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Mercredi 7 septembre 2005

Bonjour !

Alors, vous voyez que ça peut brasser pas mal d’air (avec jeu de mots, cette fois) dans les opéras ? On a quitté hier un beau monde, bien agité, bien énervé, à deux doigts de se taper dessus (limite règlement de compte ou duel à l’arme blanche) et si un aumônier ne s’était pas interposé l’opéra aurait dû cesser, comme le combat, faute de combattants..
On va terminer la narration de l’opéra Lucia di Lammermoor, par le troisième et dernier acte et, j’vous préviens… ça s’arrange pas des masses !

Le lieu : la salle du château de Ravenswood, comme déjà, décrite : armures en fer-blanc, batterie de cuisine au mur, blason de la famille (corbac sur champ de p’tit bois), puis au changement de scène, la crypte (un truc style cave à vin mais pour les ancêtres, alors caveaux et gisants un peu partout, torches parcimonieusement disposées – trop de lumière c’est moins lugubre !

Les personnages : le chœur des invités et intimes déjà cité, Raimondo (toujours aumônier), Lucia (l’épousée à « l’insu de son plein gré »), Normanno (éminence grise et bras droit de Enrico, le frangin aux fins de mois difficiles, Edgardo (l’amoureux frustré) Enrico. Normanno et Enrico vont quasi jouer les figurants, aidant le chœur parce qu’ils n’ont pas vraiment de grandes « interventions » dirais-je)

Au lever du rideau les gens se trémoussent dans tous les coins (lambada,  danse des canards, paso-doble… enfin toute la gamme chorégraphique inhérente à une fiesta de noces quoi) en chantant que tout le monde a eu chaud aux miches et que grâce au mariage de la p’tite, leur affaires financières et politiques (surtout politiques) sont bien arrangées (faut dire que se faire raccourcir d’une tête, ça a tendance à calmer)
Raimondo, entre avec une mine longue à racler les carrelages avec ses quenottes :
« Temps-mort ! – crie-t-il
- Qu’est-ce qui t’arrive ? On fait trop d’bruit ? Les voisins (les corbeaux) se plaignent ?
- Nan ! J’passais devant la chambre des nouveaux mariés, au cas où ils auraient besoin d’un… soutien moral, quand j’ai entendu un bruit et c’était pas pass’ke mam’zelle avait vu le loup ! J’peux vous l’garantir ! C’était pas « Oh mon dieu ! Je lévite » mais plutôt « Aaaaargh, on dirait qu’j’suis en train de tirer ma révérence » - j’sais bien qu’on parle de la « p’tite mort »,mais… m’est avis que c’était point trop ça. J’entre en trombe et dans l’désordre dans la piaule pour trouver l’Arturo, le nouveau marié, étalé comme une limande jour de criée et la Lucia, un coupe-papier à la main (elle avait p’têt’ voulu le décacheter, j’sais pas moi…) Elle me demande, si j’aurais pas vu son mari… la pauvre ! En plus d’avoir viré bredine, elle est dev’nue myope comme un taupe ! »

A cet instant Lucia entre dans la pièce, la démarche un peu cahotique pour rester sobre (elle est bourrée de tics nerveux oui !) et pâle comme une endive de cave ! (là, c'est le fameux air du "Cinquième élément")

« M… c’est pas Halloween, pour s’déguiser en revenant ! – lancent les invités !
- Ouf ça y est Edgar, tu peux rev’nir ! J’suis dispo à nouveau ! Fait-donc sisite à côté de moi devant la fontaine… - (là, on voit vraiment qu’elle est à l’ouest, parce que la fontaine c’est quand même, en principe, dans le parc qu’elle se situe !)-  Vingt dieux ! L’endrapée aux chaînes qui se pointe ! Elle veut ficher son souk ! - (le fameux fantôme du premier acte, locataire involontaire de la fontaine aux sirènes) - On a qu’à s’planquer derrière l’autel - (y a qu’une table de salon… mais faut pas la contredire…comme pour les somnambules) - En plus y n’attendaient que nous pass’ke j’entend d’la musique (ça s’arrange pas ! Délires auditifs maintenant !) Bon maintenant me reste plus qu’à dire au revoir à tout l’monde parce que j’ai comme un coup d’pompe moi !"

