement de compte ou duel à l’arme blanche) et si un aumônier ne s’était pas interposé l’opéra aurait dû cesser, comme le combat, faute de combattants..
On va terminer la narration de l’opéra Lucia di Lammermoor, par le troisième et dernier acte et, j’vous préviens… ça s’arrange pas des masses !

Le lieu : la salle du château de Ravenswood, comme déjà, décrite : armures en fer-blanc, batterie de cuisine au mur, blason de la famille (corbac sur champ de p’tit bois), puis au changement de scène, la crypte (un truc style cave à vin mais pour les ancêtres, alors caveaux et gisants un peu partout, torches parcimonieusement disposées – trop de lumière c’est moins lugubre !

Les personnages : le chœur des invités et intimes déjà cité, Raimondo (toujours aumônier), Lucia (l’épousée à « l’insu de son plein gré »), Normanno (éminence grise et bras droit de Enrico, le frangin aux fins de mois difficiles, Edgardo (l’amoureux frustré) Enrico. Normanno et Enrico vont quasi jouer les figurants, aidant le chœur parce qu’ils n’ont pas vraiment de grandes « interventions » dirais-je)

Au lever du rideau les gens se trémoussent dans tous les coins (lambada,  danse des canards, paso-doble… enfin toute la gamme chorégraphique inhérente à une fiesta de noces quoi) en chantant que tout le monde a eu chaud aux miches et que grâce au mariage de la p’tite, leur affaires financières et politiques (surtout politiques) sont bien arrangées (faut dire que se faire raccourcir d’une tête, ça a tendance à calmer)
Raimondo, entre avec une mine longue à racler les carrelages avec ses quenottes :
« Temps-mort ! – crie-t-il
- Qu’est-ce qui t’arrive ? On fait trop d’bruit ? Les voisins (les corbeaux) se plaignent ?
- Nan ! J’passais devant la chambre des nouveaux mariés, au cas où ils auraient besoin d’un… soutien moral, quand j’ai entendu un bruit et c’était pas pass’ke mam’zelle avait vu le loup ! J’peux vous l’garantir ! C’était pas « Oh mon dieu ! Je lévite » mais plutôt « Aaaaargh, on dirait qu’j’suis en train de tirer ma révérence » - j’sais bien qu’on parle de la « p’tite mort »,mais… m’est avis que c’était point trop ça. J’entre en trombe et dans l’désordre dans la piaule pour trouver l’Arturo, le nouveau marié, étalé comme une limande jour de criée et la Lucia, un coupe-papier à la main (elle avait p’têt’ voulu le décacheter, j’sais pas moi…) Elle me demande, si j’aurais pas vu son mari… la pauvre ! En plus d’avoir viré bredine, elle est dev’nue myope comme un taupe ! »

A cet instant Lucia entre dans la pièce, la démarche un peu cahotique pour rester sobre (elle est bourrée de tics nerveux oui !) et pâle comme une endive de cave ! (là, c'est le fameux air du "Cinquième élément")

« M… c’est pas Halloween, pour s’déguiser en revenant ! – lancent les invités !
- Ouf ça y est Edgar, tu peux rev’nir ! J’suis dispo à nouveau ! Fait-donc sisite à côté de moi devant la fontaine… - (là, on voit vraiment qu’elle est à l’ouest, parce que la fontaine c’est quand même, en principe, dans le parc qu’elle se situe !)-  Vingt dieux ! L’endrapée aux chaînes qui se pointe ! Elle veut ficher son souk ! - (le fameux fantôme du premier acte, locataire involontaire de la fontaine aux sirènes) - On a qu’à s’planquer derrière l’autel - (y a qu’une table de salon… mais faut pas la contredire…comme pour les somnambules) - En plus y n’attendaient que nous pass’ke j’entend d’la musique (ça s’arrange pas ! Délires auditifs maintenant !) Bon maintenant me reste plus qu’à dire au revoir à tout l’monde parce que j’ai comme un coup d’pompe moi !"

Tous sont autour en train d’essayer de la calmer, certains ont sorti le tire-jus parce que ça fait quand même quelque chose de voir une p’tite gamine s’cogner à l’intérieur de sa tête en cherchant la sortie !


