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Poulenc

Lundi 23 juin 2008 1 23 /06 /2008 11:48
Bonjour !

Allez, avant que le temps (ou la flemme) ne me saute encore sur le râble pour faire avorter toute tentative de rendre ma journée  productive, collons-nous à la suite des "Révolutionnaires au Couvent"*, ça sera déjà ça de pris et le ciel étant d'un bleu on ne peut plus attractif, je pressens quelques séances de prises de sirop de la rue de ma part (peut être même une p'tite pause piscinesque avec prise de soleil** on zou verra beune comme mémé disait). Allez... respirez un bon coup, c'est le tournant du virage... après on passera à un autre registre lyrique, promis ! Comme précédemment, je gagne du temps en ne me servant que tu synopsis, désolée pour les adeptes du livret pur-jus...



LE DIALOGUE DES CARMELITES - Acte III -

Le lieu :
Au premier tableau,  le chapelle, totalement saccagée, les bans cul par dessus tête... des emballages de hamburgers et des cannettes de boisson marronnasse à bulles dans tous les coins.; les d'jeun's de l'époque ont encore joué les sauvageons, les murs sont passés d'une pureté pétrique (de petra, pierre, cherchez pas... ça n'existe pas) et virginale au résultat d'une expression rageuse de  tagueurs énervés (comme celui ayant des comptes à rendre avec  un certain Momo dont les préférences sexuelles sont évoquées depuis qu'il a mis la pogne sur la copine de l'artiste bombesquement équipé)   'Tention, j'adore les graffitis urbains, ça n'a rien à voir, c'est juste pour l'ambiance picturale décalée que j'évoque ça hein ?! Enfin tout est sans dessus dessous et cela prouve que la vieille prieure agonisante n'a pas que déliré quand elle nous a fait son cirque à l'acte précédent. Fin du tableau se passant dans une rue à l'extérieur du couvent (soit on fait pivoter tout le décor, soit un nous fait le coup du mur coupé net avec de l'autre côté un bout de ruelle en carton pâte... ça a fait ses preuve)

Au second tableau, changement complet de lieu, plus du tout dans le couvent de Compiègne, et jusqu'à la fin, on se retrouve dans la bibliothèque du Marquis de la Force, vue au premier acte ;  un metteur en espace dingue a "un peu" modifié l'ambiance du lieu... ou les Turcs ont passé là, tout n'étant plus que ruines et deuil comme l'île des vins de Totor Hugo 

Puis au cours de ce tableau, on traverse une rue près de la Bastille (aisé tiens, pour les décorateurs... à moins de prévoir un tapis roulant avec décors en trompe-l'œil se déroulant en arrière plan) On pige mieux le désir de faire dans le minimalisme de certains metteurs en scène, quand on voit tous ces changements successifs de tableaux, les pauvres accessoiristes et machinistes devaient en avoir plein les bottes après une représentation de cet opéra "à l'époque" !

Au troisième tableau, direction la tôle ! A la Conciergerie (sans passer par la case départ et le bonus monopolytesque) Là, laissez vos souvenirs dumasiens ou charrieristes*** vous guider pour votre propre décoration des lieux... les murs couverts de messages gravés ou des fameux bâtons alignés pour figurer les jours d'entôlement; c'est classique, mais ça fonctionne toujours pour évoquer une cellule. Rechangement de lieu en fin de tableau, pour se retrouver encore à la rue (celle près de la Bastille) histoire de reprendre un peu de souffle après notre crise de claustrophobie à la Conciergerie certainement.

Quatrième tableau, Place de la Révolution (précision historique donnée par l'auteur, le dix sept juillet 1794), vu les festivités de cette époque, décorer d'une invention rutilante****  de notre  toubib Joseph Ignace Guillotin préféré me semble de bon aloi. Il a testé personnellement son invention, comme tout bon chercheur, mais ce fut son seul et dernier essai, il  aurait dû inventer le coupe-ongle, c'était moins définitif pour sa carrière d'
inventeur.    Pour les reste du décor, pas d'importance..; à mon avis, l'attention se porte automatiquement sur la "cravate à Capet" vous pouvez même gribouiller des bicoques niveau petite section de maternelle, ça n'aura pas de grande conséquence à mon avis (à moins qu'on ne vienne juste que pour les meubles quand on va au théâtre...) certains peuvent même y voir la régression mentale d'une populace vénère.

Les personnages :

- Mère Marie, celle qui aurait dû porter la voilette de prieure mais que reste une éminence grise à vie (qu'elle se rassure, ça ne va pas durer... sa vie évidemment)
- Mère Jeanne et soeur Mathilde, des copines de classe. Vous dire qu'il est important de retenir qui elles sont et qu'elle est leur fonction ne me paraît pas essentiel, mais un couvent avec trois pelées et un tondu, ça n'était pas crédible, il a fallu meubler (enfin c'est ce que je pense... et la seule excuse que j'ai pour mon attitude c'est que je n'ai pas eu la curiosité d'aller voir du côté de la pièce pour vérifier ça, je sais, ça manque de rigueur historique tout ça...)
- Soeur Constance, celle qui s'esbaudissait précédemment sur un fer à repasser retrouvé et l'idée de passer l'arme à gauche jeune, gentille la gamine... gentille.
- Blanche de la Pétochardière... l'héroïne (de la Force me paraît un tantinet usurpé quand on voit son attitude)
- L'aumônier, le berger de tout ce troupeau de brebis en panique.
- la Prieure (tout de même, faut qu'elle montre son nez la chef de classe, même si c'est à la fin du premier tableau)
- Un officier, un geôlier,  (pour étoffer la partie "mâle" du livret, toutes ces donzelles ça fait un peu trop "cœur des vierges")
- Une représentation  bavante et hirsute de populace hyper-active... comme il se doit lors d'une exécution capitale (rappelez-vous l'anecdote de l'époque concernant des spectateurs trempant leur mouchoirs  dans les éclaboussures du rasoir national, histoire de garder un souvenir, certains allaient même jusqu'à parler de morceaux de pain... là, on frise le grand Guignol avec son évocation de Nosferatu, mais la sauvagerie d'une foule galvanisée par le désir de ficher à bas un régime qui lui a pesé sur le râble un peu trop longtemps n'est pas quantifiable, on a vu pire, bien pire, et on le voit encore !)