Tous sont autour en train d’essayer de la calmer, certains ont sorti le tire-jus parce que ça fait quand même quelque chose de voir une p’tite gamine s’cogner à l’intérieur de sa tête en cherchant la sortie !


La scène change et on se trouve dans la cave à gisants (évidemment de nuit ! – c’est plus-mieux, côté ambiance gothico-fantastique !)
Edgardo a un sacré coup de blues :
« C’est l’seul endroit calme de la maisonnée ! Là, j’vais pas entendre l’autre se la péter grave avec son nouveau mec ! Me reste plus qu’à crever la goule ouverte et j’ai pas d’craintes, j’serais vite oublié !"

 
On entend une procession (c’est pas les Rameaux tout de même) arriver du château.

« la pov’ môm ! Elle passera pas la nuit ! – soupirent les pénitents improvisés
- Qu’est-ce que vous blagassez ? – questionne Edgardo précipitamment
- La pov’ Lucia, elle aborde la dernière ligne droite. Son mariage, ça lui a pas vraiment réussi, ça la fait tourner frapadingue ! Elle vous cause, et vous demande de faire sisite auprès d’un bassin..  pour vous dire !"

 On entend un « Doonnnnng, donnnng » bien lugubre, la cloche sonne pour annoncer que ça y est, la donzelle s’’est mise en apnée définitive.

"Mais ça peut pas s’passer comme ça ! Elle va pas me laisser tout seul, et qu’est-ce que j’vais bien ficher de mes journées moi ? Vous pouvez me le dire ? Autant que j’aille lui faire un coucou de l’autre côté, justement j’avais rien prévu d’intéressant à faire aujourd’hui."

Il sort son épée et se poignarde.

là, parenthèse : qu’on m’explique comment il fait pour se poignarder avec une lame d’au bas mot cinquante centimètres, plus la garde et la poignée (ou alors il a des bras simiesques, j’vois que ça !)

Les autres ont voulu l’arrêter mais, trop tard ! Il tombe agonisant en dégoisant qu’elle l’attende, qu’il tourne le coin et que ça va être fiestas sur fiestas chez les nuageux !
Tout le monde, enfin les survivants,  tombe à genoux et c’est le finale très larmoyant de la prière aux âmes tourmentées (bin oui, une meurtrière , un suicidé, c’est pas gagné pour l’entrée chez Saint Pierre !)

 

Bon bin… Isis, j’ai été franche avec toi… t’étais prévenue ! J’prend des libertés avec le texte, mais jamais avec l’intrigue (sinon, vous vous voyez arriver à l’opéra… et au final, où quand ça m’aurait arrangée de trafiquer le truc, lancer : « Tiens j’connaissais pas cette version ! » ça fait désordre non ?)
Par contre, il est vrai, mais ça c’est selon les versions plus ou moins officielles que là aussi, il peut y avoir des changements.
La version que j’ai fait intervenir une scène entre la crise de délirium de Lucia et le monologue cafardeux d’Edgardo dans la crypte familiale. Enrico, le frangin, vient trouver le héros, pour le provoquer en duel (il a pas trop apprécié le coup de la bagouse balancée en public et surtout le fait qu’il ait maudit toute la smala sur plusieurs générations) Donc c’est un peu plus logique, parce que Edgardo, fatigué, va avoir une bonne raison de se suicider mais d’une manière plus… acceptable côté église, il va truquer le combat et glissant sur une peau de banane venir « malencontreusement » s’empaler sur la lame du frangin (bien vu, l’honneur est sauf !) La scène intervenant pour simplement deux personnages et dans un autre lieu (le château d’Edgardo, ça oblige à trois changement de décors pour un même acte alors parfois, on la « supprime » bêtement..

Bon j’sais bien qu’c’est pas bien gai tout ça, mais on va parler de romantisme pur et dur (et les romantiques, y z’aiment bien mourir le kleenex à la main… en soupirant d’ailleurs pas mal avant d’y rester !) Et puis s’il y avait pas tout ce méli-mélo, et bin, faut être logique… l’opéra, il pèserait pas bien lourd ! Les gens heureux n’ont pas d’histoire et pas de musique qui va avec. D’ailleurs, amusez vous à faire le compte depuis que j’ai commencé à raconter des opéras… Combien d’opéras sur le nombre se finissent sans mort (j’ai pas dit bien, j’ai dit « sans mort ») j’serai curieuse de voir combien vous en comptez tiens !