La scène change et on se trouve dans la cave à gisants (évidemment de nuit ! – c’est plus-mieux, côté ambiance gothico-fantastique !)
Edgardo a un sacré coup de blues :
« C’est l’seul endroit calme de la maisonnée ! Là, j’vais pas entendre l’autre se la péter grave avec son nouveau mec ! Me reste plus qu’à crever la goule ouverte et j’ai pas d’craintes, j’serais vite oublié !"

 
On entend une procession (c’est pas les Rameaux tout de même) arriver du château.

« la pov’ môm ! Elle passera pas la nuit ! – soupirent les pénitents improvisés
- Qu’est-ce que vous blagassez ? – questionne Edgardo précipitamment
- La pov’ Lucia, elle aborde la dernière ligne droite. Son mariage, ça lui a pas vraiment réussi, ça la fait tourner frapadingue ! Elle vous cause, et vous demande de faire sisite auprès d’un bassin..  pour vous dire !"

 On entend un « Doonnnnng, donnnng » bien lugubre, la cloche sonne pour annoncer que ça y est, la donzelle s’’est mise en apnée définitive.

"Mais ça peut pas s’passer comme ça ! Elle va pas me laisser tout seul, et qu’est-ce que j’vais bien ficher de mes journées moi ? Vous pouvez me le dire ? Autant que j’aille lui faire un coucou de l’autre côté, justement j’avais rien prévu d’intéressant à faire aujourd’hui."

Il sort son épée et se poignarde.

là, parenthèse : qu’on m’explique comment il fait pour se poignarder avec une lame d’au bas mot cinquante centimètres, plus la garde et la poignée (ou alors il a des bras simiesques, j’vois que ça !)

Les autres ont voulu l’arrêter mais, trop tard ! Il tombe agonisant en dégoisant qu’elle l’attende, qu’il tourne le coin et que ça va être fiestas sur fiestas chez les nuageux !
Tout le monde, enfin les survivants,  tombe à genoux et c’est le finale très larmoyant de la prière aux âmes tourmentées (bin oui, une meurtrière , un suicidé, c’est pas gagné pour l’entrée chez Saint Pierre !)

 

Bon bin… Isis, j’ai été franche avec toi… t’étais prévenue ! J’prend des libertés avec le texte, mais jamais avec l’intrigue (sinon, vous vous voyez arriver à l’opéra… et au final, où quand ça m’aurait arrangée de trafiquer le truc, lancer : « Tiens j’connaissais pas cette version ! » ça fait désordre non ?)
Par contre, il est vrai, mais ça c’est selon les versions plus ou moins officielles que là aussi, il peut y avoir des changements.
La version que j’ai fait intervenir une scène entre la crise de délirium de Lucia et le monologue cafardeux d’Edgardo dans la crypte familiale. Enrico, le frangin, vient trouver le héros, pour le provoquer en duel (il a pas trop apprécié le coup de la bagouse balancée en public et surtout le fait qu’il ait maudit toute la smala sur plusieurs générations) Donc c’est un peu plus logique, parce que Edgardo, fatigué, va avoir une bonne raison de se suicider mais d’une manière plus… acceptable côté église, il va truquer le combat et glissant sur une peau de banane venir « malencontreusement » s’empaler sur la lame du frangin (bien vu, l’honneur est sauf !) La scène intervenant pour simplement deux personnages et dans un autre lieu (le château d’Edgardo, ça oblige à trois changement de décors pour un même acte alors parfois, on la « supprime » bêtement..

Bon j’sais bien qu’c’est pas bien gai tout ça, mais on va parler de romantisme pur et dur (et les romantiques, y z’aiment bien mourir le kleenex à la main… en soupirant d’ailleurs pas mal avant d’y rester !) Et puis s’il y avait pas tout ce méli-mélo, et bin, faut être logique… l’opéra, il pèserait pas bien lourd ! Les gens heureux n’ont pas d’histoire et pas de musique qui va avec. D’ailleurs, amusez vous à faire le compte depuis que j’ai commencé à raconter des opéras… Combien d’opéras sur le nombre se finissent sans mort (j’ai pas dit bien, j’ai dit « sans mort ») j’serai curieuse de voir combien vous en comptez tiens !

C’est sur ce travail de recherche que je vous laisse, parce que, pour une fois, j’ai un « manque » côté illustrations, il faut que je trouve autre chose, pour décorer le tout… Alors si vous me revoyez dans le coin… c’est que je serais en train de changer la déco.

Bonne journée et à plus tard
La dragonne

 

 
par Sieglind publié dans : Donizetti
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Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

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