Premier tableau donc, une chapelle totalement ravagée, Les religieuses errent au milieu des gravats, un peu paumées, (c'est rien de le dire), l'aumônier déambule en civil, ses fringues ayant connu des jours meilleurs, une manche en lambeaux et les groles pleines de boue,  alors que sœur Marie, prenant sur elle, en l'absence de la nouvelle Prieure et  histoire de meubler les blancs de la conversation,  propose le jeu du "Si on faisait vœu de martyre" (fou comme on peut avoir l'ambiance plombée quand on constate qu'on nous a bousillé nos repères habituels, que ça soit décoratifs, géographiques ou  idéologiques... ça nous fait paumer notre convivialité).
Le succès de sa proposition est mitigé, Mère Jeanne est plus que tiédasse concernant  l'idée (vu que la Prieure, n'est pas là... elle se voit mal prendre une décision de son propre chef à mon avis, encore une indécise chronique, on en rencontre une foultitude dans la "vraie" vie aussi) mais propose un compromis : un vote secret avec unanimité sinon rien ça lui parait pas mal... L'aumônier sera là pour dépouiller les bulletins et éviter la fraude électorale.
Sœur Mathilde susurre qu'à son avis, il y aura une voix contre... Blanche de la Pétochardière, ça fait pas un pli !
Tout ce petit monde joue aux p'tits papiers et fiche ça en tas, on mélange bien le tout... et ne reste plus qu'à piocher.(en réalité, l'aumônier se poste derrière l'autel et demande aux nanas de venir lui susurrer leur choix à l'argouane, comme en confession)
Le type revient et annonce qu'en effet, une voix est contre ce martyre collectif, sans préciser qui, secret professionnel oblige ! La brave petite Constance, toujours prête à se mettre en quatre pour dépanner les copines, s'accuse d'être celle qui a fait capoter le vote mais qu'elle a bien réfléchi et accepte de rentrer dans le rang.
L'aumônier demande à ce qu'on confirme ça sinon par écrit, du moins par une promesse solennelle (style croix de bois, croix de fer) et les filles repartent pour un tour derrière l'autel... Sauf qu'au moment d'y aller avec sa copine Constance, Blanche prend ses jambes à son coup et se carapate hors de la pièce.

Interlude numéro un : une rue à l'extérieur du couvent. La prieure (enfin là !) signale, après quelques petits mots échangés avec un officier, que ça serait sympa de prévenir le prêtre qu'il ne vienne pas dire la messe, ça risque d'être périlleux dans le contexte politico-religieux du moment. Sœur Marie lui répond que ça va faire tâche, rapport au vœu qu'elles viennent de formuler de se sacrifier pour leurs idées mais elle persiste, faut le prévenir de ne pas pointer son museau.

Au deuxième tableau, après un prélude, on retrouve Blanche planquée chez elle et en train de faire cuire une boîte de singe sur un butagaz au milieu de la bibliothèque paternelle.
Sœur Marie, qui joue les limiers, a écumé tout le secteur pour la retrouver et entre en trombe pour constater que la nana s'est plantée pensant trouver un minimum de sécurité dans un lieu autrefois calme et serein, mais qui a bien changé, (et pas que question décoration, le propriétaire des lieux, son géniteur, ayant été raccourci entre temps). Elle se retrouve en train de jouer les souillons pour les nouveaux occupants de l'hôtel, qui ont adoré Cendrillon et en rajoutent dans le rôle de la marâtre et des belles-sœurs tyranniques. Blanche chouine encore sur son sort "d'enfant innocente née pour connaitre cette peur que le monde méprise" (marre de chouiner, ça fait avancer la bécane ça tiens !)
Voyant qu'elle n'est pas trop à la fête dans ce foyer plus si doux que ça,  Sœur Marie lui donne une adresse "sure" où elle pourra se rendre. (pas rancunière la religieuse, une de ses filles lui fait faux bond et elle lui file un bon plan. en guise de pensum)
Quelqu'un des coulisses met fin à  ce tableau, en signalant que la liste des courses est prête, faudrait que Cenerentola se bouge un peu, la supérette va bientôt fermer.

Autre petit interlude entre les tableaux, avec prélude, dans une rue près de la Bastille. Blanche, l'adresse de sa supérieure à la pogne est en train de vérifier le numéro sur les boîtes aux lettres, quand elle entend qu'on vient de ficher au trou ses copines de chambrée... tout ça reste un interlude, le gros de l'armée arrive après, avec les troisième et quatrième tableaux.

Troisième tableau, la cellule à la Conciergerie
, le jour est en  train de se lever.   - Un conseil, si vous pouvez vous procurer le livret, ou la pièce de Bernanos, allez-y, avec mon résumé plus que succinct, je vous sucre pas mal de bons moments littéraires (et musicaux) encore heureux qu'il y ait les extraits trouvés sur le net ! -
La Prieure est en train d'essayer de redonner le moral à ses filles (petites blagounettes... ou pas...), et comme elle était absente pour le jeu de la scène précédente, elle confirme qu'elle aussi aimerait bien être martyre, par solidarité certainement...(et elle n'a pas grand chose d'autre à faire en ce moment alors... de plus, m'étonnerait fort que si elle s'inscrit à l'agence pour l'emploi de l'époque, elle retrouve automatiquement du boulot, c'était un peu "périmé" sa qualification)
Toujours sur son nuage rose, Constance est persuadée que Blanche va arriver telle Zorro au dernier moment... ça fait bien rire ses copines, une flipette comme ça, jouer les Xmen... faut pas rêver !
Le geôlier entre pour leur lire le résultat des courses... enfin, le compte-rendu de leur procès.  En gros c'est pas folichon... elles sont toutes accusées de "sédition" (ça se traite pas avec un déodorant, comme je le pensais avant, je croyais que c'était un synonyme de sudation... c'qu'on peut se  mettre en tête quand on est môme !) et étant donné  ce "crime" monstrueux contre le Peuple il n'y a qu'un remède préconisé (par le sieur Guillotin, évidemment, vu qu'il est médecin)... elles vont toutes être raccourcies d'une tête !
La Prieure redit à ses filles d'encaisser sereinement  le coup ( "solennellement dans l'obéissance, une dernière fois et une fois pour toutes", dommage que je n'étais pas là à l'époque de la création, j'aurai encore fait des vagues en faisant un jeu de mot sur "fois" et "foi", parce que "dernière foi" et "foi pour toutes" je trouve que ça sonne plutôt à propos non ? Même avec "foie" ça pourrait fonctionner...) Elle leur donne en bonus sa "maternelle bénédiction" (ça leur fait une belle gambette, mine de rien... m'enfin... c'est l'intention qui compte)