C’est sur ce travail de recherche que je vous laisse, parce que, pour une fois, j’ai un « manque » côté illustrations, il faut que je trouve autre chose, pour décorer le tout… Alors si vous me revoyez dans le coin… c’est que je serais en train de changer la déco.

Bonne journée et à plus tard
La dragonne

 

 
par Sieglind publié dans : Donizetti
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Mardi 6 septembre 2005

Bonjour à tous !

Bien reposés ? Et bin tant mieux, quoi que, en regardant à la fenêtre (enfin ici) on n’a qu’une idée : se remettre au lit ! Il pleut, mais d’une force ! Que, si ça continue, comme ça dans les quarante jours, j’risque de me mettre à la bricole navale dans le jardin moi ! (pour les couples d’animaux, j’aurai p’tete des manques… parce que, dans le coin, c’est chats et chiens et… chiens et chats). Mais ça m’empêche pas d’avoir à vous raconter la suite de l’histoire commencée hier alors, « allonzy Alonso » comme on dit .


Illustration de Rafal Olbinski

Donc, hier, on en était resté aux serments d’amour et de fidélité éternel échangés par deux amoureux alors que le copain devait partir pour une p’tite course à l’étranger du copain.. Voici l’acte II de Lucia di Lammermoor de Donizetti.

Le lieu : le château mais à l’intérieur, déco : très british grand siècle avec des trucs bien lourds bien coupants aux murs, des meubles rococos et bien massifs, une cheminée, du genre qu’on rentre dedans debout pour allumer les bûches (p’tet’ un ou deux chiens style « poussés tout en pattes et anorexiques », mais faut qu’ils soient sourdingues… parce que les faire rester à moins de vingt mètres de types s’égosillant comme des malades, ça risque de les perturber et on aura un accompagnement de hurlements à la mort du plus bel effet, si c’est pas une cavalcade au travers de toute la scène ou un saut de l’ange dans la fosse d’orchestre)

Les personnages : Normanno (le « servant » du frangin de Lucia), Enrico, le fameux frérot « légèrement » intéressé, Lucia, un chœur (invités, personnel de maison… tous triés sur le volets pour pouvoir pousser la chansonnette sans avoir la honte de sa vie), Arturo (le fiancé officiel et friqué de Lucia), Raimondo (l’aumônier) et Edgar (toujours vingt ans après la bataille, le « vrai » fiancé de Lucia)

A l’ouverture du rideau, Norman et Enrico patientent en jouant au poker menteur sur un coin de la table :

« Ta frangine va pas tarder !
- Celle-là, elle commence à me courir ! Tout le monde est arrivé pour les noces, et Mam’zelle s’entête à refuser le mari fri…ngant qu’j’lui propose !
- J’crois qu’y pas de crainte à avoir ! Entre les lettres de son copain qu’on a discrètement fait disparaître et le fait qu’on ait déballé que, soit disant, en France, il aurait trouvé chaussure à son pied… elle est sur la bonne voie pour devenir raisonnable !
Tiens, la voilà qui v’nant ! Toi, file chercher l’Arturo qu’on presse un peu le mouvement !

Normanno se le fait pas dire deux fois et en s’rait presque sorti par la fenêtre, pour gagner du temps. La frangine se pointe un peu pâlichonne sur les bords, et légèrement à côté de la plaque (m’est avis… qu’elle nous couve kek’chose, la gamine !) :

« Alors frangine, pourquoi tu fais la tronche ?
- Si on t’demande….
- Si c’est à cause de ton ex, ce gros naze qu’a pas un fifrelin … tu f’rais bien de faire une croix dessus, vu la manière dont il te traite !
- J’te f’rais dire que j’lui ai donné ma parole pour notre mariage à ce gars !
- Après c’que le facteur vient d’apporter… j’crois pas que ça soit nécessaire de la tenir!

Il lui balance une lettre, tellement fausse que l’encre est pas encore sèche, qui serait la preuve que son mec a trouvé mieux de l’autre côté de la Manche !


