Le Commandeur!

Publié le par Sieglind

Bonjour à tous !

Hier, en rangeant par ci, par là, plutôt par là que par ci même, étant donné que le feu sacré de la passion ménagère ne m’habitait pas trop (c’est bizarre, mais elle est très nomade chez moi Miss Perle du Foyer) ; je suis tombée sur un vieux truc (mais vieux à noter au carbone 14, même si ça devient obsolète ça aussi) un vieux dépliant publicitaire d’une salle de théâtre de Bordeaux.

Au programme de la saison : pleins de trucs, versifiés ou non, en costume d’époque ou costume de ville, rigolos ou mortellement ennuyeux (enfin pour moi, à l’époque). Des pièces de théâtre donc. Entre Cinna à la recherche de son pliant, les ballades en camping-car de Mère Courage et de ses mômes (depuis Brecht j’aime), les mésaventures d’un mioche à qui on doit donner sa purge, je suis tombée sur Poquelin ou son histoire de dragueur invétéré, celui qui a la très mauvaise idée d’inviter une statue à souper (faut dire c’est pas malin, il aurait dû se douter que le mec pierreux était zarbi…surtout qu’il vient à ce dîner, mais, en signalant qu’il est du genre à se contenter des mannes célestes et non terrestres… (ma mémé disait que quelqu’un qui chipote à table est pas un bon vivant – tu m’étonne, dans son cas !)

Et bien ça, ça a fait « ch’boum » ! (comme dirait Akroyd dans SOS Fantômes) J’y suis allée avec ma classe à ce fameux Don juan. Et je crois que ça a été la peur de ma vie.

Vous connaissez tous, au moins une fois, ce genre de sorties scolaires (là, ça devait être au collège, parce que les sorties lycée, ça s’est plutôt résumé au lyrique évidemment et surtout aux ballades dans les sites de fouilles du coin, étant donné que j’étais inscrite au club d’archéologie du lycée, ma grande passion, à l’époque). Un truc qu’on aime bien, parce que ça nous fait louper des cours, mais qui nous gonfle, parce qu’on va se retrouver sous la responsabilité et la garde zélée d’une prof qu’on apprécie moyen-moyen , surtout quand, comme la notre, elle apporte son raccommodage ou son tricotage de layette pour la p’tite dernière en cours – véridique !

Elle apportait le cabas avec les aiguilles 2 ½, la laine couleur blédine prédigérée (intello, notre prof, mais un goût de chiotte côté nuancier), le canevas du cerf bramant à sa faonne dans un sous-bois fluo presque (toujours son problème de prisme), et même un jour, ses culottes (ça, c’était le pompon !). Et tout le cours, elle nous le faisait oralement, sans lever son auguste popotin une seule fois pour nous écrire un truc au tableau (tout dans la tête la madame, et persuadée qu’on était de la même eau) et le nez sur son point de chausson ou ses côtes anglaises. Ce prof, il m’a marqué, mine de rien, parce que c’est lui qui a su canaliser mon hyper activité en cours (j’étais très bonne élève, paradoxalement, mais il fallait que je fasse toujours quelque chose pour m’occuper les mains, sinon c’était les stylos ou les ongles qui morflaient) Sale manie, je sais, je crayonnais sur les tables (wouaiiii les punitions que je me suis payées !) Un jour, elle est arrivée avec une grande feuille roulée, qu’elle a posé sur mon bureau et m’a dit : « Si tu veux t’exprimer graphiquement, autant qu’on en garde une trace pour la postérité ! » En fin d’année scolaire, elle avait un super poster qu’elle a récupéré (moyen-moyen ses cours, mais elle, un femme extra !) C’est elle aussi qui me filait des pochons entiers de pelotes de laines mélangées que, tranquillement, je démêlais pendant ses cours (ça accroissait ma concentration d’autant, et j’étais capable de lui ressortir texto, son cours, sans m’arrêter de faire jouer les menottes)

Donc, après cette longue digression, revenons à nos dindons ! C’est donc accompagnés de cette prof de français (et de latin, bonjour la Guerre des Gaules !) qu’on est allé un après-midi voire ce monument qu’est Don Juan de Molière.