Troisième interlude, dans la rue . (toujours le mur coupé ou le décor tournant, maître-mot... amortir les décors !) L'aumônier tombe sur Mère Marie au retour de ses investigations et lui annonce le verdict du procès... Elle ne  tortille pas cent sept ans autour du pot et décide de rejoindre ses copines, le type l'arrête par un placage digne du Stade Toulousain en lui disant que ça ne va pas faire avancer le schmiltruc et que "c'est à Dieu qu'elle doit répondre de son vœu, pas à ses compagnes"

Quatrième et dernier tableau (ouf !!!)  la place de la Révolution. La foule donne de la voix tandis que les religieuses  descendent du panier à salade (la charrette, ça manque d'amortisseurs et les roues cerclées sur la scène en bois, comme numéro de claquettes, il y a plus mélodieux, viser Astaire, Kelly et consorts)
Pour se donner du cœur au bide, elles chantonnent le Salve Regina.

Petit aparté, cette scène est superbe ! voir la mélodie étoffée au début de plusieurs voix se réduire à une seule au fur et à mesure de la  montée à l'échafaud est grandiose... ça vous prend aux tripes... j'vous dis pas (enfin si, justement j'vous  le dis)

La seule  voix restante est celle de la jeune Constance, toujours persuadée que sa siamoise va apparaître au détour d'un sans-culotte (pourquoi pas.. s'il est ventripotent). Elle n'a pas dit que des niaiseries la gamine, puisque justement, un mouvement se fait dans la foule et qu'apparaît Blanche, le  voile un peu de traviole après sa lutte contre le courant humain et qui la rejoint alors que la  foule se demande bien ce que cette fille "en civil" peut bien avoir au fond du ciboulot pour vouloir se ficher en l'air. avec une bande de pingouines mises au ban de la société..
La fille a fait un travail sur elle concluant, puisqu'elle entonne les quatre derniers vers du Veni Creator, calmement, bravement, sans une once de trouille dans la voix,  avant qu'on ne lui coupe définitivement le sifflet.

Fin de l'œuvre... Vous dire comment on en ressort, c'est à vous de voir.. Nonobstant le sujet un peu ardu, la musique se suffit et on peut y trouver des moments d'une force étonnante... j'ai été bluffée, même si je l'avoue,  l'opéra n'a pas eu toute mon attention "recueillie", mais je vais être franche, chaque œuvre que  j'écoute, ne monopolise pas cent pour cent de mon attention, il y a toujours des petits moments de décrochement, ne serait-ce  que pour les récitatifs, même chez les plus grands.(le jusqu'au-boutisme  musical, je n'adhère pas spécialement non plus... il y a du sublime et du moins bon chez tout le monde, dresser un culte à un auteur, à un musicien et en perdre son sens critique... très moyen comme attitude, savoir garder la mesure - sans ou avec jeu de mot - c'est une bonne consigne qu'un prof m'avait donné un jour)

Après ce pavé, je vous laisse encore digérer quelques jours, qui vont peut-être me permettre de rattraper  mon retard dans mes lectures chez vous... je dis bien "peut-être"... Bonne continuation, et à plus la troupe !

la dragonne

* Pour paraphraser Les Mousquetaires au Couvent
,  la co-production Cantin - Prével - Ferrier (ben vi,, c'est tout de même une idée à l'origine du directeur des Bouffes-Parisiens, donc, il peut figurer "au générique" si je puis m'exprimer ainsi...)

** Même si je ne suis pas une pro de la prise de couleur estivale, après m'être beurdoirée d'écran quasi total comme un nordique s'oint de graisse de phoque (mais pas pour les même raisons climatiques), en controlant que c'est bien le bon truc évidemment
...    je pourrais tenir en fin d'après-midi... une grosse demi-heure (vi, z'êtes confrontés à une des rares dragonnes qui a un problème avec la chaleur, si vous rajoutez qu'elle ne bouffe pas de viande, l'imagerie héroïco-fantaisiste en prend un coup hein ?)... Tiens à propos d'oindre... le verbe... encore heureux qu'il tombe en désuétude... vous avez vu sa conjugaison ?! Nan mais...j'vous jure... dire "avant de prendre un coup de soleil intempestif sur la basse partie de notre dos, nous nous oignons les miches d'indice quarante-douze" ça me fait sourire, vu que l'oignon était justement le mot utilisé par ma mémé pour nommer le valseur

*** le Comte de Monte Cristo et Papillon me sont venus en tête, mais vous pouvez cibler "la Grande Evasion", moto comprise, j'aime bien ce film... mieux... on la joue Renoir avec la Grande Illusion... ça, c'est de la référence ciné (il m'a bien marqué celui-là, faut dire que Von Stroheim et sa minerve c'est quelque chose... et son phrasé au teuton roulant des r... ça change des "Pétiiii zoisssô kassouillent dans les pranches" tonitrué qu'on a tendance à évoquer quand on pense à la langue de Goethe)

****(à cause du raisinet, rutilant faisant allusion à la couleur et non au fait d'étinceller de mille feux si vous vérifiez ;  je sais, je fais dans le gore, mais ça s'appelait la Terreur cette période festive non ?)