Lucia a comme un blanc… bin oui, faut dire que ça fait jamais plaisir au p’tit déj. de recevoir un courrier nous annonçant que l’élu d’notre cœur est parti avec quelqu’un d’autre. Là, ses céréales, elles ont l’air de pas trop bien passer elle a l’air d’être à deux doigts de se manger le dallage sous le choc.
Le frangin lui fait remarquer que c’est peut-être pas le moment de tomber dans les pommes,, parce que son futur arrive et qu’entre parenthèse, ça va remettre un peu d’ordre… dans ses affaires et pas que financières, (et oui, v’la c’qui arrive quand on mise sur le mauvais cheval en politique et qu’il se casse la figure… à l’époque ça pardonnait pas)

« Moi c’est quoi ce délir ?- lance Lucia un peu excédée (on la comprend)
- Bin y a que ton futur mari, l’Arturo, qui puisse me remettre dans les p’tits papiers du  grand ponte qui dirige le patelin, sinon…couic – dit-il en se passant le pouce sous le menton (ça c’est vrai que pour chanter après le passage du bourreau, les cordes vocales risquent d’avoir un peu d’mal à fonctionner ! D’où l’expression « couper le sifflet »
- Je sais pas… mais d’un coup, j’ai envie d’arrêter d’respirer…
- En plus, si tu me dépanne pas et que j’me fais couper le kiki, même sans tête, mon fantôme trouvera bien le chemin pour venir te pourrir tes nuits !


On change de scène pour se retrouver dans la grande salle du château où tous le monde est réuni (sauf Lucia, qu’avait quand même besoin de s’isoler après une telle nouvelle) Le chœur (payé pour jouer les invités contents de se trouver là, chez un mec si cool – bin oui, pour le trouver cool, faut qu’ils soient payés, c’est pas possible autrement !), le chœur donc entonne une chanson style « il est des notre » au nouvel arrivant, et futur d’une Lucia plus que dubitative sur ses chances d’avenir. Enrico s’la joue grand copain en excusant sa frangine qui doit se pomponner parce que pleurer… sur la mort de sa môman, ça fait quand même légèrement couler le mascara (quel faux c… jeton, c’ui là !) :

« Ah ! Tu m’rassures ! Mon p’tit doigt m’avait dit qu’ça serait plutôt à cause d’un certain Edgardo – répond Arturo
 - Meuuuu nooooon ! T’auras mal été renseigné c’est sa MAMAN qu’elle réclame ! (il insiste un peu trop j’trouve… l’autre va finir par avoir des doute) D’ailleurs la gamine va t’dire ça elle-même !


Lucia entre avec deux suivantes comme cannes anglaises (normal, c’est chez les grands-bretons que ça s’passe alors faut faire couleur locale).
« Frangine j’te présente ton promis ! – Tiens-toi droite et dis bonjour au Monsieur !
- Salut mignonne, t’sais qu’t’es canon toi ?. Roucoule Arturo…
- Euh si on passait aux choses sérieuses – coupe l’Enrico qui perd pas le nord, en lui fichant le contrat de mariage sous les narines

C’t’abruti d’Arturo, tellement dans sa bulle, signerait n’importe quoi, même son arrêt de mort (quoique…  m’enfin j’dis rien… on verra la suite)

« Maintenant à toi frangine ! (à son ton, j’ai l’impression qu’il vaut mieux qu’elle s’exécute)

Elle s’exécute (moralement aussi, parce qu’à mon avis c’est au trente sixième dessous qu’il est son indice « joie-de-vivre »)
Tout le monde s’arrête parce qu’on entend quelqu’un qui sonne à la porte, qu’à mon avis ça urge et qu’une fois celle-ci ouverte, ils ont intérêt à dégager la voie jusqu’aux sanitaires parce que ça doit être la tourista qu’il se paie le nouvel invité, vue l’insistance avec laquelle il se pend à la cloche d’entrée.


La porte s’ouvre, un peu aidée par une épaule plus qu’énervée (j’vois très bien d’ailleurs les battants se casser la goule dans un grand « blaaaam » avec le héros entraîné cul  par-dessus tête dans son élan, mais… non, ça s’rait trop beau !)

