La Tosca bondissante
Bonjour à tous !
Hier, j’ai fait un petit truc pour marquer le coup, je sais, ça sortait un peu de mon « cadre » habituel, mais on en peut pas éternellement jouer les « clowns », il y a des fois où il faut savoir rester sobre et, hier, c’était le jour (qui cumulait d’ailleurs d’autres jours aussi chargés, humainement parlant).
Ceci fait, et ma « nature profonde » reprenant le dessus (je ne suis pas du genre à me laisser abattre, parce que mon humour m’a toujours sortie d’affaire et que pour moi c’est la meilleure manière d’affronter les bugnes de la vie) je vais vous raconter quelque chose de plus… léger (voir même rigolo, tordu, déjanté… dragonnesque quoi !)
Vous vous souvenez sans doute de ma première « expérience lyrique » ? La fameuse représentation de la Tosca qui devait, en principe, tirer des larmes du public, ému de cette histoire ultra-romantique ? Et bin dans mon cas, on peut dire que c’était réussi sauf que…. Les larmes, c’était pas vraiment pour s’apitoyer sur le sort des amants malheureux, poursuivis par le méchant représentant de l’ordre local (pour les détails, il faudra retourner à l’article (cherchez là aussi un peu, j’ai la flemme ! Vous devez savoir que moins j’en fais…. bin moins j’en fais quoi !)
D’ailleurs à propos de la Tosca, j’y suis retournée quelques années plus tard à Bordeaux. J’ m’attendais pas à retrouver le même truc, faut être logique c’était trop beau pour y penser, même si, j’dois dire, qu’ça m’a « effleurée » les boyaux de la tête, en entrant dans la salle. En plus c’était une autre production et donc d’autres interprètes, pas formés, sans doute aux cascades sans doublures.
Donc, tout se passe, hélas, dans la plus morne normalité jusqu’au final. Vous vous doutez bien que si je dis « jusqu’à » c’est que j’ai eu droit à mon petit intermède rigolatoire.
Donc Tosca épingle le méchant Scarpia (sans éborgnage au bracelet breloqueux, sans volage et explosage de meubles – soupirs – presque - de regrets), elle sort pour rejoindre son mec, soit disant gracié et faussement tué, par un peloton d’exécution armé de tromblons chargés de balles à blanc (pourquoi blanc, d’ailleurs, faudra qu’on m’explique ça un jour…) Elle constate que son mec est vraiment trucidouillé (ce fourbe de Scarpia, l’avait entourlipouillée évidemment) et là, aveuglée de douleur, elle saute des remparts du Château Saint Ange, (Rome pour les ceusses qu’auraient oublié, face à St Pierre). A l’accord dramatique accompagnant sa pseudo-chute (derrière le mur en carton pâte armé) tout le monde a vu repasser la fille une ou deux fois et un peu plus dans le désordre à chaque apparition (une mort à rebond quoi !).
Explication du phénomène presque miraculeux - je sais le Vatican n’est pas loin, mais j’suis dubitative sur cette manifestation divine là : Comme la Tosca devait quand même faire dans le réalisme, la hauteur du mur était relativement conséquente (deux bons mètres) et on avait installé derrière (j’l’ai su après, quand j’suis allée voir les coulisses – je m’arrange toujours pour y aller, quand c’est autorisé, et là, j’avais un copain dans l’orchestre alors…) donc on avait installé derrière le mur un trempolino de compét., bien détendu pour, en principe, de pas rebondir et servir de matelas (ils connaissaient pas encore les fameux matelas gonflables qu’on voit dans les cascades).
La suite est claire au chocolat : z’avaient pas calculé le « détendage » de l’engin et c’était pas suffisant pour la doduesque Diva (vingt dieux ! Trois livres au kilo elle devait faire ; ça, sur scène elle en imposait la brave dame !) Donc quand elle a amorcé son saut de l’ange (obligatoire, vu le nom de la forteresse) c’est pas vraiment un plat qu’elle a fait, mais des ricochets !
Et bin, vous m’croirez pas… j’suis restée marmoréenne ! Voui, comme j’vous dis ! (le choc sans doute, je m’attendais pas à être exaucée quant à mes désirs de délires) J’applaudis, enfn, « on » applaudit ; un bis, un ter, une petite ovationnette de bon ton, le bouquet qu’atterrit toujours ou trop loin, ou limite la fosse d’orchestre…courbettes, saluts, génuflexions enfin tout le toutim quoi ! Je sors et là… j’imprime !
Je me retrouve le joufflu sur le grand escalier monumental à souhait, au beau milieu des spectateurs endimanchés, qui sortent cul serré, bouche en cul de poule, air blasé tendance du moment, et commence à partir d’un rire à décrocher les lustres (enfin « le » lustre, mais balaise la loupiote quand même). Regards outragés de bourges : dans le « temple » de l’art, oser une telle manifestation aussi incongrue qu’une vache normande attifée d’une robe à crinoline. Le pire, c’est que j’ai eu un mal fou à me calmer parce que plus j’essayais, en regardant les gens autours de moi, moins j’y arrivais rien qu’à voir leurs trombines.
Gros détail vestimentaire important : je ne vais jamais au théâtre déguisée (bin oui, pour moi, se mettre en dimanche, c’est être déguisé) j’étais donc en tenue de ville (plutôt de lycée : salopette, chemisette d’un de mes frangins et derbys en croute de velours, vous savez ces tatanes avec pastilles de couleur piquées sur les côtés et semelles style mille feuilles de couleur différente. La sœur cadette de Coluche quoi ! Alors dans un hall d’architecture « pièce montée chantilly », verroteries pendouillant sous l’ampoule, statues dorées d’angelots rondouillards ou de muses entogées, avec pleins de volailles en smocking, robes à grand-tralala, perlouzes, chevelures choucroutées, j’avoue que ça devait faire un peu « tache » !
Je réussi a me trainailler, pliée en deux, qu’on a du croire que j’avais une crise d’appendicite aigüe, jusqu’à l’entrée des artistes, où le copain m’avait donné rendez-vous pour aller boire un pot après la représentation. Il a quand même mis trois quarts d’heures à sortir (et encore, il paraît que c’est un record). Vu ma trombine, il a tout de suite compris (dans la fosse, quoiqu’on en pense on peut voir pas mal de trucs sur la scène !) et m’a fait re-rentrer pour aller voir le lieu du « crime ». C’est donc là, que j’ai vu le système qu’a valu la honte de sa vie à la pov’ cantatrice, avec d’ailleurs plein de gens autours qui essayaient de voir à régler le « problème » parce que le lendemain, ils remettaient ça, et Tosca avait intérêt à mourir artistiquement, cette fois !
On a pris notre pot – enfin, on a essayé, parce que boire et rire il faut choisir… et il m’a raccompagnée chez pôpa et môman, comme c’était prévu, sinon, niet ! J’aurai pas eu droit d’y aller ti seule à l’opéra…comique involontairement.
Voilà une autre aventure lyrico-comique vécue par la dragonne et il y en aura d’autres (faites-moi confiance, ce genre de « débordement » on dirait que j’les attire alors, pouvez être surs que si je suis dans les parages, votre sortie lyrique risque de tourner bizarrement…)
Bonne journée et à plus tard
La dragonne
PS: c'est pas pour dire, ça ne regarde que moi, évidemment, mais je trouve le théâtre de Bordeaux très moche!