- Publié dans : Poulenc
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Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /2008 11:49
Bonjour !

Allez, tant que j'ai de  l'énergie (et du carburant sous forme de liquide noir caféïné),  autant m'y mettre et vous narrer la suite de l'opéra de Poulenc, ça sera déjà ça de  pris sur l'ennemi*. Allez zou ! Je m'y colle ! Comme précédemment annoncé, je me sers cette fois-ci de l'argument et non du livret, on va gagner en longueur.

A signaler, l'extrait trouvé est en anglais et concerne l'acte en entier, accrochez vous, vous en prenez pour près de quarante-six minutes  !   A vos vitamines !



LE DIALOGUE DES CARMELITES - Acte II -

Le lieu :

Premier tableau : Chapelle où la prieure qui nous a pété une durite pour son agonie est exposée dans son cercueil de verre. Ne manquent que les sept nonnes, un révolutionnaire défroqué (de circonstance vu les opinions plus que mitigées quant au sort de la religion et de ses pratiquants dans ces temps troublés) dans le rôle du prince charmant "encanassonné"**  et on a une version de Blanche-(de la Force)- Neige sous la plume trempée dans l'herbe qui rigole d'un Betelheim fumeur de moquette (enfin s'il fumait la moquette et se roulait des maïs à la jaja, évidemment). Quelques arcades voûtées gothico-romaneuses (ou l'inverse), une croix  sur laquelle une représentation du Christ  auréolé d'une lumière crue s'y fixe (je sais, fallait oser, j'ai fait, désolée !), enfin tout pour rappeler un lieu de prière simple et sans fioritures (éviter la représentation de l'église de Lourdes ou de la  cathédrale de Reims, on perd en intimité)

Interlude n° 1
Le petit train qui berçait notre enfance à la télévision  si vous vous souvenez) ou  le jardin du carmel. Je vous laisse le choix de laisser vagabonder votre fantaisie horticole, un jardin "zen" me semble de mauvais aloi par contre, surtout si vous installez un bouddha dodu et rigolard dans sa niche, ne sont acceptées que les représentations "lourdines", "fatimasiennes" ou "Renne-le-châteaudiennes" à la rigueur (Lourdes, Fatima et le faux Lourdes de notre cher Abbé Saunière)

Deuxième tableau
: Salle du Chapitre  Un peu comme une salle laïque de conférence  ou à un hall de réception (éviter là aussi les petits fours et le truc qui pétille et monte au ciboulot, pas le genre de la  maison)

Interlude n° 2
,  La solution du rébus ferroviaire ou une pièce "anonyme" (sic) dans le couvent (je penche pour le sas de décontamination, vu que c'est là qu'on "reçoit" ceux qui viennent du dehors.

Troisième tableau
: Le parloir, dernier salon où l'on cause... mais un chouillas moins agréable que votre  salon de thé préféré (pour les buveurs de mousse, remplacer par un pub ou une taverne "baveuseroise")
Les Hygiaphones en grilles de bois ça atténue sensiblement l'instinct de se lâcher verbalement, enfin dans mon cas (rappelez-vous aussi pour ceux qui ont pratiqué ces bonnes vieilles séances de confessionnal)

Quatrième tableau
: La sacristie     "dressing-room religieux" si vous préférez, on y entrepose tout ce qui va servir pour l'office, les tenues, les objets de culte, le vin de messe, dans un placard à digicode  on connaît la réputation des sacristains (sacristines en l'occurrence) et avec la somme de trucs qu'elles encaissent, mieux vaut prévenir que guérir. Si ça vous chante, vous pouvez même imaginer un coffre suisse avec ouverture à emprunte vocale, "iridienne" ou digitale, ça fera plus film d'action

les personnages
:
- Blanche de la Force (névrosée mais gentille quand on ne l'énerve pas)
- Constance, la gaie luronne de la bande
- Marie, l'ex-bras droit de feue la prieure
- Madame Lidoine, la nouvelle prieure (dommage pour Marie, elle visait le strapontin)
- Le chevalier de la  Force, frangin de Blanche
- l'aumônier (anonyme, point n'est besoin d'un pseudo, c'est un mec dans un univers de nanas, un ET presque)
- deux commissaires façon révolution, pas Quai des Orfèvre, même si je vois bien Maigret ou Clouzeau*** se faufiler dans le costume (tiens au fait... jamais su qu'elle genre de pipe c'était son brûle-ballots**** à  Maigret, à vous de fouinez si vous dégotez la bonne  http://salon.fumeurs.pipe.free.fr/pageformespipes.php 
- des gardes armés jusqu'aux pré-molaires limées en pointe pour la circonstance et une "foule" (hurlante et déchainée, ça fait mieux face à ces pauvres zibelines tremblantes dans leurs spartiates), le genre de foule qui peut tenir sur un plateau de théâtre sans faire écrouler tout le bastringue, ne visez pas "trop grand", c'est pas du Cecil Blount DeMille !

Au premier tableau
, Blanche et sa copine la "Constante ébouriffée", (ou Blanche "la Bleue" et Constance "la Joyeuse", c'est comme vous voulez) sont en train de faire leur tour de garde pour la veillée funèbre de leur patronne décédée (je vous fais grâce du latin "culinaire" de circonstance, elles sont toutes à leurs dévotions, comme il est de bon ton).
On reconnait quelques versets du Requiem (j'ai pas tout paumé de mon Gaffiot, signe que mon "Julius Caesarien" me reste tout de même un peu en tête)
Comme il faut avouer qu'il y a mieux comme partie de plaisir, dès les premiers tintements de l'horloge de la pointeuse, Constance se dresse de son pliant, comme un diable surgit de son cube surprise pour aller chercher leurs remplaçantes. Je reconnais que la comparaison est hasardeuse, sinon douteuse, mais on parle bien des Diables de Louduns pourquoi pas ceux de Compiègne ? 
La "blanche pétocharde" de service se retrouve seule avec la gisante et commence à flipper sa race (elle a dû voir trop souvent la Nuit des Morts Vivants, elle a les jetons de servir  d'encas à une prieure zombifiée sans doute). Elle fait tellement de l'huile qu'elle tourne autour de la pièce ne se rappelant plus où est l'issue de secours et lorsqu'elle tombe enfin dessus, c'est pour se retrouver pif-à-pif avec soeur Marie venue aux nouvelles (plus très fraîches, cela va sans dire). Celle-ci, fait montre de gentillesse en la poussant simplement dehors (poussée légère, elle ne l'envoie pas valser à l'autre bout du corridor avec une prise à la Jet Lee tout de même !... Quoi que... après réfléxion...) en lui disant qu'au réveil, elle risque plutôt de dérouiller moralement que de raser les murs de honte devant sa trouille nocturne.