Enfin le mec pressé s’avance (évidemment, vous avez deviné qu’c’est Edgardo, revenu théâtralement au bon-mauvais moment, sinon ça manquerait d’intensité dramatique)

« Ahaaaaa ! V’la l’éléphant ! Où est la porcelaine ?
- Oh m..ercredi ! - lance l’assistance.
- On peut dire qu’ça vous la coupe hein ? J’vous préviens… j’suis électrique alors essayez pas d’me toucher, vous serez vite au courant ! Et toi la Lucia ! C’est comme ça qu’tu tiens tes promesses ? Ah bravo ! Tu t’sens pas un peu bouseuse sur le coup ? Le pire, c’est que, comme un niaiseux de première, j’en pince encore pour toi !
- J’ai p’tet’ été un peu vache avec la frangine tout d’même – pense tout haut Enrico -  vu sa mine, j’ai l’impression qu’elle a stucké (bugué, pas imprimé, pété un cable, grillé un fusible, enfin c’que vous voulez)
- Alors, là en principe c’est « Adieu, monde cruel » la formule… hein c’est ça ? – demande Lucia à la ronde. La pauvre a l’air de plus trop savoir où elle crèche.
- Y a que les galets qui verseraient pas leur larmichette devant c’te pov’ môme ! – s’apitoie Raimondo, le curé.

Enrico se reprend et balance à Edgardo qu’il a intérêt à reprendre le chemin par lequel il est arrivé parce que ça risque de tourner vite au vinaigre la fête. L’interpellé réplique un truc du genre « répète un peu pour voir… qu’on rigole », le curé s’interpose pour faire rengainer les canifs qui sont tous sortis à la vitesse de l’éclair (avec la formule rituelle quiconque vit par la ferraille, risque le tétanos ou un truc dans le genre)
Enrico signale à Edgardo, qu’il arrive un peu tard et que son ex, bin c’est avec l’autre potiche qu’elle est mariée.

« Même pas vrai ! Hein Lucia ? – réplique Edgardo –
- Euhhh !...
- Si c’est comme ça, tiens v’la ta bagouse, j’te prierai de me rendre la mienne parce qu’ça jure un peu avec l’anneau à côté ! » – il la balance à peine récupérée et la piétine (c’est mature ça tiens !) – « j’vous crâche tous à la g..oule et allez mourir ! »
Les autres commencent à s’agiter, on est à deux doigts de l’émeute on fiche Edgar à la porte avant que ça vire à l’hécatombe alors que le curé et les suivantes soutiennent une Lucia plus que nauséeuse et pas très en forme.

Le rideau tombe sur le deuxième acte de Lucia di Lammermoor.

Alors vous avez vu ? C’est c’qu’on peut appeler un rebondissement des plus dramatiques dans un opéra, hein ? Et c’est pas fini ! Y a encore le troisième… mais ça, on verra demain, y f’ra jour, comme on dit !

Je vous souhaite une bonne journée et à plus tard, pour la suite. Portez-vous bien !
La dragonne

 
par Sieglind publié dans : Donizetti
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Lundi 5 septembre 2005


Bonjour !

Enfin, on reprend un rythme plus « lyrique », si je puis dire ! C’est vrai que cette semaine ne fut pas des plus productive question narration d’opéra, mais, j’avais envie de faire une coupure parce que, depuis la création du blog,, j’en ai raconté quand même pas mal, mine de rien.


Donc, ce lundi matin, c’est un opéra romantique au possible (question histoire), connu par certains airs, dont le fameux extrait figurant dans « le Cinquième Elément » de Besson, chanté par une diva extra-terrestre au teint  plus que maladif, si vous vous rappelez bien, celle dont la seconde partie du morceau ressemble légèrement aux envolées délirantes d’une certaine Yma Sumac.
Comme vous avez pas la mémoire vive d’un poisson rouge (enfin j’espère pour vous…), vous vous rappelez l’affiche que je vous avais mise la semaine dernière : Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti.