On s’installe, la pièce (que j’adore) se passe dans un calme relatif, quand une salle entière est réservée aux groupes scolaires. Je m’étais retrouvée en bordure d’allée, et ça m’arrangeait bien, parce que si j’avais une envie pressante (j’attendais toujours le dernier moment gamine) je me voyais mal jouer du « pardon, s’cusez, ‘tention les petons » au beau milieu du passage clé de l’œuvre. Je me souviens d’une mise en scène moyenne (entre l’avant-garde par les costumes et la gestuelle, et le classicisme pur, par la narration) Et après un bref entracte, passé dans le Hall, toujours sous la surveillance cerbérienne de notre Pénélope locale, on entre pour l’apothéose de ce drame philosophique (bin oui, c’est comme ça que je le vois : un type qui ose miser sa vie pour conserver ses convictions et ça à l’encontre de l’image d’une divinité omniprésente, c’est quelqu’un qui en a, mine de rien !). On avait évidemment étudié la chose en classe et c’était vraiment pas du « tout nouveau, tout beau » (surtout que chez moi, ça y allait les relectures sauvages de certains passages). La scène finale arrive, et sur scène… toujours Don Juan, son valet… enfin vous connaissez le topo… mais pas de Commandeur ! Evidemment, il aurait pu nous faire le coup du Mephisto de Faust (je vous vois envisager le truc) et se retrouver coincé soit sous sa trappe, soit derrière une porte de décors rétive, mais non, aucun son bizarre sortant des coulisses ou de la fosse. Au moment ou on annonce son arrivée, un froissement conséquent se fait entendre à hauteur de mon oreille gauche (pour vous dire, je me souviens même de ma place, comme quoi, ça m’a marquée), mais conséquent, du genre :  le truc il me touche presque la joue !

Je me retourne pour voire qui se pointe au milieu de l’allée en crinoline (je ne voyais que ça, vu la bruit produit) et tombe sur une espèce de grand échalas embobiné dans une toge-suaire rouge sang avec un masque style « masque de la mort rouge » de Poe sur la trogne et qui gueule au même moment : « Me voici ! » (ou un truc dans le genre, mais pour goualler, il gouallait, étant donné, que le micro de la scène ne portait pas jusque là.). Et là, une espèce de… gadget entignassonné à la diable se dresse d’un bond et pousse un hurlement de terreur que toutes les actrices de films d’horreur ont dû m’envier. La statue du commandeur en a presque fait dans sa toge et les copines et copains aux alentours immédiats aussi. Après un instant de flottement, j’entend un « Eh bin dis donc, t’es expressive toi ! » sortir caverneusement de derrière le masque et… mesdames messieurs, vous allez m’envier (enfin tout est question de « sensibilité personnelle")… le revenant pierreux m’a tapoté l’épaule de son gant rouge pour me rassurer avant de s’avancer dignement jusqu’à la scène pour faire la peau au vrai héros.

C’est depuis que j’adore cette histoire, déclamée, chantée, filmée, et pas seulement pour Don Juan, mais pour… la statue du Commandeur, celle qui m’a donné l’adoubement, un après-midi de sortie scolaire et n’a causé rien qu’à moi ! Allez en faire autant tiens !

Et depuis aussi que j’adore l’histoire de Belphégor d’ailleurs…

Je vous quitte sur cette anecdote (pas lyrique, mais l’histoire a servi quand même) et vous souhaite une bonne journée.

La dragonne

Publié dans Mes gaffes

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jeanyves 12/10/2005 08:34

je suis pour l'initiation a plein de trucs en milieu scolaire...maternelle par ex....c'est super important...j'arrete tropserieux///
rhuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu je taimeuhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh
femelle

MDR t'as le chic pour ma faire rire de bon matin, (une grande qualité chez moi)
Bises jeanyves

lali 12/10/2005 07:26

Un petit coucou en passant.
Bisous la dragonne!

Un petit coucou, en restant lol
Bises lali

Eric 12/10/2005 02:27

Coucou Belle fée gorette lol
Non des limaces de cette couleur j'en vois assez souvent ici.
En fait on en voit partout dans les bois et c'est bien leur couleur.

MDR On doit vraiment pas s'ennuyer en ta compagnie lol
Non sans blague, il t'arrives de ces trucs quand même !!!
Gros Biz...Dragonnette

J'ai été bénie des farfadets moi lol (c'est t'y pas plus marrant que d'être une Aurore pour juste s'endormir cent ans, je vois pas l'intérêt! lol)
Bises et je n'avais vraiment pas vu de limaces de cette couleur... parole!

clicclac 12/10/2005 01:16

Plein de sous-entendus succulents dans ce textes...tu t'es surpassée...
Bisou

Merci et gros bisous clicclac

Mr Smile 11/10/2005 21:28

Ralalaa, bientôt faudras un RDV pour venir ici ^_^

C'est sans rendez-vous le matin (mais y a la queue, comme chez le doc lol)
Bises Mr Smile