Après un  "noir" scénique, pour cause de
changement de décors, on a droit à une balade à l'air  libre (première scène "en extérieur" si je puis dire) dans le jardin du couvent. Blanche et Constance ( telles les deux inséparables dans les Oiseaux d'Hitchcock)  sont occupées à cueillir des pâquerettes pour décorer la tombe de la Prieure. Constance annonce qu'elle aimerait bien que ça soit Mère Marie qui reprenne le poste de la disparue, elle lui trouve la carrure idéale pour ça et continue en trouvant que, si ça se trouve, Dieu s'est gouré en faisant mourir l'ancienne prieure,  sinon elle n'aurait pas fait tout ce cirque, on sentait la nana qui n'était pas préparée au départ... il a dû se planter dans sa liste de courses, pas possible autrement.ou alors "on ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres"... Blanche est plutôt laconique lors de cet épisode horticole, elle doit digérer les propos de la veille au soir, certainement.(et donc se taper la honte de la décennie)

Re-noir scénique et ouverture sur le
deuxième tableau. La nouvelle Prieure, Madame Lidoine, s'adresse à "ses filles" réunies en cette circonstance dans la salle du Chapitre (aux cuisines ou dans les sanitaires, ça le ferait déjà moins du point  de vue cérémonie digne et émouvante).
N'ayant pas sur elle son tarot de Marseille, elle est infichue de leur dire ce que leur réserve l'avenir (une route pavée de lys et de roses me paraît plus qu'artistiquement floue, vu le contexte révolutionnaire) mais leur conseille d'éviter de se la péter martyres face aux taureaux furieux d'une arêne romaine (se la péter concurrent à Intervilles face aux vachettes à la rigueur, ça pourrait être rigolo... si le sujet l'était rigolo évidemment), " prier est un devoir, le martyre est une récompense" (sois mimi et tu auras de l'écartèlement, de la décollation ou du fauve en manque de protéines,  t'as le choix.  Merci qui ?! )
Mère Marie, reconduite dans ses fonctions de "dextre membritude supérieure" (bras droit), joue les ponctuations de traitement de texte en renouvelant ces conseils de prière comme devoir à accomplir en priorité. Répondant  au geste comme au sifflet, en bonnes fifilles, les nonnes s'agenouillent et entament un Ave Maria plein de ferveur (joli moment d'ailleurs, j'ai bien aimé) et ne quittent la scène (avec le noir scénique familier maintenant) qu'après un Amen final dévotement susurré.

Deuxième interlude
, dans le hall d'entrée (le sas de décontamination) on entend tambouriner à dégonder la lourde (tambourinage remplaçable par un index appuyé rageusement à la cyanolite sur un bouton de sonnette, mais ça vrille plus les nerfs sensibles) Le frangin de Blanche a un truc urgent à dire à celle-ci, vaudrait mieux lui ouvrir, il risque de faire une bavure sinon. La Prieure se fait un peu tirer "l'orteil" mais accepte tout de même, mais à la condition que Mère Marie soit témoin de l'entretien (quand je vous dis que ça sent son parloir de tôle moi !)

Prélude d'ouverture du
troisième tableau sur le parloir (hygiaphones, sœur Maton-Marie fait des rondes autour des deux strapontins occupés par le frère et la sœur).
Le Chevalier donne des nouvelles de la maisonnée et signale que leur paternel se fait "un peu" de mouron pour elle (il a juste entamé les deuxièmes phalanges de ses pognes, les ongles ne sont plus qu'un pâle souvenir parsemant tristement de leur "rogne" dépouille le tapis du salon Bleu*****  ). L'endroit lui parait peu sur, ça serait mieux s'il elle décarrait d'ici et ça incessamment sous peu.
Ses dires ont autant d'effet qu'un cautère sur une jambe de bois, la fille est du genre à lui répondre "parle à mon ... ma tête est malade", pas impliquée du tout dans la conversation. Elle lui répond qu'elle n'est plus "son petit lièvre" (déjà évoqué dans le premier acte cette anecdote familiale), même si elle a encore du mal à s'impliquer dans sa nouvelle non-vie (désolée, ça n'engage que moi je sais, mais l'état contemplatif est à cent coudées de mes aspirations) mais elle a bon  espoir d'y arriver et tout est bon pour oublier "le monde" et "ses doutes" (bien ça ! On évite de se mesurer à l'obstacle, donc, on continue de s'ignorer, si on écoute Saint Ex.  )
Comme le frangin voit que ça ou se soulager dans un Stradivarius c'est la même chose, il décide de tourner casaque et de regagner ses pénates  http://fr.wikipedia.org/wiki/Penates
Blanche le retient tout de même par les boutons de manchettes pour lui demander de respecter son choix (?!) et qu'elle s'apprête à lutter à sa manière pour la salut de chacun (facile d'appeler "lutte" un état d'inertie, quand je comatise, est-ce que je suis pugnace ?... Grande question !). Il sort, ne sachant si c'est du lard ou du cochon (tout comme moi du reste...)
Mère Marie se pointe plus près et Blanche avoue qu'elle a refusé de se faire aider par son frère par pur orgueil ;  trop la honte d'engendrer la pitié, même fraternelle ! Son aînée lui conseille de réviser son jugement et de tenter d'améliorer  la situation en dépassant cet orgueil qui fait tâche sur son aube monacale.