C’est encore un opéra tiré d’un roman, celui de Walter Scott (faudrait faire le compte d’ailleurs, de toutes les productions lyriques issues de la littérature…. ça foisonne !). Là, c’est une sombre histoire d’amour contrarié par l’ambition galopante d’un frangin. Mais ça pourrait être Lucrezia Borgia, remarquez, et.. bien d’autre opéras aussi – l’amour contrarié c’est quand même la pierre d’attouchement d’une intrigue, et si on vous dit : « bin vous allez voir un truc où il ne se passe rien, la journée ordinaire d’un brave couple bien pépère » j’sais pas si ça va vraiment vous motiver pour visionner la chose…(imaginez l’Aria en Ré de la ménagère faisant sa vaisselle, et le duo enflammé : « Passe-moi, l’sel, bibiche – t’as qu’à lever ton derch minou ! »… un grand… non-moment !

Donc là, en principe, ça bouge. Voici donc l’acte Un de Lucia di Lammermoor

Le lieu : Le jardin du château Ravenswood (déjà pas folichon, le nom de la bicoque : la forêt des corbacs… y a mieux comme « nid » d’amour)

Les personnages : Henry (Enrico) Ashton (le fameux frère un brin intéressé), Norman (Normanno) un de ses fidèles, Raymond (Raimondo) (le curé privé de la famille, bin oui, à l’époque, les grandes familles avaient leur chapelain attitré, c’était tendance), un groupe de copains (un chœur quoi), Lucie (Lucia) (la frangine du frangin intéressé), Alice (Alisa)  (sa copine de jeu), et Edgard (Edgardo) le proprio du château Ravenswood et incidemment l’amoureux de Lucia.

Le rideau se lève sur les jardins du château. Des chasseurs sont en train de fureter dans tous les coins. Enrico le frangin de Lucia s’est mis dans de sales draps (lyriquement : « son étoile à pâli récemment », traduction : il est dans la m…ouise). Il s’est mis à dos le roi du moment et a fait des placement un peu… hasardeux sur l’emprunt russe. Seul moyen de se tirer de là : que la frangine épouse Arthur Bucklaw, friqué et bien placé point de vue politique. Là encore, on pourrait se demander pourquoi il retrousse pas ses manches et qu’il cherche pas du taf ? Et bin non, ça serait déchoir ! Un noble, ça naît noble, mais ça travaille pas, ça épouse des fortunes ! Ils ont tous pris l’excuse d’une chasse pour se retrouver dans les parages et faire de l’espionite aïgue ! Enrico est en train de râler comme un veau :
« Quand j’pense que c’t’idiote a qu’un oui a donner, et mes ennuis sont finis, et elle veut pas du mec que j’lui ai dégotté ! Et la famille, elle y a pensé à la famille c’t’oie du Périgord ?
- La pov’ môme, sa maman vient de passer l’arme à gauche, on peut pas lui en vouloir si elle veut pas penser à la bagatelle – répond Raymondo l’aumônier.
- Tu t’fiche de moi, là, mais elle en pince, seulement pas pour le bon ! -  lance Normanno, revenu de ses investigations buissonesques.- Et pour un mec qui s’la joue anonyme ! tout ça parce Môssieur, lui a bêtement sauvé la vie en fichant une bastos dans le caisson d’un taureau qui l’avait prise pour une cape d’Escamillo, j’lui ai pourtant dit que le rouge ça attirait les bêtes ! Depuis, c’est rencards sur rencards dans le parc et j’ai bien une idée… et p’tet un nom à mettre sur la tronche de l’empêcheur de convoler en rond.
- mais c’est qui enfin ? – demande Enrico, un soupçon excédé.
- Si j’vous dis que vous le portez pas dans votre cœur…
- Dis moi pas qu’c’est Edgar ? Mon meilleur ennemi ? – (c’est encore une de ces brouilles qui se perdent dans la nuit des temps, que les familles savent même plus pourquoi elles se font la tronche, mais elles entretiennent la tradition, par réflexe)
- T’as gagné une tringle à rideaux !
- Et les voilages qui vont avec ! - lancent en chœur les copains – parce qu’on vient de le voir le zozo qui tournait dans les parages !
- Alors là… fallait pas ! Il vient de signer son bulletin d’entrer au cimetière lui !
- Faut savoir passer l’éponge dans la vie… - avance prudemment l’aumônier.
- Dans tes rêves ! Il va suinter le raisiné d’ici peu c’est moi qui te l’dis ! S’pas les gars ?
- Sur !  Il va pas s’en tirer à si bon compte" – répondent les copains chasseurs du dimanche.