Changement de tableau
, on aborde le quatrième et dernier de cet acte par un prélude (autant il a été chiche en ouverture, autant ¨Poulenc se rattrape à quasiment chaque scène de son oeuvre)
On se retrouve à la Sacristie bien surpeuplée à la fin de l'acte (quand on voit les dimensions de certaines sacristies, pas du beurre mou d'y faire tenir tout ce monde !). L'aumônier annonce à ses ouailles qu'il vient d'être relevé de ses fonctions et proscrit par la même occasion. Pour fêter l'évènement et comme il manque de Champomy,  il invite les carmélites à entamer l'Ave verum corpus (très chouette comme évoqué dans un précédent billet)
Blanche flippe qu'il ne se fasse tuer, mais il lui explique qu'il a prévu de se déguiser (en quoi ? Spiderman... The Shadow... l'encagoulé de Scream ?... ). Constance pousse  sa gouallante en demandant ce qu'ont les  Français  à part de la  flotte dans les veines pour laisser leurs représentants du culte se faire passer à tabac. La prieure lui rétorque que "quand les prêtres manquent, les martyres abondent' de sorte que l'équilibre est rétabli (l'état de grâce est évoqué)
Mère Marie se demande si elle  a l'habitude de changer d'idée comme de  string, parce que mine de rien, dans la scène précédente, c'est bien Madame Lidoine qui a préconisé de ne pas  s'instaurer martyre de son propre chef, faudrait savoir... Elles seront les "sacrifiées" à la bonne cause... ou non ?! La Prieure lui répond que "ce n'est pas à elles de décider" (fatum, volonté  divine, folie populacière, tout est bon du moment qu'elles n'aient pas leur libre arbitre dans l'histoire on dirait)
L'aumônier qui était sorti entre temps, revient pour prévenir que la foule aborde le dernier virage avant de se cogner à la lourde du Carmel, ce qui a pour effet immédiat de regrouper toutes les nanas, façon troupeau de brebis sacrificielles à l'autre bout de la pièce, le plus loin possible des bruits peu engageants qu'on entend derrière la cloison qui les sépare des fous furieux. Toutes sauf Mère Marie, c'est une dure à cuire celle-là !

Cette dernière prend sur elle de demander à ce qu'on ouvre la porte, obéissant aux injonctions de la populace vénère (elle a surtout peur qu'ils ne déglinguent tout si  on n'accède pas de suite à leur "vive" demande, sont  capables de tout péter  ces enragés !)
Les gardes ont toutes les peines du monde à retenir la masse populaire (conseil au metteur en espace : en mettant une  dizaine de pékins alignés et gesticulant dans tous les sens très vite, on peut faire la farce sur scène, faut juste qu'ils bougent beaucoup et très vite pour faire penser qu'ils sont plus nombreux). Un des commissaires s'avance et lit de décret proscrivant les ordres religieux et ordonnant la saisie de leurs biens (par ici les picaillons ! Un certain Philippe le-Pas-Moche a fait ça avec les Templiers aussi)
Mère Marie (encore elle, la Prieure est pâlichonne à côté question maîtrise de la situation on dirait) demande qu'on donne du rab de temps pour qu'elle réussisse à trouver des costards civiles à ses copines, vu le que la bure longue n'est plus de mise et a une fâcheuse tendance à attirer l'ire populaire (quand  t'es plus à la mode, t'as la loose coco !). Elle en profite pour taper la causette avec l'autre commissaire, pas trop vache, et  parler de la flexibilité des terminaisons vertébrales bovines, des uniformes (?!) et si c'est tendance d'être martyre ou non. Le type lui dit qu'il s'arrangera pour qu'elles soient évacuées sans problème, lui et ses potes y veilleront, mais qu'elle a plutôt intérêt à se méfier d'un des types qui va rester pour décrocher tout les symboles de l'ordre religieux de la place, c'est un "vendu à Moscou" un bavard qu'on aura du mal à faire  taire  s'il entend (ou voit) quelque chose  qui choque sa "foi" révolutionnaire (partisan de la dernière heure, comme certains résistants du même nom à une autre époque, il y en a toujours eu, il y en aura toujours)
Mère Marie, histoire de consoler Blanche en train de quasiment faire sous elle, lui file une statuette de l'Enfant-Jésus, discrètement, comme elle est minuscule, avec un peu de bol, ce symbole religieux passera à l'as, lors de la fouille.
En plus d'être pétocharde, la nana est affligée de deux mains gauches, elle laisse tomber l'objet qui se pète en miettes en touchant les dalles marmoréennes, mauvais présage pour la suite ça !!!

Le tableau se termine ainsi que l'acte sur les filles du Carmel en délicate posture (le pif au sol en train de chercher tous les morceaux de la statuette, le tube de colle forte à la mimine) et une foule chantant à tue-tête un "Ah, ça ira" sauvage et le poing levé, je ne voudrais pas jouer les sinistres oiseaux******, mais ça ne présage rien de bien folichon.

On verra plus tard, pour l'instant, je vous laisse pour continuer quelques taches ménagères nécessaires (si ce n'est agréables à mon élévation spirituelle, mais ne parlons pas de martyre ancillaire, je n'ai point de vocation de sacrifice à ce  point là !)

Bonne journée et à plus tard.


La dragonne

* Pas beaucoup de rapport avec la semoule, mais la formule était employée à toutes les sauces dans la famille, je ne vais pas déroger à la tradition. Quoique, après blette réflexion, l'ennemi est un sacré adversaire en ce moment.


** de canasson si vous  cherchez la racine, à cheval si vous préférez rester dans les rails du dico politiquement correct

*** de la  série  la Panthère Rose (ah... la musique de Mancini...)


**** Ballots, lèvres en Charentais

***** Il y a toujours un salon Bleu dans les châteaux non ?


****** Oiseaux de mauvaise augure, de mauvaise prédiction, ceux qui passaient à la gauche des devins et pythies antiques (d'où le mot "sinistre" issu du senestre médiéval, lui même découlant du sinister latin)

- Publié dans : Poulenc
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Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /2008 10:56
Bonjour tout le monde

Comme promis, je me dois de retourner sinon au Carmel* du moins à ses occupantes (ou futures occupantes, vu la démarche thérapeutico-religieuse de l'héroïne). L'intrigue étant fort peu "dense" au début de l'oeuvre (inutile de chercher un galant dans un placard à balai ou sautant par le balcon" pélargoniumniquement" garni, les sœurs tourières veillent !) je vais faire concis et me servir du synopsis plutôt que du livret, nous y gagnerons en longueur tous autant que nous sommes et cela permettra de finir (peut-être) l'acte au bout de cet article**.
Allez, plus vite on y retourne, plus vite on s'en remet (là, ça fait vraiment la nana motivée, pas à dire !)

LE DIALOGUE DES CARMELITES - Acte I suite -

Le  lieu :
Le parloir du Carmel de Compiègnes au second tableau. Oubliez tout de suite une déco à la "dernier salon où l'on cause", on fait dans le minimalisme là aussi. Deux pliants de part et d'autre d'une grille (version antique de l'Hygiaphone certainement).

Troisième tableau : l'intérieur de la tour qui doit servir de garde-manger, étant donné que les nanas y sont  en train de ranger les sacs de "musiciens" (haricots blancs) et les boîtes de "singe( corned beef)
Au quatrième tableau;: une cellule*** de l'infirmerie avec son lit à barreaux, les potences à glucoses, la feuille de soin et tout le bastringue, mais sans le bel interne façon Urgences, désolée les copines (à la  rigueur un vieil aumonier pourrait croiser aux alentours, toutes voiles dehors, mais vaut mieux pas, c'est pas bon signe pour faire remonter de la courbe de température des occupantes du lieu), parce qu'il faut être réaliste, à part un certain Javelinot, médecin attitré de la place, vieux croûton bien rassis, ce n'est pas le tendron qui fourmille dans la place !

Les personnages :
- La prieure, Madame de Croissy, qui a dû connaître des jours meilleurs, elle ne paraît pas au mieux de sa forme la pauv'dame.
- Blanche, l'agoraphobe de service
- Constance de saint Denis, une "gamine" dans ce lieu, on se demande ce qu'elle a bien dû faire comme bêtise pour se retrouver là, couvrir de graffitis à la bombe la façade de l'hôtel particulier de pôpa et môman sans doute, ou émettre des bruits interstinaux incongrus en plein repas officiel... allez savoir...
- Une sœur tourière (lyriquement muette, le casting est ouvert à toutes, du moment qu'elles sachent faire une figure longue d'ici à demain et portent bien le costard, si ça vous intéresse...)
- Mère Marie, bras droit de la prieure, zélatrice confirmée (surtout qu'elle vise le strapontin de sa patronne qui n'en a plus pour bézef de temps, il faut le reconnaitre)
- Monsieur Javelinot (une flèche !) médecin attaché au Carmel
- Sœur Anne de la Croix, dont le seul rôle est de manquer de virer dans  les choux quand sa prieure commence à voir des éléphants roses lors de son agonie

Comme dit précédemment, il semble que l'auteur ait pensé que l'opéra commençait vraiment à ce moment et c'est donc là qu'on a droit au premier prélude. Alors que le rideau se lève, la Prieure est en train de s'escrimer pour avancer son siège de la grille qui la sépare de l'héroïne (avec son bol, si ça se trouve, il est vissé au sol pour éviter qu'on ne l'utilise pour péter la séparation et se faire la belle)
"Tu m'excuses minette, mais j'suis obligée de me trimbaler le pliant à chaque fois que je crapahute, c'est pas pour faire "style" mais j'ai du mal à bouger ma carcasse ces derniers temps
- Ma foi Mémé, tu prends plutôt ça bien, chapeau ! J'aurai du mal à ne pas chouiner dans le même cas !
- Moui  si tu le dis... mais autant c'est fastoche d'oublier tout le tremblement autour, autant s'ignorer soi-même n'est pas du beurre mou, j'te le garantie ! Mais qu'est-ce qui t'amène dans les parages la belle ?
- J'ai vu de la lumière... nan j'rigole ! J'suis assez branchée sur l'idée "d'héroïsme" de votre manière de vivre, il en faut pour tenir ici non ?
- Te fais pas avoir par le papier cadeau, t'as une image d'Epinal des locaux, mais tu vas t'apercevoir qu'y baguenauder c'est une autre histoire ! T'imagines surtout pas qu'on y teste sa force d'âme, ça serait plutôt le contraire si on y pense et ne comptes pas qu'on s'attendrisse sur son sort ici, c'est pas la politique de la baraque !
- M'en tamponne ! - répond Blanche en chouinant - du moment que j'sois à l'abri !"

La tirade de la zibeline énerve la Prieure plutôt qu'elle ne l'attendrit, elle doit sentir que c'est la lâcheté de la gamine qui l'a poussée à entrer dans les ordres et non pas une poussée de fièvre religieuse. Blanche lui propose son nouveau blaze de clan : Sœur Blanche de l'Agonie du Christ". Et ça, ça la secoue un peu mais elle la bénit tout de même, ce qui équivaut à une signature en bas de contrat d'embauche, ne reste plus qu'à passer prendre son paquetage à l'intendance.

Troisième tableau au son d'un prélude plus léger, le comptage des fayots pour la cantoche ! (je sais c'est réducteur). Là, on mesure la vie trépidante des ces nanas,  rien qu'à l'évocation d'un fer à repasser

Cette nana, on se demande ce qu'elle fiche dans la place, elle détonne "légèrement" dans le décor ambiant, elle blagasse, rigole, sautille partout en racontant la fiesta pour les noces de son frangin alors que Blanche, plus catho que le pape et tirant une trombine de deux lieues lui plombe le moral en lui disant qu'elle manque un peu de retenue?.Ce qui la mine, c'est que la môme, sous son pif qui goutte encore du lait a une attitude plus saine qu'elle face à la mort. Elle a eu une vie courte mais joyeuse, pourquoi la mort serait elle différente ? (ça, faut le  faire tout de même!) et en plus, Constance "sent" qu'elle est faite pour passer l'arme à gauche jeune et "sait" qu'elles mourront ensembles. Pour une belette qui a peur de son ombre, l'évocation de la mort prochaine n'est pas des plus folichonnes et elle rétorque que c'est bien là  paroles de nana "stupide et orgueilleuse".