Tout ce monde légèrement allumé, se retire et on aperçoit une fontaine aux sirènes qu’à connu des jours meilleurs (là, en principe, étant donné que le changement de décors, on s’arrange pour faire court, c’est un projecteur qui met le robinet en évidence, jusque là dissimulé dans l’ombre) Lucia fait les cent pas en attendant son galant :
« La ponctualité et lui, ça fait deux !
- Attends… t’as vu les risques qu’il prend ? Avec ton pit-bull de frère dans les parages ?
- Surtout qu’j’ai vu un truc pas net dans le coin…
- Développe ?
- T’sais que dans c’te bassin, y a une meuf qu’a plongé involontairement, un peu aidée par son mec jaloux, un des ex-proprio du château. Et bin, j’te jure, j’avais rien bû, bin j’lai vue !
- Faut arrêter la camomille ! C’est trop fort pour toi !
- Nan, croix d’bois, croix d’fer… Elle m’a fait coucou et a voulu parler mais s’est volatilisée et l’eau de la fontaine, elle a viré au rouge d’un coup !
- A mon avis, c’est un signe ! T’as intérêt à rentrer dans le rang et casser avec ton mec.
- T’es bredine ? C’est le seul qui me fasse rire et en ce moment, on peut pas dire que ça soit la joie à la baraque !
- Tiens ! Quand on parle du loup… J’vais faire la vigie, mais jouez-la discret, parce que j’sens pas le truc.. j’ai un mauvais feeling moi…"


Alisa sort alors qu’Edgardo fait son entrée :
« Ma p’tite biche, j’t’ai bipée parce qu’j’avais un truc important à  t’dire ! J’ai une course à faire… mais c’est pas la porte à côté… faut que j’aille en France
- T’as pas trouvé plus près pour une superette ?
- Rigole pas ! C’est important, et pis ça va me permettre de causer avant à ton frangin. Etant donné que c’est lui le chef de famille maintenant, c’est à lui que j’dois m’adresser pour demander ta main non ? Faut vraiment que j’en pince pour toi, après tout c’qu’il a fait subir à ma famille (mon père en a fait les frais, le pov’ !) surtout qu’j’avais juré d’avoir sa peau... pour remettre un peu les pendules à l’heure.
- Oublie-ça ! Le mieux c’est qu’on s’aime encore un peu sans penser aux autres.
- Pour ça, faut que tu m’jure fidélité éternelle – (tiens-donc… c’est pas Cosi mais….) – tu s’ras ma femme, même si pour l’instant on peut pas passer devant le curé. Tiens ! J’te file ma bague  - (ils ont la bagouse facile dans les opéras) t’as qu’à me donner la tienne (elle doit avoir des paluches de déménageurs pour que ça lui aille, à moins qu’il la mette au p’tit doigt) – J’peux partir, sinon heureux, du moins rassuré, j’ai une option sérieuse sur toi !
- T’as fait l’bon choix ! J’te reste fidèle et vais me mettre d’office au canevas en t’attendant j’ai juste à faire le plein de kleenex, parce qu’c’est pas trop la joie… m’enfin, quand on peut pas faire sans…"

Et sur ces serments échangés, l’acte se finit, l’un part en France, l’autre va jouer les femmes de marins bretons jusqu’à son retour… enfin, c’est c’qui est prévu… et comme on sait, dans l’opéra, ça tourne jamais comme on l’avait goupillé !

A plus tard donc, pour la suite de Lucia et sortez vos mouchoirs, vous aussi, parce que ça va pas aller en s’arrangeant cette petite bleuette !

Bonne journée
La dragonne

 
par Sieglind publié dans : Donizetti
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Impulsions, coups de coeur et de gueule, idées diverses au fil des notes et journées. Vous trouverez dans ce blog ma vision de l'opéra et de bien d'autres choses. Et aussi ma passion : les dragons.




Comme ma trombine évolue au fil de ce "rondudju" de temps, une petite mise à jour du portrait du bestiau, j'ai encore changé de "look" comme on dit... et le cliché du trombinoscope n'est plus vraiment d'actualité (avis, première et dernière fois que vous avez droit à ma goule, moi et les photos, ça fait quarante-douze)

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