La gamine baisse le nez sous la semonce et le tableau se termine ainsi. Ah... elle peut être fière d'elle la Blanche de L'Agonie christique ! Réussir à pourrir le moral d'une môme, grand ça, édifiant !

Quatrième et dernier tableau de l'acte, on se retrouve à l'infirmerie où Mère Marie est en train de tenir la main de la Prieure qui n'en a plus pour longtemps. Bon, je vous dirais que j'aime bien cette scène, la musique m'a bien parlée (troisième écoute depuis ce matin, ça veut tout dire !)
" J'dois dire Marie qu'avec tout le temps que j'ai passé à penser à la mort, j'en ai un peu perdu de vue le "Patron". J'ai du mal à le distinguer en ce moment, Il est un peu flou.... Tiens, au fait... tu sais que le pseudo de la nouvelle, c'est celui que j'avais choisi quand je suis entrée ici ? (on capte mieux qu'elle ait été secouée quand Blanche lui a annoncé son choix).tu piges du coup que ça soit ma chouchoute, des "de l'Agonie du Christ" y en a pas des tombereaux dans la place, ça rapproche !"
Justement, quand on parle de la louloute...Blanche arrive, le tire-jus à la pogne, toute tourneboulée par ce départ imminent. La Prieure lui fait ses dernières recommandations : rester simple mais ne pas se sous-estimer, tout en lui donnant sa bénédiction. La minette ressort pour quelques instants, elle craque, ça va faire désordre sur la scène.

Le médecin montrant son blair, la Prieure en profite pour lui demander du rabiot de médoc, elle a besoin d'être zen pour causer à "ses filles" avant de se mettre en apnée définitive. Il lui répond que c'est "d'la bonne" et qu'elle risquerait un mauvais trip, ça la  secouerait trop. La Mère Marie-tape-dur (une coriace, ça s'entend à son discours) lui conseille plutôt de se "tourner vers Dieu" et pas vers les copines, c'est pas de ce côté qu'elle aura un coup de main pour l'aider à faire ses pacsons (bagages).

Là où l'on voit que l'agonisante est bien secouée c'est qu'elle rétorque qu'elle le fera s'il pense d'abord à elle, donnant-donnant ! Elle commence à tourner le bouton de l'ampli un peu fort en gouallant et "La Marie" qui a la trouille qu'elle fiche les miquettes et le doute aux pensionnaires, préfère fermer les fenêtres pour étouffer ses élans vocaux.
La Prieure, dans un dernier sursaut "déliratoire" visualise la chapelle totalement chamboulée et désertée.
Blanche revient pour capter la dernière émission locale, un "mort, j'ai le j'tons de la mort !" des plus réconfortants pour une nana déjà pas très stable.

Tout s'achève avec le dernier souffle "prieuresque", enfin "tout", l'acte premier de l'œuvre, faut pas  rêver ! Les malheurs  de Sophie au Carmel ne font que commencer évidemment. Entre parenthèse, j'aime bien aussi la prière "ora pro nobis" du deuxième acte, mais  c'est une autre histoire, réservée à la prochaine narration de ce Dialogue à la Poulenc.

Sur ce, je vous laisse, tâche de lire quelques billets chez les potes et file me faire tirer le portrait à fin d'obtention de la carte obligatoire à l'inscription au club sportif. Je mettrais donc un peu de temps à tous vous lire, mais ne vous inquiétez pas, j'y arriverai un jour... j'y arriverai...

Bon début de semaine.

La dragonne


* ceux qui commencent à me connaître savent qu'il y a plus de chance d'y trouver un chachlik mercerisé à poil long  en quête de spiritualité qu'une dragonne gesticulante au vocabulaire fleuri, je risquerai fort de heurter la sensibilité des copines de cellule (vous remarquerez d'ailleurs qu'on parle de "cellule" en ce qui concerne leur carrée, ça veut tout dire !)

** Bon, je dois avouer que j'ai vraiment du mal avec le contexte de cette aventure carmélitesque, je crois que je n'ai pas encore "réglé" certains trucs de mon éducation, ça doit parasiter et le côté "dépouillé" qu'évoque BMC dans son commentaire me pèse un peu dans celui-ci, pourtant j'aime ce genre de traitement,  la preuve, j'écoute sans déplaisir Le Château de Barbe-Bleue de Bartok et il y a moins de monde sur scène pourtant. Ou alors, mon argouane est prévue pour les motifs wagnériens ou les airs de bravoure verdiens, allez savoir, faut que je la déconditionne, ça ne se fait pas en crachant dessus, (balèze d'ailleurs si on y arrive !), il y a du  boulot d'écoute en perspective (je vais cumuler les exercices musculaires avec le groupe de six dans l'oreillette, m'est avis que ça va faire jaser dans la salle de gym, mais un peu plus ou un peu moins... j'ai l'habitude) 

*** Bon, inutile de dire que je dois me prendre de plein fouet l'allusion à la réclusion "pénale" à chaque fois que je lis et écoute cette œuvre. "Cellules"... "parloir"... "grille"... une sorte de Prison Break lyrique me saute au pif plutôt qu'une allusion à une retraite spirituelle, et  je parie que les "détenues" n'ont même pas de salle de remise en forme comme dans les prisons qu'on voit sur la pellicule.(je sais... là aussi, je tourne un peu en boucle depuis que je me suis mise en tête de me reconstituer un capital musculaire digne de ce nom, ça va remplacer ma fixette sur Oblivion, s'pas Adü ?) Quant à dire que c'est la marade à tous les étages, ça m'étonnerait un tantinet, elles sont plutôt du genre à rigoler quand il leur tombe un œil, les pingouines, décidément pas pour ma pomme ce genre de club Med.

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